Originaire de la Gaspésie, Angie Larocque devient, aujourd’hui, un symbole important de la mode québécoise. Elle présentera un défilé de mode à la Paris Fashion Week 2025 le 8 mars 2025.
Ses pièces inspirées du cinéma passeront dans la prestigieuse Galerie Bourbon à Paris. Angie Larocque nous présente un aperçu de ce qui est à prévoir et elle nous partage son processus créatif.
Comme artiste multidisciplinaire, comment traduisez-vous vos autres médiums, surtout le cinéma, un médium très vif, à vos pièces?
«Ça se traduit avec mes émotions.» La designer se concentre. «C’est vraiment difficile à expliquer.» Elle continue. «Ce sont mes émotions qui vont ressortir. Ce que je dessine, je viens vraiment chercher mes inspirations, sur le moment, selon mes sentiments. Je vais te donner un exemple; Quand j’ai eu ma collection qui est inspirée du film Le Parrain, là, j’ai regardé le film. Après ça, j’ai senti que j’étais en pleine création. Ce qui est sur mon site, ce n’est pas la collection La Rosa Nera. C’est nouveau…”
Larocque décrit comment elle a dessiné une robe en “deux secondes,” très naturellement, et qu’elle sentait déjà qu’elle devrait la faire pour la Fashion Week. «Je me suis dit que je ne peux pas ne pas la faire, il faut qu’elle soit là.»
Pourquoi le nom, La Rosa Nera?
«La Rosa Nera parce que la rose noire est tout simplement ma fleur préférée. Il y a du dramatique, il y a de la passion. La rose noire est très spéciale parce qu’elle est très rare. En fait, ils l’appellent la rose noire, mais elle n’est pas réellement noire. Elle est tellement rouge sang qu’elle paraît noire. Elle est nuancée. Elle coûte extrêmement cher. Juste une rose, je pense, c’est quasiment 100 piastres. Puis le temps que tu la commandes et que tu la fasses venir, elle risque de mourir entre-temps. C’ est très, très, très spécifique et significatif, pour moi, cette rose. Donc, La Rosa Nera.»



Que devons-nous attendre de votre défilé à la Paris Fashion Week 2025?
«Je présente quatre looks de La Rosa Nera, puis quatre nouvelles. Ça va être un sneak peek de La Rosa Nera aussi, ce n’est pas la collection complète. Ça se peut qu’il y en ait une cinquième qui se rajoute d’ici ce temps», en rappellant la robe qui lui était venue sur un coup de tête.
Est-ce que les silhouettes de vos pièces sont inspirées de la composition cinématographique?
«Oui, oui, oui. Comme une toile, c’est ça l’intention aussi. J’aime beaucoup prendre des photos en mouvement. Et là, j’ai l’intention de faire plus dans l’éditorial, j’aime beaucoup les mises en scène.»
Mais Angie Larocque ne s’arrête pas uniquement à la Paris Fashion Week, elle souhaite ouvrir son propre atelier. «Mon atelier, je l’imagine tout noir “charcoal” à l’intérieur pour créer des contrastes avec les robes. Les couleurs rouges, noires et blanches, c’est mon branding. C’est tiré de mon expérience et de ma perception du mariage qui n’était pas nécessairement tout rose. C’était vraiment inspiré des éléments de feu… J’ai brûlé ma propre robe de mariée que je portais à mon mariage.
«C’était personnel et en même temps, c’ était mon moment. C’était comme une délivrance… comme une thérapie. Puis de là, ça en a coulé.»
– Angie Larocque.
«C’est vraiment par les émotions que j’exprime tout ça. Il y a vraiment quand même un lien avec ce que j’ai fait avant, avec des éléments, puis la collection La Rosa Nera qui suit. On parle d’amour, de passion, d’âme sœur. On parle du feu sacré de la vie jusqu’à la mort. C’est le danger aussi, ça peut être un amour toxique.
Au fil du temps, je réalise cette continuité thématique sans m’en apercevoir. Ma prochaine collection est une suite. Une suite de La Rosa Nera qui va continuer. Il y a cette continuité dans le type de tissu, dans le type de la collection ainsi que les lignes et les coupes. Tout est fait des sentiments, de ces émotions qui viennent tout d’un coup.»



Un autre projet de sa part: un défilé exclusif de ses nouvelles créations à Montréal.
« J’ai l’intention de créer d’autres robes, ici et là, pour compléter la collection de La Rosa Nera, puis pouvoir probablement la présenter à la Fashion Week de New York au mois de septembre. J’ai même l’intention de faire quelque chose ici aussi (à Montréal) quand la collection sera complète. Ça va être privé, sur invitation seulement. Dans une église qui fait des évènements, j’ai l’intention de mettre des chandelles partout, et du beau drapé. Ce qui va suivre, ensuite, va être un peu plus vampirique. On s’en va dans le Dracula. »



Vous avez nommé Le Parrain (1972) de Francis Ford Coppola comme une grande inspiration. Est-ce que la fameuse scène d’ouverture, le grand mariage, vous a frappé en particulier?
«Immédiatement au début, vraiment. En plus du contexte de la mafia, on voit le véritable amour de Michael Corleone (joué par Al Pacino) se faire assassiner dans le film. C’était un amour passionnel, c’était un amour impossible. C’est un amour dangereux!
La famille, c’est ce qu’il y a de plus important, dans Le Parrain, ça m’a beaucoup inspiré à ce niveau. Les principes, la famille, le mariage. Puis, le biblique aussi, dans le sens que c’était très couvert, les mariages. Jusqu’aux robes, les voiles très fermés.
Les robes que j’ai dessinées sont couvertes, mais avec ma petite touche à moi. C’est très couvert, il y a beaucoup de dentelle. Mais de la dentelle, c’est transparent. On voit un peu les épaules, mais c’est fendu à la jambe. C’est couvert à découvert. Quand je dis en termes bibliques, c’est en termes de morale, et des inspirations de la mode (d’un mariage religieux).»
Pouvez-vous nommer d’autres films cultes qui ont inspiré votre collection?
«Mes inspirations sont toujours reliées à des films d’avant. Les années 50, 60, 70, 80, les bons classiques, dans le temps, le old school Hollywood et vintage. Un de mes films préférés, c’est Gone With The Wind (Victor Fleming, 1939). C’est un grand classique pour moi. Encore là, c’est une histoire d’ amour assez… complexe. C’est un de mes films cultes. Et puis, The Married Man.»
Angie Larocque est une artiste multidisciplinaire qui puise son inspiration de la vie et des arts, notamment du cinéma. Son processus créatif intuitif vient de ses émotions et de ses expériences personnelles vécues, ce qui ajoute une profondeur et une intimité à son travail. Elle présente une vision artistique qu’il faut suivre bien au-delà de son prochain défilé qui est à ne pas manquer, à la Paris Fashion Week 2025.



Alice Larrivée | Photographe & Journaliste
Après avoir photographié un premier spectacle sur la scène underground en 2023, l’ambitieuse artiste qu’est Alice aujourd’hui documente la mode et ses artistes préférés pour BP Arts Média. À la fois photographe, réalisatrice et écrivaine, elle s’inspire du cinéma, du photojournalisme, du désordre et de la street photography à travers son travail visuel. Alice a commencé en 2024 un baccalauréat en beaux-arts de Production cinématographique (BFA) à Concordia et travaille principalement comme photographe pour le compte d’artistes musicaux et du milieu de la mode. Elle adore Rimbaud, Tarkovsky et Jim Morrisson.
