Audrey-Anne Séguin est bien plus qu’une professeure de chant à l’École de chant Marie-Pier Perreault : c’est une passionnée qui met son cœur et son expérience au service de ses élèves. Qu’ils soient adolescents, parents, débutants ou professionnels en devenir, elle les accompagne avec patience, écoute et un profond respect de leur individualité. Entre pédagogie, théâtre et création musicale, Audrey-Anne transmet bien plus que la technique vocale : elle offre un espace de confiance où chacun peut grandir et s’épanouir. Nous avons eu la chance de la rencontrer pour en discuter.
Audrey-Anne Séguin, professeure de chant
Peux-tu m’expliquer comment tu en es venue à enseigner à l’École de chant Marie-Pier Perreault ?
C’est une amie avec qui j’ai fait l’école de théâtre, Lisanne Amélie Perron, qui m’a référée. En fait, je l’avais recommandée pour un autre projet de théâtre musical, et elle avait eu le contrat. Quand elle a vu passer que Marie-Pier cherchait quelqu’un, elle lui a envoyé mes coordonnées. C’est comme ça qu’on s’est rencontrées et que j’ai commencé à enseigner.
Comment te sens-tu dans ton rôle d’enseignante là-bas ? Qu’est-ce que tu aimes le plus ? Qu’est-ce qui te passionne dans l’enseignement ?
Je pense que ce que j’aime le plus, c’est d’aller à la rencontre des élèves, de leurs préoccupations, de leur vulnérabilité… et de les aider à comprendre à quel point la musique peut être thérapeutique. Chanter, c’est s’offrir un moment pour soi. À l’École, je vois toutes sortes de gens : des ados, des mamans, des jeunes célibataires, des personnes en début ou en fin de carrière, ou encore à la retraite… Des hommes de 25, 40, 60 ans. Chacun arrive avec ses propres limites quand vient le temps de se dévoiler. C’est à partir de ça qu’on construit un cours à l’image de l’élève.
Le but, c’est de prendre du temps pour soi, d’améliorer sa technique vocale et de mieux comprendre son instrument. Et moi, ce que je constate, à la fin de la journée, c’est à quel point c’est valorisant. Je vois l’impact que j’ai dans la vie de mes élèves… et eux ont aussi un impact dans la mienne.
En plus, Marie-Pier Perreault est une vraie fille d’équipe. On travaille super bien ensemble, on partage les mêmes valeurs pédagogiques, et elle croit en moi. Elle m’encourage dans mes projets de composition et met tout le monde de l’avant — élèves comme profs. Elle organise deux grands spectacles de fin d’année, ce qui est vraiment inspirant. J’adore aussi faire partie de l’équipe avec d’autres profs comme Mélodie (Dalmont), Vanessa (Lopez), Victoria (Sénéchal), Pascale (Leblanc) à la guitare… Ce sont des gens de cœur, qui exercent ce métier pour les bonnes raisons. Chacun apporte sa touche personnelle, et on sent qu’on fait une vraie différence. Marie-Pier, son chum, ses parents : tout le monde est heureux de nous avoir là. C’est gagnant-gagnant, autant pour les élèves que pour nous.


Est-ce que tu ressens une certaine pression de la part des élèves qui souhaitent faire carrière professionnellement ?
Je ne pense pas avoir d’élèves qui veulent nécessairement faire carrière, mais plusieurs s’intéressent beaucoup à la composition. Je leur donne donc des outils concrets : on compose ensemble pendant les cours. Je les aide à s’épanouir dans cette démarche, à le faire pour eux-mêmes. Je les accompagne à travers leurs expériences. Par exemple, une de mes élèves, qui a commencé dans le mannequinat, a eu une opportunité de faire un spectacle. Je l’ai coachée pour ça, et je continue de l’accompagner au quotidien. Comme je les connais bien et que nous avons une belle relation de confiance, je peux vraiment les outiller du mieux possible.
Je ne ressens pas de pression liée à l’enseignement, j’ai déjà suffisamment de pression liée à ma propre carrière artistique. Je donne le meilleur de moi-même à mes élèves, sans pour autant me surmener. Je reste réaliste : mon but est qu’ils prennent du plaisir, qu’ils accumulent des expériences, et qu’ils comprennent qu’on devient meilleur au fil du temps. Que leur objectif soit de devenir professionnels ou non, l’essentiel, c’est qu’ils profitent du moment, que ça les aide à grandir et qu’ils vivent quelque chose qu’ils ont envie de partager.
Qu’est-ce qui t’a le plus marquée depuis que tu as commencé à enseigner ? Y a-t-il une expérience en particulier qui t’a touchée ?
Ce qui me marque le plus, ce sont les spectacles de fin d’année où mes élèves se dépassent en mettant en pratique tout ce qu’on a travaillé ensemble. Je suis là sur scène avec eux, à faire des back vocals, et on partage des moments vraiment précieux. Je suis tellement fière d’eux, c’est la plus grande récompense pour moi, ça me prouve que ce que je transmets fonctionne.
Un moment particulièrement touchant a été quand j’ai coaché une élève pour qu’elle entre dans le même programme de théâtre musical que moi, et elle a été acceptée ; aujourd’hui, elle est en deuxième année. J’ai aussi de la fierté pour ceux qui, sans forcément vouloir faire carrière, sont en formation ou en cheminement. J’adore coacher ces jeunes qui veulent intégrer des écoles.
J’ai une vraie passion pour la mise en scène également, car pour moi, la voix passe aussi par le jeu et l’incarnation, ce qui me ramène à mes années de formation.


Est-ce que l’enseignement t’a aidée pour ta propre carrière musicale ?
Oui, vraiment. Ça m’a appris à ralentir. Déjà à l’école, c’était un défi de calmer mon système nerveux, d’être plus à l’écoute. Enseigner m’amène justement à rester très attentive et ancrée dans le moment présent. Mais c’est aussi très exigeant, surtout vocalement : enseigner huit heures par jour, trois à quatre jours par semaine, c’est beaucoup. Et ça entre en contradiction avec mes envies de chanter, de faire des shows, de sortir un album. Je ne peux pas tout faire, donc ça me pousse à réfléchir à l’équilibre que je veux atteindre.
J’enseigne aussi à mon compte, chez moi. Ce n’est pas la même dynamique qu’avec l’équipe de Marie-Pier, mais c’est tout aussi valorisant. J’ai des élèves semi-professionnels ou professionnels, et je m’amuse beaucoup. En parallèle, je continue à me former pour améliorer ma pédagogie : Estill Voice Training, formations via l’UDA, coaching de jeu, etc. Par ailleurs, je travaille sur un spectacle de théâtre documentaire féministe, Wild Wild Web, avec Geneviève Bouchard. Ce projet, qui aborde la misogynie en ligne et son impact sur les femmes, me permet de développer mon jeu d’actrice, un apprentissage que je transpose ensuite dans mon enseignement.
Enfin, on donne aussi des masterclass à l’école : chant pop, belt, échauffement vocal, théâtre musical… C’est super complémentaire.
Si tu devais résumer ton expérience en trois à cinq mots, lesquels choisirais-tu ?
Je dirais : rassembleur, passion, femme, grande voix, patience.
Audrey-Anne Séguin, chanteuse solo
Présente-moi ton récent extrait.
Instant est pour moi un hymne vibrant et spontané, qui reflète vraiment l’énergie du lien entre Annabel Oreste et moi. C’est une connexion très honnête, authentique, brillante, lumineuse, presque « sparkly ». Je trouve ça vraiment cool qu’on ait réussi à transmettre cette énergie-là en collaboration avec les gars de Pop•&Friends. On a eu énormément de plaisir à créer le visuel de cette chanson sur le bord d’une piscine. On voulait que ce soit éclectique, drôle, un peu fou. L’idée, c’était de plonger dans une ambiance femme fatale — une femme qui croit en elle, qui dirige, qui n’a peur de rien, ni de l’opinion des autres.
En même temps, c’est une chanson qui parle d’amour, de profiter de la vie, de laisser tomber ses barrières, de baisser son armure pour simplement être soi-même et savourer le moment. C’était vraiment un beau projet, un timing parfait pour l’été. On est super contents de la réception, de comment les gens l’ont accueillie. Tout le monde m’en parle en bien, ils me disent qu’ils l’écoutent en jardinant ou en profitant de l’été. Je pense que l’objectif est atteint. Même en Europe, on a beaucoup de retours, surtout en France, où la chanson tourne pas mal.
Tu planches sur de nouvelles chansons ? Quelque chose de prévu d’ici la fin de l’année ?
Peut-être pas cette année. Je vise plutôt janvier 2026 ou le début de l’année prochaine pour un EP de 5-6 chansons. Je suis en studio presque toutes les semaines avec William Saint-Laurent, un musicien et réalisateur avec qui j’ai beaucoup d’échanges. C’est quelqu’un de très humain, qui m’aide à trouver mon son, à développer ce que j’ai vraiment envie de mettre en avant. Il est super bienveillant et partage aussi spontanément ses propres idées et sujets qui le touchent. Ensemble, on travaille à créer les meilleures chansons possibles.
Mon but, c’est de remettre la voix au centre, de lui redonner cette noblesse. J’ai envie de faire de la bonne musique, un peu cinématique, un mélange de rock, pop, avec une touche théâtrale, des grandes voix, mais au service de la pop, pour que ce soit radiophonique, que les gens puissent danser et avoir du fun. J’ai aussi des chansons plus profondes, autant dans les textes que dans la voix, qui parlent de sujets importants.
Je veux que ma voix aborde des thèmes qui parlent aux gens, des expériences qui m’arrivent mais qui touchent aussi les autres. Des choses pas toujours faciles, mais qui nous aident à profiter de la vie, à réaliser notre chance, à trouver ce qui nous rend plus forts, et à surmonter les obstacles.
Ces dernières années, plusieurs événements marquants ont jalonné ma vie : après La Voix, le deuil, les difficultés dans ma carrière et ma création, ainsi que dans ma vie personnelle. J’ai été témoin de nombreuses expériences qui m’ont donné envie de prendre la parole, notamment à travers un spectacle que j’écris, qui aborde la misogynie en ligne et son impact sur les femmes. J’ai effectué beaucoup de recherches qui confirment ce que j’ai vécu, et j’ai à cœur de m’exprimer là-dessus, en sachant que cela touche également d’autres personnes. On aborde aussi des thèmes comme l’alcoolisme et la toxicomanie. William a écrit un texte sur la toxicomanie qui fait écho à ces réalités. Je trouve que beaucoup de personnes traversent des moments difficiles. À travers la musique, on peut se rassembler.
J’aimerais que ma musique soit à la fois légère et dansante, mais aussi profonde par moments, pour aider les gens à devenir une meilleure version d’eux-mêmes, à être plus conscients de leurs objectifs et à se réaliser pleinement. Pour moi, la musique, c’est ça : me sentir alignée, plus consciente de qui je suis, et partager ça avec les autres. Elle met en lumière tellement de belles choses, et j’aimerais que ce soit pareil pour celles et ceux qui l’écoutent.
En plus de l’EP, tu vas sortir un album complètement nouveau ?
Oui, en plus de l’EP, je vais sortir un album complètement nouveau. Ça ne veut pas dire que je ne ferai pas des versions françaises de certaines chansons, car en ce moment, j’écris surtout en anglais. Peut-être qu’après, je proposerai une ou deux versions francophones, ou acoustiques. Je reste ouverte à cette possibilité.
Pour l’instant, je sais quelles chansons iront sur l’album et lesquelles figureront sur l’EP, mais il me reste encore quatre ou cinq titres à composer pour l’album. L’EP est presque prêt, même s’il faut encore finaliser certains textes et peaufiner la construction des chansons. Une fois ce travail terminé, je pourrai vraiment déterminer l’ordre des pistes, ce que je veux raconter et l’histoire de l’EP. L’album, lui, est encore en développement ; je cherche encore ma direction. Je souhaite qu’il soit plus exhaustif, avec davantage de violons et de cordes, tandis que l’EP aura un son plus pop rock, actuel et jeune.


Est-ce que tu as l’impression que les gens ne te connaissent pas encore vraiment ?
Oui, c’est ça. J’ai l’impression que les gens ne savent pas encore vraiment qui je suis, quelle est mon essence, ma couleur. J’ai envie que l’EP et l’album posent ça. Au niveau du son, je cherche une identité plus propre à moi, plus proche de ce qui m’a inspirée dans mon parcours de chanteuse, autant musicalement que vocalement, en fonction de où j’en suis et du fait que je me découvre de mieux en mieux.
Est-ce que tu as des spectacles prévus prochainement ?
Pas pour l’instant, mais on reste à l’affût. Le spectacle Wild Wild Web est en cours de programmation, et on espère pouvoir le présenter bientôt. Nous avons une résidence à la Place des Arts en mars 2026. On aimerait que le show soit présenté en live à la fin de l’hiver ou durant l’été prochain. L’album devrait sortir avant cela.
Je n’ai pas de projet imminent, mais je travaille fort. Je pense que si les gens patientent un peu, ils pourront me voir sur scène l’an prochain. Je rêve aussi de faire une comédie musicale un jour, qui sait ? On croise les doigts pour de beaux projets comme ça. Pour le moment, je jongle entre l’enseignement du chant et la création de l’album, et ça devrait mener à des spectacles.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
