Wouf Wouf est un trio composé d’Alexis Dionne, Charles Smith et Guillaume Mansour et ensemble ils représentent bien la spontanéité de la vie. Leurs chansons parlent du quotidien avec des touches d’humour et, en habitant dans trois villes, Hébertville, Rimouski et Montréal, ils créent leur musique de manière sporadique.
Comme Alexis nous l’explique, le nom Wouf Wouf vient d’un incident légèrement traumatique de son enfance ainsi qu’une façon amusante de gérer une phobie. Le nom est parfois écrit comme Wovf Wovf, une référence au Chien d’Or, une légende québécoise dont une plaque se trouve dans le Vieux-Québec avec l’écriture en ancien français. C’est donc un autre exemple des petites observations québécoises qui peuvent définir ce groupe.
Vendredi 7 juin, Wouf Wouf a joué à la Librairie St-Jean-Baptiste, à Québec, un endroit très intime et cozy qui ressemblait à un salon rempli de livres. Cela était intensifié par le fait que les membres jasaient avec la salle avant, après et pendant le show. On s’est assis avec Guillaume et Alexis du groupe au début de la soirée pour en découvrir plus sur la musique de Wouf Wouf.
Pour commencer, pourriez-vous nous parler des origines de Wouf Wouf, comment est né le projet et vos objectifs, etc.?
Alexis: En 2017 environ, j’ai fait un spectacle au Quai de Brumes, à Montréal, avec un ancien groupe et Guillaume était le DJ ce soir-là. À la fin, on s’est dit qu’on s’entendait vraiment bien et qu’on devrait s’envoyer des démos et faire de la musique ensemble. Six mois plus tard, on s’est croisé au marché Jean-Talon et on s’est dit qu’on devrait vraiment faire ça. J’ai envoyé des démos et on est inséparables depuis.
Comment le groupe a-t-il évolué depuis ce moment-là?
Guillaume: Il y a eu l’ajout de Charles, ce qui a été un grand changement et qui a amené une dynamique un peu plus rock. Alexis et moi sommes les deux compositeurs principaux du projet et on a commencé par s’envoyer des chansons et à s’inspirer l’un de l’autre. On voulait s’impressionner et nous amuser musicalement, même si on n’habite pas dans la même ville. Il y a aussi un côté un peu sacré dans les moments où on se retrouve ensemble. Quelques semaines par année, on se voit pour composer ensemble et finir des arrangements. Ces moments sont devenus super importants parce que c’est comme célébrer la musique et notre amitié.
Nos sources d’inspiration sont les trucs qui nous arrivent dans la vie et il y a beaucoup de choses qui ont changé à travers les années. Au début, on s’inspirait beaucoup de nos quartiers. Quand Alexis a déménagé à la campagne, ses textes ont changé. Moi aussi, j’ai changé de job et j’ai littéralement écrit une chanson qui s’appelle Lâche ta job. On a une chanson qui s’appelle Dangereuse vie qui parle de se lancer dans l’inconnu. On a fait ça aussi.
Pourriez-vous vous présenter et parler d’autres projets que vous avez peut-être?
Guillaume: C’est drôle parce qu’on est tous les deux dans la musique à quasiment temps plein parce qu’Alexis est prof de piano.
Alexis: J’ai ouvert une école de musique, c’est pour ça que j’ai déménagé au Lac-Saint-Jean.
Guillaume: Je travaille pour une maison de disques pour laquelle je fais toutes sortes de choses, entre autres, la relation de presse et l’aide aux demandes de subvention. Ma job est d’écrire sur la musique. Donc quand je ne suis pas en train d’écrire de la musique, j’écris sur la musique. Je suis en contact avec l’industrie musicale; ce qui est quelque chose qui me nourrit beaucoup. Notre but est d’être le plus autonome possible donc on a beaucoup d’outils pour nous aider.
Vous avez récemment sorti deux EPs, Dehors (décembre 2023) et Dedans (mai 2024) et la vibe est similaire pour les deux. Aviez-vous écrit toutes les chansons avant de planifier les EPs et, si oui, pourquoi avez-vous décidé de les diviser comme ça?
Alexis: La grande majorité de ces chansons, ainsi que le single qui est apparu après, était composée dans le même souffle. On se questionne beaucoup sur comment la musique peut être entendue dans une époque où l’attention musicale est vraiment segmentée. Avec la sortie de deux EPs, je pense que c’est une exploration de ce qui arrive quand on sort des choses graduellement.
Guillaume: C’est comme des petits bouchées. Au niveau de la conceptualisation, dans les dernières chansons qu’on a composées, il y en a certaines qui sont plus intéroceptives et plus dans la réflexion de ce qui se passe à l’intérieur de nous. Il y a d’autres chansons qu’on avait composées qui sont plus sur le fait d’être dans le monde. Par exemple, la chanson Icare est une chanson sur les chars qui ont les lumières trop fortes. Le dernier single De la harpe est vraiment une exploration sur les villages et les villes moyennes du Québec.
Quel est le message derrière la chanson De la harpe?
Alexis: Initialement, c’était vraiment ce que je voyais depuis ma fenêtre à Hébertville. C’est un village de travailleurs, principalement, donc il y a beaucoup de pickups et de camions. Mes voisins en face ont beaucoup de voitures sur leur terrain et un chien qui jappe souvent. Il y a une ligne qui dit «Incroyable cette belle rumeur/ D’une fleur, d’un chien, d’un trailer, des bumpers» et mon piano donne sur la rue. Je pense que je voulais emmener une manière qui est sincère de dire qu’il y a quelque chose de beau dans cette réalité rouillée. Ensuite, Guillaume est arrivé avec un rap sur les villes moyennes qui est comme une lettre d’amour. Ça pourrait être vu avec ironie, mais je trouve que c’est devenu plus un témoignage des particularités locales.
Ces EPs étaient enregistrés dans trois coins distants du Québec. Pourriez-vous parler de ces trois coins et comment ont-ils influencé la musique, si c’est le cas?
Alexis: Les trois coins du Québec sont une formulation parce que Charles est à Rimouski, moi à Hébertville et Guillaume à Montréal. On a enregistré tous les instruments de base à Montréal ensemble. Après ça, on a enregistré beaucoup chez nous. C’était vraiment un aller-retour et un système d’automatisation.
Il y a des références aux chiens, dans le nom du groupe et dans plusieurs chansons, notamment Morderay. Est-ce qu’il y a une histoire derrière votre lien avec les chiens?
Alexis: Oui. Il y avait un été quand j’avais 8 ou 9 ans. Ma mère faisait partie d’un club d’aquariophilie du Québec. On a visité une maison et je me suis fait mordre au doigt par un crapaud et j’ai jappé comme un chien. J’avais un voisin dans ma rue qui avait un petit chien. Je n’aimais pas les chiens, mon père est allergique aux animaux. Donc on n’en avait pas chez nous, et «wouf wouf» est une forme d’appropriation de cette presque phobie. En ce qui concerne la chanson Morderay, il y a une plaque dans le Vieux-Québec avec un vieux poème qui dit «Je suis un chien qui ronge l’os / En le rongeant je prends mon repos / Un temps viendra qui n’est pas venu / Que je morderay qui m’aura mordu » et tout est écrit en vieux français.
Guillaume: Avec un chien en or sur la plaque.
Alexis: C’est vraiment beau! La chanson Icare parle de chiens qui hurlent à la lune. Je trouve beau cette image. Bref, le nom Wouf Wouf est une manière de gérer une phobie.
Vous avez sorti deux albums, Ressources humaines en 2019 et Dangereuse vie en 2021. Est-ce que vous voyez votre nouvelle musique un peu comme un nouveau départ?
Guillaume: On essaie souvent de nouvelles choses et on change notre façon de composer. Au début, je composais à la guitare et à la basse, puis j’ai commencé à composer au synthé et au clavier. Pour les EPs, ce sont les premières chansons que j’ai vraiment composées au clavier et au piano.
Alexis: J’ai une nièce qui a 5 ans et un neveu qui a 1 an que je vois quelques fois par année. Avec le temps, je les vois changer. Quand tu es collé sur les gens qui changent, tu ne vois pas vraiment ces changements. Je crois que c’est comme ça avec Wouf Wouf. Je pense qu’on n’a pas changé, mais pendant les moments de nostalgie ou d’insomnie quand j’écoute ma propre musique, je suis comme «eh c’est vraiment différent!» Donc, je ne sais pas si c’est un nouveau départ, mais c’est une évolution constante.
Guillaume: C’est comme une photo d’un moment de notre évolution. C’est intéressant parce qu’en juillet on va avoir une retraite de création au Bic, sur le bord du fleuve. Ce sera une semaine pour travailler et composer ensemble. On va travailler sur le nouveau matériel et donner un spectacle à la fin. On a l’impression d’être dans un autre moment de changement.
Votre spectacle à Québec est dans une petite librairie. Avez-vous spécifiquement choisi cet endroit et, si oui, pourquoi?
Guillaume: C’est la deuxième année qu’on joue à la Librairie St-Jean-Baptiste et les gens qui travaillent ici sont vraiment chaleureux. C’était important pour nous de jouer à Québec et j’adore l’aspect intime de cet endroit. Ça crée l’impression d’une chambre à coucher ou d’un salon.
Votre musique est ludique avec un côté imaginaire. Croyez-vous que la musique, que ce soit la vôtre ou en général, peut être comme le fait de se plonger dans un livre?
Alexis: Je crois que c’est autant des portes vers un univers que la découverte de la musique d’un.e artiste, il y a quelque chose d’unique, donc il y a des similarités. Ça fait vraiment du bien.
Guillaume: Je dirais qu’une chose qui est particulière dans notre musique est qu’on écrit des chansons qui sont très narratives. Comme lire un roman ou une pièce de fiction, nos chansons ont un monde à l’intérieur. Plus tôt aujourd’hui, quelqu’un a dit que sa chanson préférée était Lundi. Dans cette chanson, écrite par Alexis, on parle d’un employé imaginaire, mais il a dit que ce personnage fictif ressemble exactement à ses collègues du travail. C’est drôle parce qu’il y a des gens qui s’identifient à nos textes.
Quels sont vos plans pour l’été?
Guillaume: On s’en va au studio après notre tournée. On va passer une semaine dans le studio et enregistrer du nouveau matériel pour un album qu’on ne sait pas du tout quand on va le sortir. Peut-être même pas l’année prochaine ni dans deux ans. Ça va être un slowburn parce qu’on veut être très autonome dans notre façon de réaliser et on veut être certain que chaque étape soit bien faite, au lieu d’être trop rapide.
Alexis: C’est donc un moment d’investir dans Wouf Wouf!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

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