À la Cinquième Salle, à la Place des Arts, le 18 juin lors des Francos de Montréal, Daniel Boucher a créé une ambiance qui était à la fois intime et grandiose. Seul avec sa guitare, il a diverti les gens avec ses strums et ses mouvements sur scène, ainsi que ses interactions qui intégraient tout le monde. Il les a fait répéter les exercices vocaux (les ouahs et les ahhhs) plusieurs fois pour qu’ils soient plus forts et il a répondu aux remarques amicales que les gens criaient entre les chansons.
Vers la fin de La désise, il a invité tout le monde qui le voulait à venir sur la scène pour chanter les lignes ma gang de malades / vous êtes donc où? et faire les gestes de la chorégraphie. Cet aspect rassembleur est au cœur de sa musique depuis son premier album de 1999 et il s’est intensifié avec son dernier album À grands coups de tounes vol.2.
Sorti en novembre 2023, À grands coups de tounes vol.2, est disponible seulement via un abonnement sur danielboucher.quebec, une approche qui renforce un lien proche entre l’artiste et l’auditeur. Les chansons sont rythmées et réconfortantes, les paroles sont ludiques et remplies de sentiments forts. À la Cinquième Salle, il a commencé par Je peleurerai et, alors que la chanson sur l’album a une sonorité joyeuse et vivante, il n’a raconté que les paroles pendant le spectacle pour que les mots coulent comme de la poésie.
Daniel Boucher jouera à la Fête nationale de Terrebonne le 23 juin. Célébrer le Québec et encourager tous les québécois et toutes les Québécoises à être fière est quelque chose de naturel pour lui, et son spectacle aux Francos de Montréal était comme une mini fête nationale. Les chansons Chez nous et Huit millions, par exemple, étaient introduites par un discours patriotique et il a terminé la soirée avec Chant d’un patriote de Félix Leclerc. L’enthousiasme était transmis à la salle tout au long du spectacle. Par conséquent, il y avait des moments où on avait l’impression d’être dans un salon ou autour d’un feu de camp, et à d’autres moments où c’était comme s’il criait à une foule de milliers de personnes.
On a rencontré Daniel Boucher l’après-midi de son spectacle aux Francos de Montréal pour discuter de son nouvel album, de la langue française et à quoi ressemble la culture québécoise.



Pour commencer, pourrais-tu nous parler de ton récent album?
Je trouve que c’est mon meilleur [rire]. J’invite les gens à l’écouter. C’est un album de chansons qui viennent d’un peu partout dans mes idées: ce sont des pièces que je n’avais pas encore finies et qui sont arrivées spontanément. Ce n’est pas un album avec un fil conducteur dans la thématique, mais, au niveau de la musique, il y en a évidemment. Par exemple, le son de batterie, le son de guitare, le piano et les harmonies de voix. C’est le deuxième album que j’ai fait avec Jean-Sébastien Chouinard, mon co-réalisateur et on est devenu tellement complice. Il y a, cependant, les thèmes qui reviennent, comme les sujets de l’amour et l’univers, la politique et l’indépendance du Québec.
Pour les chansons du passé qui n’étaient pas encore finies, est-ce que tu les as cherchées ou c’était plus que tu les avais oubliées et retrouvées par hasard?
C’était un peu les deux. Il y a toujours des tounes que je ne finis pas, juste parce que je n’ai pas de bonnes idées pour le faire. Par exemple, il y a une chanson qui s’appelle L’âge sur le dernier album. Celle-ci, je l’ai commencée en 2005 et j’ai fini le texte autour de 2023. Il y en a d’autres qui sont arrivées plus spontanément. La chanson En roulant vers percé est arrivée l’année passée, par exemple, et Le beau éphémère, Huit millions, et Le grand rail de l’astheure sont toutes des nouvelles tounes. Pour la chanson Cantouque sans recours, j’ai pris un poème de Gérald Godin, le poète politicien. C’est un beau texte, entre l’érotique et la politique, et j’ai mis ma musique dessus.
L’album n’est pas disponible via streaming. Pourquoi est-ce que c’était important pour toi de travailler contre le système?
Théoriquement, le système de plateformes pour l’amateur de musique est magnifique, tu peux écouter ce que tu veux quand tu veux. Cependant, pour ceux qui produisent cette musique-là, surtout pour nous ici au Québec qui chantent en français, c’est difficile d’avoir des centaines de millions d’écoutes. Ça peut arriver mais c’est plutôt rare. L’échelle de financement est complètement déséquilibrée, donc j’ai décidé de faire d’autres choses.
As-tu remarqué des changements à travers les années? Est-ce que c’est plus difficile pour un artiste au Québec ces jours-ci?
De manière créative, je pense que c’est mieux aujourd’hui parce que tout le monde peut faire de la musique sans essayer de plaire à une compagnie de disque. Au niveau financier, c’est plus difficile parce que l’album, qui est supposé être notre activité principale, n’est pas viable. C’est difficile de faire de l’argent avec un album. Ce n’est pas impossible, ça pourrait arriver, mais c’est plutôt rare. On doit trouver une façon qui est adaptée à nous, au lieu de constamment nous adapter à ce qui vient de l’extérieur.
Également, as-tu remarqué des évolutions par rapport à la culture? Par exemple, comment définirais-tu la culture québécoise dans la scène musicale ces jours-ci?
C’est très large. C’est une culture qui est brûlante, omniprésente et fulgurante. Elle a plein de couleur, est inventive et bienveillante. Elle est un peu timide aussi.
Quelle est ton approche à l’écriture et la manière dont tu joues avec la langue?
Je pense que c’est important de le faire pour que la langue continue à vivre. Les anglais jouent avec l’anglais depuis longtemps, c’est pour ça que c’est une langue attrayante. Elle est libre et malléable. Il faut que l’on comprenne, en tant que francophone, qu’on a le droit de mettre la couleur dedans. Les sons de la langue française changent partout. Si tu vas au Lac-Saint-Jean ou en Gaspésie, ce n’est pas pareil. Si tu vas au sud de la France ou dans les Maritimes, c’est différent.
Est-ce qu’il y a des influences de la Gaspésie que tu intègres dans ta musique, vu que c’est là où tu habites actuellement?
Je dirais que les influences viennent beaucoup du mode de vie. Je pense que peu importe où tu vis, si tu es bien et que tu apprends des choses, ça va paraître quand tu as une guitare dans les mains.
Y a-t-il des chansons plus récentes où tu as notamment joué avec la langue pendant la création?
Il y a tout le temps un petit peu. Peut-être L’âge. Sinon, il y a un texte qui s’appelle Je peleurerai. «Je peleurerai / Je m’épelurerai la peau / Tant qu’à m’épurer / Je peleurerai.»
Quel est le plan pour ton spectacle aux Francos de Montréal?
C’est un spectacle guitare et voix. Je suis tout seul, et je fais de nouvelles chansons du dernier album ainsi que des chansons de tous mes albums. Je suis préparé, mais tout peut arriver. Si quelqu’un crie le titre d’une toune, je pourrais la jouer. Ça dépend beaucoup de l’énergie parce que ce n’est jamais pareil. Parfois, j’arrive sur scène et les gens crient et dansent. D’autres fois, ils sont assis et ils écoutent. Je laisse la salle vivre ce qu’elle veut vivre.
Selon toi, quelle est l’importance d’un festival comme les Francos de Montréal, qui est gratuit en majeure partie, pour la langue française et la culture d’ici?
Historiquement, c’est majeur. Un festival comme celui-ci dans un endroit comme le Québec est essentiel.
Tu vas jouer à la Fête nationale du Québec de Terrebonne, avec Daniel Bélanger. Vu que tu as joué beaucoup de spectacles pour la Saint-Jean dans le passé, as-tu remarqué des changements au fil des années?
Oui, mais ça dépend de la ferveur du peuple. J’aimerais que ce soit une vraie fête nationale, au lieu d’une fête provinciale, mais le Québec n’est pas encore un pays. J’aimerais qu’on ait un vrai statut politique, celui d’un pays.
Quel est le pouvoir de la musique et des arts dans tout ça?
Je pense que ça motive les gens et que ça les touche. C’est un peu comme partout dans le monde, par exemple la culture américaine est importante pour les Américains. C’est sûr que tu vas ressentir quelque chose quand tu entends quelqu’un chanter à propos d’où tu viens. Ce qui reste pour nous, c’est de mettre l’indépendance du Québec au clair. On ne l’a pas encore clarifié. C’est plus simple qu’on pense.
À quoi peut-on s’attendre de ton spectacle à la Fête nationale avec Daniel Bélanger?
Le 23 juin à Terrebonne, il y aura Daniel Bélanger qui va embarquer vers 20h30 – 22h avec son band. Ensuite, il y aura des feux d’artifices et un discours patriotique, puis après ça, il y aura moi, Daniel Boucher, qui va embarquer tout seul avec sa guitare. Ça me surprend un peu de jouer tout seul à la fin de la soirée, mais ça va être spécial.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
