Du 4 au 12 juillet, sous les arches néo-gothiques du Centre St Jax, Le Cabaret du Jugement Dernier revient en force dans le cadre du festival Montréal Complètement Cirque. Fidèle à sa formule éprouvée, Le Monastère orchestre une soirée où les numéros s’enchaînent avec brio, portés par une galerie d’artistes singuliers. Chaque soir, le public est invité à jouer les juges pour désigner le ou la grand·e élu·e du Jugement Dernier.
Cette année, c’est Hyppolite, musicien aux talents multiples (loop station, guitare, beatbox, clarinette), qui endosse le rôle de maître de cérémonie. Si sa présence sur échasses et ses interludes musicaux témoignent d’une belle virtuosité, l’animation manque parfois de mordant. Malgré une énergie indéniable, le lien avec le public peine à se créer. On retient toutefois avec plaisir ses talents de siffleur d’exception, à la fois surprenants et enchanteurs.
Mais qu’importe : le cœur du spectacle bat dans les performances, et cette édition 2025 n’a rien à envier aux précédentes.
Le duo Ohtocani et Karina ouvre le bal avec un superbe numéro de mât chinois. Leur complicité se traduit par une fluidité rare, chaque figure incarnant à la fois la force, la souplesse et la confiance. L’un devient tremplin, l’autre contrepoids, dans un ballet vertical maîtrisé à la perfection.
Suit Bekka Rose, douce apparition poétique. Avec une grâce candide, elle mêle danse et jonglerie. Son jonglage précis, élégant, dessine une chorégraphie suspendue. Ses quilles tournoient dans les airs et autour d’elle dans un ballet somptueux.








Nicole Martres prend ensuite le relais avec un époustouflant numéro de suspension capillaire. Utilisant ses talents de contorsionniste, l’artiste, suspendue par les cheveux, le sourire aux lèvres comme si de rien n’était, déploie son corps dans des figures improbables, se balance sur scène et tourbillonne à une vitesse ahurissante devant une audience subjuguée !
Fluide et élégant, Thomas Parent fait une entrée spectaculaire, incarnant un agent secret hautement stylisé et délicieusement queer. Avec une belle musicalité, il se contorsionne en équilibre dans des positions incroyables, tenant sur un bras avec aisance dans un équilibre parfait !
Après l’entracte — et un passage recommandé par le bar du P’tit Sacristain pour alimenter les débats de coulisses — le spectacle reprend avec Yves Artières. Tout juste diplômé de l’École nationale de cirque, il propose un numéro de cerceau aérien d’une grande dualité. Avec une ouverture très esthétique, suspendu dans les airs, habillé d’une longue robe cascadante, l’artiste androgyne nous offre une première partie de numéro très dynamique où, avec force et souplesse, il s’enroule et se contorsionne autour de son cerceau : phénoménal. Le numéro se poursuit avec un second temps plus lent et introspectif, moins spectaculaire mais empreint d’une belle sensibilité.








Fenja Barteldres nous offre un numéro finement écrit où, avec originalité, elle joue avec nos attentes d’un numéro de roue Cyr. Sa performance est unique et mêle, avec une belle écriture, roue Cyr, manipulation d’objets, performance d’équilibre. Le public retient son souffle alors que Fenja nous transporte dans son univers et nous démontre ses talents dans cet inattendu numéro de roue Cyr décomposée.
Place ensuite à la puissance sensuelle de Haley Viloria, qui, suspendue à ses sangles, tournoie et se contorsionne avec intensité. Sa montée en tension, parfaitement accompagnée par la musique, culmine dans un final à couper le souffle.
Enfin, en apothéose, Agathe et Adrien viennent clore le spectacle avec une pièce de main à main et jeux icariens tout en poésie. Déjouant les rôles traditionnels, porteurs et voltigeurs s’alternent dans de remarquables enchaînements faisant fi de la taille et du genre. Porteur·euse devient porté·e dans une chorégraphie fluide des corps, écrite avec humour et tendresse, liant entre elles des figures impressionnantes magnifiquement exécutées.








Avec son lot de surprises, de poésie et de performances virtuoses, Le Cabaret du Jugement Dernier 2025 confirme une fois de plus la force du Monastère à faire rayonner le cirque contemporain dans un écrin atypique. Rendez-vous réjouissant du festival, c’est un cabaret vibrant où l’excellence circassienne s’exprime dans toute sa diversité. À vous maintenant de juger… et de voter.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Z. Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
