Présenté le 21 octobre au Cinéma Moderne, le court-métrage Dans mes élans de grande obsédée d’Alicia Lemieux met en scène Rose-Marie Durand et Victor Calamote dans une histoire où désir, obsession et guérison s’entremêlent. Retour sur les entrevues avec les trois artistes, ainsi que sur cette soirée de projection en images.
Alicia : Présente-moi ton court métrage Dans mes élans de grande obsédée.
Il s’agit d’un drame psychologique qui explore la réconciliation avec son enfant intérieur. Le scénario est divisé en deux parties. Dans la première, Jeanne manifeste de petites violences envers son amant : elle refuse sa réalité et se montre injuste avec lui. Lorsque celui-ci décide de la quitter, sa solitude fait remonter un trauma d’enfance. On découvre alors la petite Jeanne, incarnée par l’actrice Flavie Rivard, qui tentera d’entrer en dialogue avec elle-même. Mais Jeanne n’est pas encore prête. Le film aborde ainsi la nécessité d’accepter le processus de réconciliation intérieure et d’apprendre à faire preuve de douceur envers soi. Voilà, c’est ma vision.
Alicia : Pourquoi avoir décidé d’écrire cette histoire ?
En fait, ce scénario est une adaptation d’un livre que j’avais écrit dans le cadre d’un cours de création littéraire. Quand je suis entrée en scénarisation à l’université, nous devions écrire un court métrage de 15 pages. J’avais envie de parler de ce livre-là, qui n’a jamais été publié. Ça a été un vrai challenge pour moi : j’écris de la poésie, et passer d’un recueil à un scénario, ce n’est pas du tout la même écriture. J’ai dû tout retravailler, mais cela a donné le scénario final. Le livre et le film sont désormais très différents.



Alicia : Est-ce que c’est un peu inspiré de toi, vu que tu as un mari plus âgé ?
C’est sûr que la thématique de la différence d’âge n’est pas le plot twist, ce n’est pas le cœur du récit. Mais je voulais tout de même l’aborder. Je pense être bien placée pour en parler et je suis à l’aise avec ça. Je me souviens qu’au début, lors de nos premières rencontres avec Rose-Marie, on tournait beaucoup autour de l’amant, de sa vieillesse et de sa réalité. Puis je me suis dit : « Non, c’est de Jeanne que j’ai envie de parler. » J’ai donc recentré le scénario sur sa réconciliation personnelle. La vraie question du film, c’est : est-ce qu’elle se réconcilie ou non ?
Alicia : Pourquoi ce titre-là : Dans mes élans de grande obsédée
Le titre vient encore du livre. Le roman était plus proche de ce titre que le film ne l’est. Jeanne est habitée par ses démons, dans une folie où elle cherche toujours à avoir raison et le dernier mot. Elle est obsédée par son extérieur et par tout ce qui l’entoure.
Rose-Marie : Présente-moi ton personnage.
J’incarne Jeanne dans cette histoire. C’est un personnage à la fois audacieux et tourmenté, qui agit souvent de manière impulsive, sans trop réfléchir. Tout son travail, son art et son introspection la poussent à revisiter ses traumas. Elle y fait face à travers la petite Jeanne qui lui rappelle qui elle est vraiment. C’est l’histoire d’une réconciliation entre moi et mon moi enfant intérieur, une traversée à travers les traumas.



Victor : Présente-moi ton personnage.
Mon personnage s’appelle l’Amant. Ça veut dire que je ne suis qu’un accessoire ! J’ai été casté à 65 ans pour jouer un homme de 75. Tu te rends compte ? C’est tout le contraire de ma jeune beauté
Rose-Marie : Comment t’es-tu sentie en incarnant une jeune femme de 19 ans en couple avec un homme de 75 ans ?
Déjà, j’étais flattée qu’on me choisisse pour jouer 19 ans, parce que moi, j’en ai 25. Au départ, c’est une histoire qui me parlait directement, parce qu’elle a été écrite par mon amie Alicia — très bien écrite d’ailleurs — et qu’elle aborde des thèmes universels. Au-delà de la relation entre une personne plus jeune et une plus âgée, c’est surtout une histoire sur le passage à l’âge adulte.
Quant à cette dynamique d’âge, je pense qu’en tant qu’adultes consentants, les gens s’aiment comme ils le souhaitent. Et j’étais ravie de jouer avec mon partenaire : il n’y avait aucune barrière, tout s’est fait dans la bienveillance, avec des scènes soigneusement préparées à l’avance. C’était vraiment une très belle expérience.
Victor : Comment t’es-tu senti en incarnant un homme de 75 ans en couple avec une femme de 19 ans ?
C’est sûr que j’ai un peu plus de métier que Rose-Marie, même si elle est trop fière pour l’admettre (rires). Notre complicité a été très bonne, car nous nous sommes préparés et avons travaillé ensemble, avec beaucoup de respect entre nous. Pour incarner ce personnage, il a fallu que je joue plus lentement, que je garde le silence et que je prenne mon temps. Certaines scènes sont très belles, parfois teintées d’humour. Ce n’est pas un drame pur : il y a aussi de la légèreté.
Rose-Marie : Qu’est-ce qui t’a le plus marquée ?
Ce qui m’a vraiment touchée, c’est de jouer avec mon enfant intérieur, incarné par Flavie Rivard qui joue la petite Jeanne. C’était un moment à la fois perturbant et beau, parce qu’elle me ressemble réellement. Je ressentais aussi une responsabilité de représenter cela à l’écran et de véhiculer ce message.
Ce qui m’a le plus émue, c’est la rencontre et la réconciliation avec mon enfant intérieur. Victor, lui, c’est presque accessoire : il est l’élément déclencheur qui permet ma réconciliation personnelle. L’histoire ne gravite pas autour de Victor. J’ai aimé jouer avec tout le monde, mais ce que j’ai préféré, c’est vraiment ce moment de jeu avec une jeune fille.
Victor : Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans ton personnage ?
Si on est amoureux de quelqu’un, quel que soit l’âge, l’amour n’a pas de limite. Mais si la personne refuse d’ouvrir les yeux, il faut quand même l’aider. Sinon la chute peut être encore plus brutale. C’est un peu ce que j’ai ressenti, et ça m’a fait réfléchir, même si ce n’est pas aussi profondément que le personnage de Rose-Marie dans son introspection et son lien avec Mini-Jeanne. Cela m’a aussi rappelé que je suis plus proche de la fin que du début, mais je ne lâche pas. J’aime la vie.



Alicia : Qu’est-ce que tu apprécies dans leur casting ?
Je me souviens : avec Rose-Marie, on était au parc Outremont l’an dernier. Je lui parlais de ce scénario avec des étoiles dans les yeux. Peut-être que c’est ça qui l’a charmée, je ne sais pas. Rapidement, elle m’a dit: « Hey, je peux-tu interpréter Jeanne ? » Et j’étais comme : « Actually, yes ! » En préproduction, on se voyait chaque semaine. On travaillait sans cesse à déconstruire et reconstruire Jeanne. C’était un vrai travail d’équipe. À ce moment-là, Rose-Marie n’avait jamais eu de rôle principal au cinéma, et je tenais tellement à la mettre de l’avant. Jeanne est un personnage complexe qui demandait énormément de travail. Je ne l’aurais pas imaginée autrement.
Quant à Victor, il met tout le monde à l’aise sur un plateau. Bienveillant, drôle, charismatique. C’était un défi de trouver l’amant, mais je suis tombée sur une perle rare : Victor Calamot.



Rose-Marie : Pourquoi faudrait-il voir le court métrage ?
Parce qu’il est très bien réalisé, de manière professionnelle. Tout le monde a donné son 100 %. C’est une grande équipe de passionnés de cinéma émergent et de la relève. Je pense que c’est un film destiné à ceux qui aiment le cinéma et qui s’y intéressent sincèrement.
Alicia : Pourquoi faudrait-il voir le court métrage ?
Je pense que le film permet d’avoir un dialogue avec soi-même sur la question des traumatismes, sans morale forcée. Parfois, on évite de regarder l’enfant que l’on a été. Ce film m’a permis d’être plus douce envers moi-même. L’enfant en nous est très important.
Marie-Ange Bourdages, graphiste




Autres photos






Synopsis
Lorsque Jeanne (19 ans) est confrontée à l’inévitable fin d’une liaison troublante avec un homme plus âgé (75 ans), elle est obligée à revisiter les douleurs de son enfance, en affrontant des souvenirs terrés au creux d’elle. Entre obsession et libération, Jeanne entame un processus de guérison intérieur où passé et présent s’entrelacent dangereusement.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
