Pas moins de douze comédiens sur les planches du théâtre Duceppe présentent jusqu’au 17 février la pièce tant attendue Chimerica. Une œuvre qui traite de la différence culturelle et politique entre la Chine et l’Amérique, d’où vient la contraction Chimerica. L’affrontement sur la place Tian’anmen en 1989 tient lieu de point de départ de l’autrice britannique Lucy Kirkwood qui y a brodé des éléments de fiction. Cet amalgame de fiction et de faits réels crée un suspense qui nous tient jusqu’à la toute fin.
Une quête aveuglée
Tout commence par une photo que Joe Schofield des États-Unis (Alexandre Goyette) a prise par la fenêtre de sa chambre d’hôtel lors de l’affrontement sur la place Tian’anmen en 1989, en Chine. Une photo qui est devenue une image emblématique.
Ce cliché représente la protestation d’un homme, tenant deux sacs, qui affronte seul les chars d’assaut de l’armée chinoise, « Le Tank Man ». L’incarnation du courage même.
Or, 23 ans plus tard, en 2012, il apprend que ce héros de l’Occident résiderait à New York. Renseignements obtenus de son ami Zhang Lin (Derek Kwan) qui habite encore en Chine. Celui-ci a perdu sa femme enceinte lors de la grande manifestation.
Le photojournaliste part donc à la recherche de ce personnage énigmatique sans se préoccuper aucunement des conséquences. Il est aveuglé par sa quête … Tellement que son patron le traite de « fouille merde ».
Une mise en scène complexe
Le metteur en scène Charles Dauphinais a su relever le défi de la complexité des nombreux sites de la pièce.
Grâce à un montage impressionnant de dispositifs scéniques, notamment des échafauds et un « container » aménagé, il a recréé avec finesse les lieux où se déroulent les différentes scènes en Chine et aux États-Unis. Les vidéos d’archive en arrière-scène évoquent l’actualité de 2012 des ces deux grandes puissances.
Les projections d’images et de vidéos, les nombreux décors et le texte très présent fait en sorte qu’on s’y perd parfois. C’est beaucoup d’informations à ingérer. Le résultat théâtral demeure toutefois saisissant.
Une galerie de personnages
Parmi les douze comédiens, tous évoluent avec flexibilité et circonspection dans les différents décors.
La moitié de la troupe est d’origine chinoise et ponctuellement, ceux-ci parlent le mandarin (avec traduction affichée) donnant ainsi pleine crédibilité et sensibilité aux propos.
La censure
C’est effarant de lire que des acteurs québécois d’origine chinoise aient refusé de jouer dans cette pièce par crainte de représailles de la part de la Chine. Ils ont encore de la famille là-bas.
À noter que ce personnage, le « Tank Man » de la place Tian’anmen a été soustrait de l’histoire de la Chine. Les jeunes n’en ont aucune idée. Encore aujourd’hui, ce sujet demeure tabou et les manuels scolaires parlent seulement des « troubles de 1989 ».
Bien que Chimerica soit une pièce fictive, le spectateur en sort touché par ce pan d’histoire censuré de la Chine.
Notre photographe Frédéric Lebeuf était sur place lors de la première médiatique. Photos du tapis rouge.
Chimerica jusqu’au 17 février
La pièce Chimerica tient l’affiche du théâtre Duceppe jusqu’au 17 février.
Texte : Lucy Kirkwood
Traduction : Maryse Warda
Mise en scène : Charles Dauphinais
Avec : Shiong-En Chan, Alexandre Goyette, Yuu Ki, Tania Kontoyanni, Albert Kwan, Derek Kwan, Marie-Laurence Moreau, Li Li, Philippe Racine, Manuel Tadros, Marie-Hélène Thibault, Annie Yao
Crédit photo : Danny Taillon
Texte : Micheline Rouette
