Avec Humour, mon amour, présenté au Gesù le 29 octobre, Jean-Michel Martel a offert un premier spectacle solo à son image : intelligent, décalé et profondément attachant. Connu pour son esprit absurde et son humour singulier, l’artiste a présenté une soirée où le rire s’est marié à la réflexion, sans jamais perdre son sens du plaisir.
Un humour réfléchi et maîtrisé
Dès les premières minutes, Martel a annoncé la couleur. Il ne voulait pas seulement faire rire : il voulait comprendre pourquoi on rit. À travers une série de sketches à la fois drôles et déroutants, il s’est amusé à explorer les multiples visages du comique — le politique, l’absurde, le grivois et même l’engagé. Le tout, livré avec un calme désarmant et une sincérité qui ont fait mouche.
Ce qui a le plus frappé dans Humour, mon amour, c’est le ton. Martel n’a pas cherché à être bruyant ni provocateur ; il a captivé autrement. Sa parole fluide, sa présence scénique tranquille et son écriture fine ont montré un humoriste qui maîtrise son matériel tout en restant accessible. Derrière ses blagues apparemment anodines, il a proposé quelques observations amusantes sur l’humour.
La mise en scène de Vincent Léonard (des Denis Drolet) a ajouté une touche de folie douce. Martel, fort de son expérience dans les arts visuels, a intégré des projections, des images bricolées et des effets lumineux savamment dosés. Ces éléments n’étaient pas décoratifs : ils ont enrichi le propos et donné au spectacle une dimension visuelle et ludique qui collait parfaitement à son univers.
Des moments d’absurde irrésistibles
Plusieurs moments forts se sont démarqués. Son passage sur les chameaux, animaux aux multiples utilités, a fait éclater le public de rire : piscine creusée, réservoir d’eau ou même laveur d’autres chameaux. On ne pouvait pas non plus passer à côté de ses fausses publicités, devenues virales sur les réseaux sociaux, qu’il a reprises sur scène avec brio.
Il s’est amusé à tourner en dérision ses propres créations, parfois sources de controverse : La vache qui ne rit pu, les demi-pizza-ghettis, les crayons de type La liste de Schindler, ou encore les barres tendres Val Nature offrant un rabais sur les aspirateurs Dyson. Ces absurdités, servies avec aplomb, ont illustré à merveille son humour pince-sans-rire et sa créativité débordante.



Autre moment mémorable : son explication de la conception du jeu Serpents et échelles, réalisée à l’aide d’une vraie échelle et de faux serpents déposés dans un seau qu’il a renversé au sol. Un numéro ingénieux, imprévisible et d’une précision comique étonnante.
Dans ces instants, Martel a rappelé à quel point l’humour pouvait être à la fois intelligent, précis, absurde et profondément humain. Ce premier spectacle n’était rien d’un simple tremplin. C’était une véritable déclaration d’amour à l’humour — et, par extension, au public. Martel y a exposé sa passion pour son art, sa curiosité insatiable et son plaisir évident d’être sur scène.
On en est ressorti avec le sourire, certes, mais aussi avec la sensation d’avoir assisté à quelque chose d’authentique et d’unique. Avec Humour, mon amour, Jean-Michel Martel a prouvé qu’il fait partie de cette génération d’humoristes qui osent sortir du cadre, qui n’ont pas peur de mélanger le rire et la réflexion. Son univers, à la fois tendre, lucide et complètement fou, a charmé le public. Un premier rendez-vous scénique pleinement réussi, empreint d’intelligence, de créativité et d’originalité.

Serge Larivière | Journaliste
Passionné de musique, Serge ne jure que par les succès d’ici et d’ailleurs des années 80, 90 et début 2000. Avec les années, il s’est toutefois découvert une nouvelle passion pour tout ce qui touche l’humour québécois. On comprend, il adore rire et faire rire les gens.

Photos : Courtoisie
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