Le public montréalais était très heureux de retrouver la chanteuse soul et R&B YEBBA lors de son passage au Théâtre Beanfield le 24 mai dernier. Elle, qui présentait son album JEAN paru le 6 mars dernier, semblait des plus ravie de voir que le public connaissait déjà les chansons par cœur. Émue par l’audience, l’Américaine de 31 ans a pleuré à quelques reprises durant le spectacle, incluant lors de sa performance de la chanson Yellow Eyes, que l’on qualifierait comme la pièce maîtresse de l’album.
Boomerang, Distance, Stand, Seven Years, Delicate Roots, The Age of Worry sont d’ailleurs quelques-uns des titres qu’elle a interprétés durant la soirée, attribuant une mention spéciale au titre Yebba’s Heartbreak paru en 2021 en collaboration avec le chanteur canadien Drake.
Entourée de trois choristes, dont sa première partie Astyn Turr, et de quatre musiciens, YEBBA a offert des moments vocaux magistraux, et ce, dans une simplicité et une humanité hors du commun. Rares sont les fois où l’on peut admirer une si grande artiste avec autant d’accessibilité. Arborant son coton ouaté et une couette à moitié défaite, la chanteuse de My Mind semblait nous convier à une session de studio ou, du moins, à un endroit confortable loin de la surperformance. « You’re always on my mind… forever ».
C’est par l’exactitude et la complexité de sa voix, de son timbre vocal et de son interprétation qu’elle gagne son public en ouvrant son cœur et en nous dévoilant sa sensibilité artistique. On la sentait très émotive et reconnaissante de cette connexion indéniable avec le public, qu’elle a remercié plusieurs fois de s’être déplacé, ainsi qu’avec son équipe. Elle a dû faire dos à la salle à plusieurs reprises afin de contenir ses larmes et se ressaisir pour chanter : « I think… Let’s pick it up! We gotta pick it up so I don’t cry all night in front of you ».
Très incarnée, on l’a aussi découverte dans l’humour et la spontanéité, cherchant le « eye contact » avec chacune des personnes présentes, s’adressant au balcon entre deux fous rires et souhaitant bonne fête à une fan au premier rang. Attentive et généreuse, elle s’est livrée dans West Memphis et Love Came Down.
Que dire de sa première partie, Astyn Turr ; l’époustouflante et habile Californienne naviguant entre l’indie-pop et le R&B. En formule guitare-voix, elle s’accompagne elle-même et se laisse admirer dans ses prouesses vocales, mélangeant les fioritures (runs), le yodeling et le cry, des techniques vocales particulièrement difficiles à exécuter, nous plongeant dans un univers musical aux accords complexes et aux sonorités parfois country, parfois gospel et d’autres fois plus planantes et folk. « How are you guys? It seems like a good night. It’s gonna be a good night. La Californie émane de moi et cette année, je vais sortir mon premier album complet et mettre fin à cet enchaînement de sorties de singles ».
Elle a même fait participer le public dans sa chanson Too Soon au son mielleux. Elle vogue entre sa voix de poitrine belt, si touchante et terreuse, et sa voix de tête plutôt angélique, voire lyrique.

Audrey-Anne Séguin | Journaliste

