Après la Palme d’Or décernée en 2018 à Shoplifters, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda nous revient avec Broker, qui sortira dans les cinémas montréalais le vendredi 13 janvier!
Busan, en Corée du Sud.
Par une nuit pluvieuse, une jeune femme abandonne son nouveau-né dans une « boîte à bébé » à l’entrée d’une église. Il est ensuite recueilli par Sang-Hyeon et Dong-Soo, deux trafiquants d’enfants qui souhaitent le revendre aux parents adoptifs les plus offrants. Leur plan initial ne se déroule pas tout à fait comme prévu, car So-Young, la jeune maman réapparaît à la recherche de son enfant la nuit précédente et découvre leur intention. So-Young veut participer à l’action et s’assurer que son bébé se retrouvera dans un bon foyer. Ils sautent tous dans une camionnette délabrée et partent à la rencontre des acheteurs potentiels. Commence alors un périple insolite à travers le pays où les trois écorchés, dans une alliance pour le moins inattendue, tentent de trouver « la famille idéale » pour l’enfant, tout en ignorant qu’ils sont pistés par deux policières, bien décidées à les attraper en flagrant délit au moment de la transaction…

L’idée du film a été conçue par Hirokazu Kore-eda alors qu’il se renseignait sur le système d’adoption japonais pour son film Like Father, Like Son, sorti en 2013, découvrant ainsi des similitudes avec le système d’adoption sud-coréen. La « boîte à bébé » (baby box), un dispositif qui existe réellement en Corée et au Japon, est un endroit où les gens peuvent laisser des enfants de manière anonyme. Autour de cette entame dramatique sur laquelle s’ouvre Broker, Kore-eda construit méticuleusement son récit. À mesure que progresse l’intrigue, que se nouent les liens entre ces personnages épars, il nous plonge au cœur des reconstructions d’une famille alternative, tout en s’interrogeant sur la filiation, les liens du sang, les séquelles de l’abandon, la douleur des séparations… Des sujets qui sont chers au cinéaste japonais et qui constituent la thématique centrale de sa filmographie.
La qualité du film repose bien sur le brio de la mise en scène, mais aussi sur l’interprétation des comédiens. Le film réunit à l’écran plusieurs stars sud-coréennes dont Song Kang-Ho (qui a reçu cette année, pour ce rôle de voleur d’enfant au grand cœur, le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes), Bae Doo-Na, Gang Dong-Won et Lee Ji-Eun (alias la chanteuse de K-pop IU), tous livrant une performance d’une justesse remarquable.

Comme toujours, Hirokazu Kore-eda a l’art de créer les protagonistes très touchants et attachants, tissant avec pudeur et sobriété les relations entre eux, et dessine avec finesse une profonde compréhension de leur humanité et de leurs failles.
C’est de ce regard bienveillant et de cette absence totale de sensiblerie ou d’afféterie que naît la profonde émotion que l’on ressent face à ce drame lumineux rempli d’espoir, à la fois ludique, doux, émouvant et puissant.

Bande-annonce

Collaborateur spécial : Journaliste
Journaliste : Catherine Lee
Crédit photos : (Entract Films)
