La programmation du Grand spectacle de la Fête nationale du Québec à Montréal a été dévoilée le 21 mai dernier en vue de la grande célébration du 24 juin au parc Maisonneuve. Animée par Guylaine Tremblay, cette nouvelle édition réunira plusieurs générations d’artistes québécois sur une même scène, notamment Diane Dufresne, Pierre Lapointe, Bruno Pelletier, Souldia, Éléonore Lagacé, Émile Bourgault, Rebecca Jean et Pier-Luc Funk, porte-parole de l’événement.
Par ailleurs, le Comité de la Fête nationale du Québec à Montréal a présenté une programmation exaltante et fédératrice pour sa 192e édition. Portée par le thème Célébrer ce qui nous lie, elle gravite autour de trois piliers : la force du collectif, la transmission entre générations et le hockey. Ce clin d’œil au 75e anniversaire de naissance de Guy Lafleur tombe à point, alors que le hockey fait vibrer Montréal avec le triomphe de la Victoire de Montréal et la progression des Canadiens en séries.
Présidé par Marie-Anne Alepin, le Comité confie sa direction générale et artistique à Lyne Thériault, qui insuffle une nouvelle vision aux festivités. Celles-ci se déclineront en quatre rendez-vous : les Fêtes de quartier, le traditionnel Défilé, l’après-midi au parc Maisonneuve et le Grand spectacle animé par Guylaine Tremblay — qui a fait une entrée remarquée lors de la conférence de presse, arborant fièrement un chandail de la Victoire de Montréal pour saluer leur exploit de la veille. Tous les détails de la programmation : https://fetenationale.gouv.qc.ca/montreal/
Voici nos entrevues réalisées avec Pier-Luc Funk, Éléonore Lagacé, Rebecca Jean, Souldia, Kim Richardson (Les Héritières), Émile Bourgault et Guylaine Tremblay, accompagnées de nos photos de l’événement.
Pier-Luc Funk, porte-parole
As-tu des souvenirs d’enfance ou d’adolescence marquants liés à la Fête nationale ?
Ça a été les premiers moments où on s’est réunis pour aller voir des shows : j’allais voir des shows avec mes sœurs, ma mère, mes parents. Puis, à un moment donné, je me suis dit : « Oh, OK, j’ai ma propre indépendance », et là, on décidait nous-mêmes quels shows on allait voir. La Saint-Jean, pour moi, c’est les premiers rassemblements de foule, c’est sentir que c’est la fête partout où tu vas — tu marches dans la rue et tu réalises que c’est « la fête à tous ». J’ai aussi, évidemment, plein de souvenirs qui ne se racontent pas. (Rires)
Qu’est-ce que ça représente pour toi de contribuer à la Fête nationale en tant que porte-parole ?
C’est vraiment un grand honneur, c’est quelque chose qui arrive une fois dans une vie et que je prends avec beaucoup de sérieux. Ce speech-là sur les plaines, j’ai envie que ce soit un moment marquant de la Saint-Jean-Baptiste, mais je pense que ça va être un moment marquant dans ma vie : faire un speech devant 70 000 personnes, ça donne une bonne shot d’adrénaline et c’est une image qui perdure. C’est gros pour moi, et je vais essayer de faire en sorte que les gens sentent que c’est gros pour eux autres aussi, parce que pour moi, célébrer notre identité, c’est immense.
S’il y a des gens qui sont dans le doute et que mon rôle de porte-parole peut peut-être clarifier qu’ils ont raison d’être fier·ères de qui ils et elles sont, je vais avoir réussi ma mission.


Justement, qu’est-ce qui te rend fier de la culture québécoise en ce moment — tant la scène musicale que de ton milieu ?
Les créateurs ! Être un artiste, vouloir faire de la musique, une série ou du cinéma… ce ne sont que des guerriers — ce sont des gens qui se battent, qui se font dire « non » et « on ne peut pas concrétiser ton idée », qui n’ont pas assez d’argent. Malgré l’économie, c’est incroyable de voir qu’on est encore beaucoup à vouloir faire ça, à ne pas lâcher le morceau, à continuer à se battre, puis à vouloir créer des choses qu’on veut partager avec les autres.
Enfin, c’est quoi ta chanson go-to de la Saint-Jean ?
Oh… (hésitation). Je dirais « On a mis quelqu’un au monde (…) » [Un musicien parmi tant d’autres] d’Harmonium, mais ça pourrait aussi être Les étoiles filantes des Cowboys Fringants !
Éléonore Lagacé
Qu’est-ce que ça représente pour toi de monter sur scène pour la Fête nationale du Québec ?
C’est vraiment un privilège, surtout de faire partie du Grand Spectacle du parc Maisonneuve, le 24 juin. C’est ma deuxième Saint-Jean avec cette belle gang-là. C’est juste tellement touchant de voir tout l’effort qui est mis pour faire rayonner notre culture et de voir à quel point elle est célébrée — il y a toujours autour de 35 000 personnes dans le parc ce soir-là. Ça fait juste me reconnecter encore plus avec mon monde à moi.
Ça doit être électrique comme ambiance…
J’ai pas dormi pendant une semaine après. (Rires)


Qu’est-ce qui t’inspire de la scène musicale locale actuelle ?
Je trouve qu’on a vraiment notre identité, qu’on a une culture très forte et un bassin de talent débordant, et je suis vraiment fière d’en faire partie. On a su faire notre place, avec une identité propre à nous. Et on sait la faire rayonner, puis on continue de l’entretenir, c’est extrêmement important.
Est-ce qu’il y a des artistes qui ont particulièrement forgé ton identité artistique et québécoise ?
Pour commencer, Harmonium — puis là, ils sont sur le show, ça se peut que je meure un peu. (Rires)
L’année dernière, j’étais en show le 24 à Sainte-Julie pour la Saint-Jean, la journée même où Serge Fiori nous a quittés. Comme beaucoup de gens, j’imagine, j’ai fini mon spectacle avec « Où est allé tout ce monde (…) »… c’était tellement touchant, tout le monde a allumé sa lampe de poche, il y avait une énergie tellement magique dans l’air. Donc, avoir la chance de côtoyer les membres d’Harmonium sur scène l’année qui suit la mort de Serge Fiori, le 24 juin, c’est vraiment significatif pour moi. En plus, je les écoute depuis que je suis toute petite, puis mon instrument principal, c’est la guitare et il y en a beaucoup dans Harmonium.
Plus récemment, il y a mes queens Ariane Roy et Lou-Adriane Cassidy, dont je ne me lasse absolument pas. Je capote sur ces filles-là, je les écoute tout le temps ! Sinon, j’aime beaucoup Robert Charlebois, toute sa théâtralité, ses textes aussi touchants que drôles par moments. Louis-Jean Cormier, qui a été le poète de mon adolescence avec Karkwa. Je pourrais m’étaler pendant très longtemps !
Rebecca Jean
Qu’est-ce que ça veut dire, pour toi, de monter sur scène pour le Grand Spectacle de la Fête nationale du Québec ?
C’est une grande première pour moi et je trouve ça important, notamment parce que je suis d’origine haïtienne. Je suis haïbécoise — je porte vraiment les deux cultures. Toutes mes références dans la vie sont québécoises, donc de pouvoir chanter à la Fête nationale, de pouvoir faire partie de la fête, je ressens vraiment un sentiment d’appartenance.
Est-ce qu’il y a des artistes de la programmation avec qui tu es particulièrement enthousiaste de partager la scène ?
Bruno Pelletier, définitivement. Il y a aussi les femmes, les Héritières, toutes les filles qui chantent ensemble, je sens que ça va être un moment vraiment touchant.


Parlant des femmes, qu’est-ce qui te rend fière d’être une femme québécoise aujourd’hui ?
Il y a beaucoup de choses qui se passent par rapport aux femmes, dernièrement. Je pense que le Québec a été un pilier par rapport à l’avancement des femmes. On se rend compte qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, mais je reste confiante. Je trouve ça encourageant aussi de voir comment les femmes, on se sert les coudes au Québec, c’est inspirant et important.
Quels ont été les artistes qui ont contribué à forger ton identité québécoise ?
Les Cowboys Fringants. Plusieurs, mais je dirais que les paroles des Cowboys Fringants m’ont accompagnée toute mon adolescence.
J’ai même décidé de reprendre une de leurs chansons — Les Étoiles filantes — en créole, version reggae. Ça s’appelle Zetwal k ap file, et c’est sorti aujourd’hui ! Adapter des chansons québécoises en créole, c’est un peu ma façon de créer un lien entre les deux cultures qui m’ont modelée, d’aller dans la continuité de mon identité.
Souldia
Qu’est-ce que ça veut dire, pour toi, de monter sur cette scène le 24 juin ?
Ça veut dire que je m’implique dans ma nation. La Saint-Jean, c’est ma fête préférée. J’ai toujours été très fier d’être Québécois — en plus, je suis Québécois de Québec : j’ai connu des Saint-Jean-Baptiste, je voyais des gens venir de l’Ouest, les gens de Montréal venaient, c’était nous la Saint-Jean… c’était légendaire !
Ça fait deux fois que je la fais au parc Maisonneuve : c’est très flatteur, ça veut dire que je peux me compter parmi ces grands artistes québécois.
Y a-t-il une chanson dans ton répertoire qui prend un sens particulier quand tu la chantes dans le contexte de la Fête nationale ?
Tu vois, c’est quelque chose que je devrais faire. Je pense que j’en parle un peu dans chaque chanson, de mon côté patriotique et tout, mais c’est pas fou : ce serait une bonne idée à un moment donné de faire une vraie toune de Saint-Jean !


C’est quoi, toi, ta chanson de Saint-Jean ?
Je pense qu’une toune de Saint-Jean n’a pas besoin de parler de Saint-Jean. Une toune de Saint-Jean, c’est tout simplement une bonne chanson créée par un artiste québécois, qui résonne à travers les années. Moi, c’est sûr qu’à la Saint-Jean, je mets des Colocs, du Gerry Boulet, des Cowboys Fringants, c’est ça la vibe.
Est-ce qu’il y a des artistes de la programmation avec lesquels tu es particulièrement fier de partager ce Grand Spectacle ?
Oui, surtout les artistes avec qui je collabore cette année. Par exemple, je vais faire un morceau avec Diane Dufresne… c’est super flatteur pour moi — c’est presque intimidant.
Je ne vais pas nommer tous les autres, au cas où ils ne soient pas encore dévoilés, parce que je vais me faire taper sur les doigts. (Rires) Mais ce show-là, c’est toute une aventure. Je l’ai fait il y a deux ans, et les personnes avec qui j’ai travaillé sur ce show-là sont encore mes ami·es aujourd’hui. Justin Boulet — j’avais fait un numéro avec le fils de Gerry, puis c’est encore un de mes grands amis aujourd’hui. Il se passe plein de belles choses dans ce show-là !
Qu’est-ce qui te rend fier d’être Québécois en 2026 ?
Le fait qu’on soit un petit pays dans un grand pays, on est encore là, on a encore la chance de pouvoir parler français. Mes textes prônent beaucoup ça. Je me considère comme un guerrier de la langue française. C’est comme si on était les 300. T’as déjà vu le film 300 ? Voilà, c’est ça, je me sens comme un des 300 guerriers ! (Rires)
Kim Richardson (Les Héritières)
Qu’est-ce que ça représente, pour toi, de monter sur scène avec Les Héritières pour la Fête nationale ?
C’est un honneur. En plus, ça fait quelques années que je n’ai pas fait partie du house band. J’étais due pour revenir et je suis très fière de le faire avec un groupe de femmes fortes d’ici, des femmes qui portent leur histoire. Ce projet-là me touche beaucoup et j’espère que la pièce qu’on va interpréter va toucher tout le monde.

As-tu des souvenirs de Fêtes nationales particulièrement marquants ?
J’ai passé mon enfance en Ontario, mais ici à Montréal depuis presque 40 ans… ouf ! J’en ai beaucoup. Sur les Plaines, bien sûr, avec Normand Brathwaite à l’époque… chanter une pièce de Gilles Vigneault en duo avec Martha Wainwright, c’était aussi un grand moment !
Émile Bourgault
Qu’est-ce que ça veut dire, pour toi, de monter sur la scène du parc Maisonneuve, ce 24 juin ?
J’étais là, dans le public, l’année passée, donc c’est quand même assez irréel ! Je pense que je suis le cadet de cette édition — et de quand même loin, avec Éléonore.
C’est une belle tradition qu’on a au Québec, c’est festif, c’est rassembleur. D’être là comme artiste, c’est un autre niveau pour moi, j’en suis très reconnaissant et heureux.
As-tu des souvenirs marquants de Fête nationale, issus de ton enfance ou de ton adolescence ?
Beaucoup ! J’ai grandi à Boucherville, sur la Rive-Sud, et le 23 c’était comme la Saint-Jean des villes environnantes. Mon adolescence a été marquée par de belles soirées après lesquelles on se retrouvait chez mes parents, dans la cour arrière. C’était très multigénérationnel : les ami·es, la famille, les ami·es de la famille. Du plus loin que je me souvienne, ça a toujours été un moment extrêmement festif, qu’on attendait — c’était comme la fête du début de l’été avec la fin de l’école, donc j’en garde juste des bons souvenirs.


Y a-t-il un·e artiste avec qui tu es particulièrement excité de collaborer, ce 24 juin ?
Je vais chanter avec Éléonore Lagacé : on se connaît, on se côtoie depuis quelques années, et c’est une femme extraordinaire, une artiste extraordinaire avec une voix assez imbattable, donc je suis très, très heureux de pouvoir collaborer avec elle sur cette scène-là, ça va être incroyable.
Qu’est-ce qui te rend fier de la scène musicale québécoise en ce moment ?
Je dirais que c’est la multiplicité des propositions en ce moment, je trouve ça extraordinaire. Je pense qu’il n’y a jamais eu dans l’histoire du Québec autant de bon stock qui sort de Montréal, mais aussi des régions, du Québec, de partout.
Et ce, dans tous les styles possibles. Peu importe ce qui se fait en anglais et à l’international en ce moment, il y a son pendant francophone québécois. On est aussi fiers de l’héritage qu’on a, mais quand je regarde vers l’avant, ce qui se passe me rend extrêmement optimiste, artistiquement parlant.
Guylaine Tremblay, animatrice
Qu’est-ce que ça représente pour toi d’animer le Grand Spectacle de la Fête nationale ?
C’est un grand cadeau, parce que c’est une occasion unique de vibrer avec une telle intensité, avec plein de gens et d’artistes, avec le public… vibrer dans la joie dans quelque chose de beau, de joyeux. On est bombardés de tellement de choses négatives en ce moment, c’est un peu anxiogène l’époque dans laquelle on vit. Donc, ce soir-là, c’est comme une oasis de joie, de paix, de bonheur. C’est ça que j’aimerais qu’on vive ce soir-là.
Est-ce qu’il y a des artistes qui ont particulièrement forgé ton identité québécoise ?
Il y a eu Richard Séguin avec sa sœur Marie-Claire qui interprétaient du Raôul Duguay, Gilles Vigneault, Diane Dufresne, Pauline Julien. Il y en a tellement ! Je considère que la chanson québécoise, c’est un liant formidable pour notre culture. J’espère que les jeunes vont continuer à en écouter et à en découvrir, parce qu’il y a une relève formidable. Et chanter, chanter dans sa langue, c’est quand même quelque chose de très beau.



Tu as nommé Diane Dufresne : qu’est-ce que ça te fait de partager cette Fête nationale sur scène avec elle ?
Écoute, je suis contente d’être avec tout le monde qui est au programme, mais j’avoue que de me retrouver à côté de Diane Dufresne tout à l’heure, j’étais très intimidée.
Je lui ai dit : « Mon Dieu, je suis tellement honorée », puis là elle m’a pris la main… je me suis sentie comme si j’avais 12 ans tout à coup. C’est émouvant, c’est une grande inspiration et cette année, elle va justement inspirer tous les artistes, tous les musiciens sur scène. C’est une légende.
Parlant de légende, c’était assez légendaire de te voir entrer avec le chandail de la Victoire sur scène plus tôt !
J’ai eu un flash à 7 heures ce matin. J’ai texté les organisateurs pour leur demander si quelqu’un avait un chandail de la Victoire : il fallait que je rentre avec ça. C’est quand même un exploit magnifique de la part des filles, c’est formidable. Donc là les gars, prenez exemple sur elles !
Enfin, as-tu des souvenirs d’enfance ou d’adolescence marquants par rapport à la Saint-Jean ?
Le premier gros show de la Saint-Jean que j’ai vu, c’était sur les Plaines d’Abraham à Québec. C’était extraordinaire. Déjà, être dans une foule aussi nombreuse… puis, c’était l’époque où la fibre nationaliste était à son peak. Je devais avoir 15 ans, alors c’était le sentiment que l’avenir nous appartenait. Ce sont de grands souvenirs !
Diane Dufresne


Bruno Pelletier



Wordy Word, DJ officiel des Canadiens de Montréal


Absent(e) sur les photos
Clémence DesRochers, Pierre Lapointe, Harmonium et Mathieu McKenzie.
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Caroline Sobral Cabana | Journaliste
Luso-québécoise amoureuse des mots, Caroline a toujours aimé raconter des histoires. Éternelle curieuse, elle aime se laisser captiver par de nouveaux récits et différentes formes d’art. À l’école, elle flirte avec le théâtre, la littérature et l’histoire de l’art, avant de travailler dans les secteurs de la mode et du voyage. Elle poursuit maintenant des études en sexologie, tout en signant des mandats de rédaction et de traduction.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
