Dany Nicolas, BLAMM et Yohann Francoz, trois artistes du Québec, ont collaboré pour une petite tournée à travers la province. Alors que leurs styles sont assez variés, leur écriture et la façon dont ils voient la vie avec humour se retrouvent.
Pour cette tournée, ils ont partagé leurs chansons d’une manière spontanée, l’instrumentation étant plus intime et influencée par la touche de chacun. Par exemple, pour leur dernier spectacle, à la Librairie Saint-Jean-Baptiste, à Québec, ils étaient complètement acoustiques sans micro, quelque chose qui n’est pas toujours le cas. Dany Nicolas a joué de la contrebasse, BLAMM a joué de la trompette et Yohann Francoz a joué de la guitare et du violon. Pour leurs propres chansons, ils chantaient avec une guitare (guitare ténor pour BLAMM) à la main. À la fin du show, Dany Nicolas a demandé aux spectateurs de choisir une chanson. C’était Coups d’pied au cœur, qui était interprété avec des solos improvisés de BLAMM à la trompette, ainsi que les voix chaleureuses des gens dans la petite salle.
Le résultat de ce trio et de cette tournée est une belle opportunité de découvrir ces artistes. Ou, si les gens aux spectacles connaissaient déjà les chansons originales, découvrir davantage ce qu’ils peuvent faire avec la musique.
On a parlé avec Dany Nicolas, BLAMM et Yohann Francoz avant leur spectacle à la Librairie Saint-Jean-Baptiste de Québec, le 22 août dernier, pour en savoir plus sur le projet et la tournée qui vient de se terminer.


Pourriez-vous vous présenter et parler de votre approche de la musique? Même si vos styles sont un peu différents, les textes et les narratives font une grande partie de vos chansons.
BLAMM: Je fais des chansons originales, mais mon background est beaucoup dans le jazz traditionnel de La Nouvelle-Orléans et un peu dans la musique d’Europe de l’Ouest. Dans les textes, c’est très québécois avec beaucoup d’anecdotes qui mélangent le banal avec la poésie.
Dany Nicolas: Je suis un mélange entre le punk et la chanson française. Il y a du jazz là-dedans, mais ça ne paraît pas. Donc, c’est jazz, chanson française et grunge punk, mais les textes sont tellement importants, en premier plan.
Johann Francoz: J’ai exploré beaucoup de sortes différentes de musique, mais j’ai fait des études en folk. Mes textes sont aussi importants, mais je pense que c’est plus la mélodie qui est au centre de mon approche. J’essaie d’avoir mon propre vocabulaire et ma propre tournure de phrase surprenante. J’essaie de créer mon propre bagage poétique.
Pourquoi avez-vous décidé de faire cette tournée? Est-ce que vous avez beaucoup joué ensemble dans le passé?
BLAMM: On n’a pas beaucoup joué ensemble dans le passé, seulement des petites collaborations spontanées. Johann a booké une gig et la personne qui était censée venir avec lui a annulé. Il m’a proposé d’y aller et j’ai invité Dany aussi. L’idée était de s’accompagner et d’alterner, au lieu de faire un set après l’autre, pour ainsi créer un mélange.
Comment avez-vous préparé pour la tournée? Il y a des chansons que vous partagez et que vous jouez ensemble, puis il y en a d’autres que vous jouez seules. Comment avez-vous choisi le setlist?
Dany Nicolas: [rire] La setlist change chaque jour pour ma part. BLAMM et Johann sont plus professionnels que moi. Ils m’ont donné de belles partitions que j’ai réussi à lire avec une contrebasse. On est tous capables de lire la musique donc, quand on fait les partitions, on joue! Quand on est arrivé en Gaspésie, on s’est mis à jouer et on s’est adapté au fil des jours. Aujourd’hui à la librairie, ça va être le paroxysme.
Johann Francoz: Il y a beaucoup d’improvisation, surtout dans les tounes de Dany, mais je pense que ça fait partie de son style. Il joue une toune, il dit que c’est en mi mineur donc c’est ça qu’on fait.
Ce soir à Québec est le dernier spectacle de la tournée. Comment se sont passées les autres soirées et avez-vous appris de nouvelles choses en collaborant?
Johann Francoz: J’ai beaucoup appris parce que je suis le plus débutant. J’ai appris comment m’adapter dans les contextes différents des salles.
BLAMM: On a appris des petits catchphrases. On partage, on s’adapte et on apprend tout le temps.
Quel était le moment le plus amusant ou fascinant? Avez-vous une anecdote que vous pourriez partager?
Dany Nicolas: J’ai trouvé une corde attachée en dessous d’un pont et je pensais que je pouvais me lancer dans une rivière, mais je me suis lancé sur une roche. Je me suis fait mal au doigt et je joue de la contrebasse, mais j’ai réussi à guérir vite. C’est une anecdote qui m’a marqué.
À quel endroit était-ce exactement?
Dany Nicolas: C’était dans la rivière Bonaventure (en Gaspésie). Elle manquait d’eau, c’est ça le problème. La rivière était trop basse.
Johann Francoz: J’ai aimé le moment où Dany s’est fait offrir de porter un Speedo.
Dany Nicolas: Quelqu’un voulait vraiment me voir dans un Speedo, donc il m’en a donné un et il m’a dit qu’il fallait que je le porte. Je ne suis pas encore rendu là dans mon intimité.
BLAMM: Il s’est passé beaucoup de choses pendant la tournée.
Dany Nicolas: J’ai remarqué des noms de restaurants qui étaient complètement médiocres, comme je ne comprends pas comment tu pourrais trouver des mots aussi bizarres. Ces jeux de mots m’ont marqué aussi.
Selon vous, quelle est l’importance de ce genre de trio dans la musique québécoise? On le voit avec le Roy, la Rose et le Loup, par exemple.
BLAMM: Pour nous, c’est une bonne façon de se mettre en équipe. On va dans les endroits où les gens ne nous connaissent pas, mais, vu qu’on est ensemble, c’est plus agréable. Chacun va trouver quelque chose qui lui plaît et ça nous permet d’inventer de nouvelles façons d’arranger nos pièces. Ce n’est pas forcément l’instrumentation qu’on joue d’habitude, parce qu’on a déjà chacun notre band.
Johann Francoz: Je trouve que ça nous montre des possibilités qu’on ne connaissait pas concernant nos propres chansons. Elles sont pimpées de manière inattendue. Aussi, jouer avec d’autres personnes qui ont écrit les chansons ouvre l’esprit et je pense que le public trouve ça fascinant.
BLAMM: Les shows sont quand même diversifiés parce que les styles changent beaucoup d’une toune à l’autre.
En ce qui concerne l’écriture de vos propres chansons, est-ce que vos paroles sont inspirées par votre environnement et les choses qui se passent autour de vous? Si oui, est-ce que vous avez l’habitude de prendre des notes, des observations ou les paroles viennent de manière naturelle après?
Dany Nicolas: Je prends des notes et j’observe beaucoup. J’ai tout le temps plein de cahiers remplis de notes. Ça vient d’ailleurs parfois, mais il y a beaucoup d’observations de la vie en général. Je compare souvent les gens aux animaux dans mes paroles. Quand je parle des animaux, je parle de nous.
BLAMM: Moi aussi, je prends des notes quand j’ai des idées qui me viennent. Souvent, c’est dans les moments qui n’ont pas rapport, par exemple dans une soirée ou pendant que je fais du vélo ou la vaisselle. J’ai un mot qui me vient à l’esprit et je l’écris. Ensuite, en jouant de la guitare, j’invente les paroles à partir de ce mot-là. Le processus est différent avec chaque toune, mais souvent le point de départ est une petite phrase qui m’accroche dans une conversation.
Johann Francoz: J’ai trouvé que j’étais un peu orphelin en termes d’inspirations. Je n’ai pas écouté tant de chansons que ça en grandissant et je ne lisais pas vraiment de poésie. Donc, je me suis dit que je voulais exploiter le côté alien que j’avais dedans. C’est souvent dans l’impressionnisme et le relativement abstrait, mais pas tout le temps. Ça dépend de la chanson.
Dans quelle mesure la culture québécoise vous influence-t-elle?
Dany Nicolas: Quand on est dedans, c’est facile. Je viens de Tadoussac et j’essaie le plus possible d’utiliser le langage d’où je viens. La manière de dire les mots et les phrases viennent beaucoup de ma région. Tout le reste, comme les sujets, vient de partout.
BLAMM: Pour moi aussi, c’est assez slang mais parfois ça peut varier avec un langage plus soutenu. J’aime mélanger et avoir le contraste entre ces différents types de langage. Musicalement, je ne pense pas que mes influences soient particulièrement québécoises. Je vois plus facilement les ressemblances à la musique américaine des années 1920, 30 et 40. Parfois, c’est un peu classique et parfois un peu funk, mais je ne me suis pas baignée tant que ça dans la musique québécoise et le trad d’ici, mais pour les paroles, c’est sûr.
Johann Francoz: Ma mère est française et j’ai grandi un peu en Californie. En ce moment, surtout dans les dernières années, je suis plongé dans la culture québécoise. Je joue beaucoup de violon traditionnel, donc cet aspect de la culture est très intégré.
Quel message ou quelle ambiance aimeriez-vous transmettre en faisant ces spectacles ensemble?
Dany Nicolas: Il y a toutes sortes d’ambiances. Ce n’est jamais pareil. On joue parfois pour les touristes et on joue parfois pour les gens qui habitent là. C’est complètement différent. En général, je pense que les gens sont contents. Ils sont super sympathiques.
Johann Francoz: C’est très varié.
BLAMM: L’ambiance change avec chaque toune, mais, le message est que la musique est importante et qu’on peut la faire même si c’est dur. Chaque chanson a son message, mais quand on joue ensemble, c’est comme si plus de choses étaient possibles.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
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