Après quatre saisons, la série jeunesse Comme des têtes pas de poule s’apprête à conclure son parcours avec son ultime saison, qui sera diffusée à l’hiver 2026 sur Télé-Québec. Pour Estelle Fournier et Emma Bao Linh, ces quatre années ont été marquées par des apprentissages, des premières expériences et de solides amitiés. Lors du dévoilement de la programmation 2025-2026 de Télé-Québec, le 22 août, nous les avons rencontrées pour discuter de cette dernière saison, de l’évolution de leurs personnages et de leur propre parcours au fil de cette aventure.
Sur la photo principale : Estelle Fournier, Emma Bao Linh et Élia St-Pierre. Élia n’était pas présente au moment de l’entrevue.
Parlez-moi de l’ultime saison de Comme des têtes pas de poule ?
Estelle : On a l’arrivée de nouveaux personnages, dont Jupiter, joué par Sarah Cantin.
Emma : Elle est accueillie à bras ouverts. Elle va vivre autant d’aventures avec la famille, les gens à l’école que moi.
Estelle : On sort un peu de l’école secondaire. On continue de suivre ce qui se passe au café. « Là, on est rendus une couple à aller tranquillement au cégep et vers le début de la vie adulte. C’est le fun parce qu’on a vraiment pu grandir dans ce show-là. On a commencé en étant des enfants ou de jeunes ados, et là on effleure l’âge adulte. Les quêtes sont différentes.
Emma : Zoé (Emma Bao Linh) et Flavie (Élia St-Pierre) sont maintenant en secondaire 4. Elles approchent aussi de l’âge adulte, mais elles sont encore dans l’appréhension. On se pose encore beaucoup de questions existentielles, et c’est beau de voir comment on se développe à travers toutes ces expériences. On fait encore des erreurs, mais on apprend à communiquer. Il y a de belles morales dans tous les épisodes.
Estelle : Ça a été tout un moment de dire bye à ce chapitre-là. Ça a été gros, quand même.
Emma : Ça a été quatre ans de notre vie.
Qu’est-ce qui arrive à vos personnages cette saison ?
Estelle : Il y a tellement de choses…
Emma : Zoé, honnêtement, elle grandit. Mais elle fait encore des erreurs. Elle est toujours accompagnée de Flavie, sa meilleure amie. Elles ne vont pas se lâcher, mais c’est sûr qu’elles vont encore avoir des chicanes. Elles vont apprendre à s’excuser et à trouver une façon de mûrir à travers tous les éclats.
Estelle : Ouais. Moi, je dirais simplement qu’elles vont mûrir. J’ai trouvé chez Victoria (Estelle Fournier) une plus grande ouverture. Avant, elle était toujours dans le paraître, dans l’apparence, dans le jugement. Malgré son bon fond, j’ai l’impression qu’elle a enfin travaillé là-dessus pour aller plus loin. On voit vraiment qu’elle a appris. C’était super beau de jouer ça, parce qu’il y a eu toute cette évolution de personnages. Elle va vraiment apprendre de ses erreurs et mûrir.



Emma : Tous les personnages grandissent, en fait. Si tu compares nos personnages de la saison 1 à ceux de la saison 4, ce sont des personnes différentes, des personnes qui ont grandi. C’est fou de voir à quel point elles ont changé. Zoé a beaucoup appris à mieux communiquer ses émotions. Avant, sa relation avec Flavie était vraiment plus enfantine… C’était une amitié avec beaucoup de hauts et de bas, et à chaque fois qu’elles s’excusaient, ça revenait. C’était un peu toxique à un moment donné. Mais maintenant, elles ont vraiment appris à s’excuser sincèrement et à tirer des leçons de leurs erreurs. C’est ça : on est en train de cultiver tout ce qui arrive et de mouler ça pour devenir de meilleures personnes.
Estelle : Pour résumer, je trouve qu’il y a plus de chaleur, d’ouverture et d’empathie.
Est-ce que vous sentez que vous évoluez au même rythme que votre personnage ?
Estelle : C’est sûr que jouer un personnage pendant quatre ans, sur une très longue période de tournage, ça marque. Je réalise que j’ai des manières que j’avais créées pour Vic (Victoria)— des façons de parler, des tournures de phrases — qui font maintenant partie de moi. La barrière entre Vic et moi est un peu floutée. Je ne pensais jamais que ça arriverait, mais pour vrai, c’est vraiment ce qui s’est passé. On n’a pas vécu les mêmes épreuves, mais ce que j’ai vécu dans ma vie personnelle, je peux le transmettre à travers Vic. Je peux puiser là-dedans. Malgré nos deux personnalités assez différentes, il y a des épreuves qu’elle a traversées et que je traversais un peu en même temps dans ma vie. J’ai à peu près le même âge que Vic, donc je me retrouve un peu dans tout ça aussi : les amitiés, les tensions, les premiers amours. Donc oui, la réponse est oui.
Emma : Moi, ma réponse, c’est non. Je pense que je suis plus mature que mon personnage. Je joue plus jeune que moi, mais mentalement, je suis rendue plus loin que mon personnage. Une chose que j’ai apprise dans ce métier, c’est de ne jamais penser qu’on est plus intelligent que son personnage. Il faut croire ce qu’on dit, sinon on ne va pas vendre notre personnage aux téléspectateurs. C’est littéralement notre métier : mentir sur qui on est, flouter la réalité. Avec le temps, j’ai appris qu’il faut mettre son ego de côté, parce qu’on peut être amenée à dire des choses qu’on ne dirait jamais dans la vie… et il faut le penser comme si c’était notre propre pensée. Je me reconnais moins dans mon personnage. Bien sûr, il y a toujours un petit bout de moi, puisque j’y ai mis un peu de ma personnalité, mais je suis loin d’avoir la même idéologie et la même façon de penser que mon personnage.


Estelle : C’est beau de le vivre. Dans ce métier, on est un peu forcées à grandir vite, parce qu’on se rend compte que c’est un métier d’adulte. Il y a des événements que je n’ai pas vécus dans ma vie, mais que Vic ou un autre personnage a traversés, et je peux les vivre à travers eux. Cette naïveté, que j’ai peut-être perdue dans ma vie personnelle, je peux la revivre grâce à eux.
Emma : Je me dis que ça permet à ceux qui ont cette naïveté de réaliser certaines choses dans leur vie, certaines chicanes ou situations qui ne sont pas bonnes pour eux. Ça permet au public de s’identifier. Tout le monde est différent. Je ne veux pas que le public pense que je suis comme mon personnage, mais ceux qui nous regardent peuvent grandir à travers nos personnages aussi. Les émissions jeunesse servent vraiment à ça.
Est-ce que vous avez l’impression que le public aussi a grandi avec vous ?
Emma : Oui, vraiment. Il y a beaucoup de monde qui m’écrit, me parle dans la rue, m’accoste pour me parler de mon personnage. Je sais qu’il y en a beaucoup pour qui l’émission est inspirante et qui leur fait apprendre des choses sur la vie. On crée la culture de certaines générations. Ça va être comme ça encore et encore.
Estelle : C’est vrai. De ceux que j’ai eu la chance de rencontrer, je dirais pareil aussi.
Emma : Sans eux, on ne serait rien.
Si on prend l’exemple d’Estelle plus particulièrement, n’est-ce pas quelque chose de particulier d’incarner un personnage alors que les personnes de ton âge ne font pas partie du public cible ?
Estelle et Emma : C’est un peu comme avoir une grande sœur ou un grand frère.
Emma : Tu vois les erreurs avant de les faire. Peut-être que ça peut t’alerter si, à un moment donné, tu rencontres une erreur comme celle-là. Par exemple, tu peux te dire que ce n’est pas la bonne situation pour toi ou que ce n’est pas une bonne relation pour toi. Je pense que ça permet aux gens de faire des apprentissages en avance et de recevoir un petit avertissement.
Qu’est-ce qui vous a marqué le plus de vos quatre années ?
Estelle : Je pourrais parler de tellement de choses. Il y a eu des apprentissages sur le plan professionnel. Quand j’ai commencé à la saison 1, j’ai appris énormément de choses ; pour moi, ça a été une vraie école. Mais je ressors de là avec ce bagage-là, et aussi avec des amitiés qui me sont super importantes. Et ça, ce n’est pas quelque chose à laquelle je m’attendais, de devenir aussi proche de certaines personnes. Quand on tourne un projet, on est un peu dans une bulle, alors qu’en même temps on va à l’école. On se retrouve avec d’autres jeunes qui partagent notre réalité, ce qui est tellement rare. Je dirais que ce sont vraiment ces belles amitiés-là. J’en ressors avec énormément de gratitude d’avoir pu jouer ce rôle. J’étais vraiment une petite fille avec un rêve plus grand que moi.
Emma : Moi, honnêtement, oui, sur le plan professionnel, ça m’a appris quelques trucs, mais je pense que ce qui m’a vraiment marqué le plus, c’est l’amitié avec Élia. Au début, en saison 1, on n’était pas du tout proches. On ne se parlait presque pas, et c’était difficile de jouer une meilleure amie avec quelqu’un que tu ne connais pas vraiment. On devait être tellement proches et créer une relation.


En quatre ans, on s’est énormément rapprochées et on a vraiment construit quelque chose ensemble. On se comprend, on s’entend et on travaille tellement bien ensemble. On a appris à collaborer et on est devenues plus fortes à la dernière saison, parce qu’on savait exactement ce que l’autre pensait et comment s’échanger les lignes. Même quand on se faisait maquiller, on répétait nos répliques et on savait comment travailler ensemble. C’est ça qui va vraiment me manquer : travailler avec quelqu’un qui me connaît, qui connaît ma technique, genre « je veux faire la scène avant » ou « je sais comment tu veux la faire ».
Ça va vraiment me manquer, et toutes les relations que j’ai créées sur le plateau, que ce soit avec les caméramans, les accessoiristes, les coiffeurs, les maquilleurs ou les réalisateurs. On a changé de réalisateur à chaque bloc. En plus d’apporté un vent de fraîcheur, ça nous permettait de créer encore plus de liens avec plein de gens. Je repars également avec une connaissance incroyable de tellement de personnes. Maintenant, quand je vais sur des plateaux et que je vois quelqu’un de la famille des poules, c’est comme si je voyais quelqu’un de ma propre famille, et ça me fait du bien de savoir que je vais toujours avoir quelqu’un dans le métier que je connais.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

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