Seul survivant du groupe britannique de rock progressif Emerson, Lake & Palmer, Carl Palmer est visiblement ému de s’adresser au public montréalais en ce 14 septembre 2025, unique date de ce spectacle prévue au Canada. Il se rappelle que les trois musiciens s’étaient réunis quelques mois à Montréal pour préparer leur fameux concert au Stade olympique en août 1977 avec un orchestre de 70 musiciens, devant 74 000 spectateurs qui les avaient ovationnés. Ce fut véritablement un tournant majeur de leur carrière.
Depuis, le trio de virtuoses a évidemment connu un succès mondial dans la sphère du rock progressif. Bien qu’il n’ait pas encore été intronisé au Rock & Roll Hall of Fame (Panthéon du rock), son influence demeure marquante. ELP a réussi à fusionner ses trois talents de virtuoses, à composer des pièces originales et à faire des reprises, certaines inspirées du répertoire classique (entre autres Moussorgski, Pictures at an Exhibition, ou Béla Bartók pour The Barbarian, sur leur premier album) et d’autres fortement teintées de jazz et d’improvisation. Par exemple : Fanfare for the Common Man d’Aaron Copland, complètement remodelée avec l’aimable autorisation du compositeur.
À la suite du décès de Greg Lake en 2016 et du suicide de Keith Emerson la même année, Carl Palmer a poursuivi son propre chemin, sans pour autant oublier les chansons de cette époque glorieuse. Avec le nouveau spectacle Welcome Back My Friends: An Evening with Emerson, Lake & Palmer, accompagné de ses jeunes comparses d’excellent calibre, Paul Bielatowicz et Simon Fitzpatrick, le batteur renoue avec les succès du groupe ELP, avec la permission des héritiers des droits d’auteur des familles Lake et Emerson.
On peut dire que la technologie fonctionne parfaitement pour synchroniser les voix et les musiciens live sur scène avec les projections vidéo et les pistes sonores d’époque. À l’origine, les musiciens avaient enregistré chacune de leurs prestations sur des pistes séparées, ce qui a facilité l’arrimage et le traitement musical dans le spectacle actuel. Les musiciens de cette soirée mémorable peuvent ainsi entendre les partitions originales live dans leurs moniteurs et les accompagner avec précision.
Ce doit être émouvant pour Carl Palmer d’entendre la voix riche de Greg Lake et de voir Keith Emerson se donner au maximum sur ses multiples claviers.
Les vedettes masculines du rock progressif de cette époque possédaient un véritable aura scintillant autour d’elles. Rappelons que Greg Lake a aussi été fondateur d’un autre groupe culte de l’époque, King Crimson. Quant à Emerson, avouons qu’on ne voit pas souvent des claviéristes aussi déchaînés : jouer sur plusieurs claviers à la fois, grimper sur l’instrument, le poignarder ou le retourner tout en maîtrisant des cascades de notes pour électriser le public de sa fougue pianistique.
Plusieurs images inédites proviennent d’un concert donné au Royal Albert Hall de Londres en 1992. Au tout début de la soirée 2025, on voit même quelques images de notre Stade olympique inachevé où, avant le fameux concert montréalais, Greg Lake avait demandé d’y répéter alors que la neige recouvrait encore le sol !
Bref, cette soirée est une réussite, car la technologie a été une véritable complice, sans jamais être lourde ni ennuyeuse. Les documents vidéo et sonores restent d’excellente qualité et la musique de ELP est toujours prenante et audacieuse. On en sort conquis, comme le public de fans des seventies qui s’est fait plaisir en achetant des produits dérivés ELP dans le lobby de l’Espace St-Denis. Un endroit à fréquenter pour des spectacles en plein cœur du Quartier latin de Montréal.

Michel Jolicoeur | Journaliste

