Jeudi dernier, nous avons été conviés à l’Espace St-Denis afin d’assister en primeur à deux numéros de la comédie musicale Waitress, présentée cet été à Montréal et à Québec. Découvrez nos photos et entrevues avec des membres de la distribution ainsi qu’avec Sara Bareilles, idéatrice de Waitress qui a également incarné le rôle principal sur Broadway.
Marie-Eve Janvier
Après tous les bouleversements qu’il y a eu entourant le spectacle, qu’est-ce que ça te fait que ça puisse enfin commencer ?
C’est déjà un rêve, cette aventure-là. Je le dis depuis le départ : les étoiles sont alignées sur ce projet-là. On a eu chaud, on a eu peur que ça n’ait pas lieu, mais en même temps, ça ne se pouvait comme pas que ça ne se passe pas (rires)! On sent l’émotivité. Chaque fois que quelqu’un en parle, on sent toute la fébrilité qui est là parce qu’on a tous travaillé tellement fort pour que ça se passe. On est fiers d’y arriver et on est prêts; on a juste hâte de voir du monde dans la salle! C’est tellement le fun! On dirait que ça fait six mois qu’on est là-dedans, mais ça fait six semaines! C’est juste que c’était tellement intense! On fait six jours par semaine. Donc, jour et nuit, on baigne dans Waitress depuis un gros mois et demi. On est prêts!
Pour toi, c’est un retour à la comédie musicale, en plus!
Oui. Ça fait un gros 10 ans que je n’ai pas fait ça. La dernière fois, c’était avec Don Juan qui célèbre d’ailleurs ses 20 ans cette année. Je le vois comme un retour, mais en même temps, c’est aussi comme une continuité, une envie de retourner à la comédie musicale. Et c’est le projet parfait pour ça! Tu sais, avec Sara [Bareilles], le fait que c’est féministe, la femme qui est à l’honneur, la femme qui rayonne dans ce show-là, qui est mise de l’avant… C’est tout ça! C’est pour ça que c’était le projet parfait pour moi pour revenir d’une certaine façon sur scène.


Le côté féministe est important et, en plus, tu incarnes le personnage principal.
Oui! Elle a un cheminement tout au long du spectacle. Il y a bien des femmes qui vont se reconnaître là-dedans, je pense. Abbey [O’Brien], la metteuse en scène, disait au début des répétitions que la force de Waitress, c’est de mettre la lumière sur la vie normale des gens, donc tout le monde se retrouve là-dedans. Tout le monde va se retrouver dans un des personnages. Puis, il y en a beaucoup qui vont se retrouver dans Jenna parce qu’elle vient d’une petite place. Elle s’est mariée peut-être trop jeune avec le gars qui avait du sens. Ils s’aimaient, mais l’amour s’est éteint avec les années.
C’est une relation toxique. Elle a mis tous ses rêves de côté, puis elle reste dans le train-train quotidien. Puis il y a un élément déclencheur qui fait qu’elle se dit qu’elle devrait peut-être plonger dans ses envies à elle. Il y a tout ce processus-là qui se passe dans le spectacle, qui est extrêmement touchant pour moi de jouer, aussi. On passe par toutes les gammes d’émotions. Il y a aussi tout le girl power avec Becky [Sharon James] et avec Dawn [Julie Ringuette]. Dawn, Jenna et Becky, c’est un trio, puis chacune a son parcours évidemment, mais aussi chacune se retrouve aussi.
C’est la sororité, c’est de se tenir la main, c’est de croire en ses rêves. Les rêves de Jenna, ce n’est pas nécessairement d’aller chanter à Broadway; c’est de gagner un concours de tartes. C’est un rêve qui est accessible pour plusieurs, mais qui est une grosse montagne pour d’autres. Chaque petit rêve compte. Moi, je suis convaincue que des gens vont sortir d’ici touchés, avec le sourire dans le visage, avec assurément une envie de faire une tarte… Il y en a du dessert là-dessus (rires)! C’est très coloré et, en même temps, c’est très vrai, comme spectacle.
Comment présenterais-tu ta Jenna ?
Ma Jenna… Je voudrais qu’elle soit ma meilleure amie! Jenna, c’est une fille ordinaire qui a vécu beaucoup de choses tout en laissant tomber tellement de ses rêves. Puis, elle décide de se retrousser les manches et de prendre sa vie en main. Je trouve ça beau de présenter ce personnage-là aux jeunes filles qui vont être dans la salle, puis à mes filles qui vont venir voir le show. Il y a quelque chose que, moi, dans mon quotidien, j’essaie de leur montrer aussi. J’ai rénové une maison. On peut tout faire, les filles!
Jenna a ça en elle, aussi. Je m’accroche beaucoup à elle là-dessus. Il y a un côté où on se ressemble beaucoup dans le fait qu’on n’a pas de temps à perdre. « C’est quoi ta commande, let’s go, on y va! » Je me retrouve beaucoup là-dedans. C’est l’amie qu’on veut tous. Elle est sans filtre, elle est généreuse, elle est bienveillante, elle s’oublie souvent pour les autres, elle prend soin des autres… C’est ça, Jenna. C’est celle qui prend soin de tout le monde avant elle. Puis à la fin de l’histoire, elle décide de prendre aussi soin d’elle pour une fois.


Julie Ringuette
Après tous les bouleversements qu’il y a eu entourant le spectacle, qu’est-ce que ça te fait que ça puisse enfin commencer ?
J’en ai fait des shows. Ce n’est pas mon premier barbecue comme on dit, mais c’est la première fois qu’on est autant sensibles. Oui, il y a l’histoire qu’on a failli ne pas faire ce spectacle-là, qu’on l’a perdu, que, moi, c’est la première fois que je joue une comédie musicale alors que j’en ai rêvé toute ma vie, qu’il y a une gang de Broadway en arrière de nous autres… Tout ça rend ça encore plus magique! Mais, aussi, l’histoire du spectacle elle-même vient vraiment beaucoup nous chercher.
Joël [Legendre] a pleuré pendant la présentation, Jérôme [Tremblay], notre producteur, a pleuré, nous aussi, on avait envie de pleurer… On est vraiment sensibles! Ça crée beaucoup, beaucoup d’émotions. On est fiers, on est contents, on est prêts. Ça prend du monde là, là (rires)! On pense qu’on a un gros show entre les mains. Il y a le message du show, aussi. Ce n’est pas juste Broadway et paillettes. Le message est écœurant et il est d’une importance capitale. Je capote!



Comme ça a été dit pendant la présentation, c’est un spectacle de femmes par des femmes.
Oh, oui! Il y a des filles dans le trouble, des filles au pouvoir, puis elles s’entraident toutes. C’est un show sur réaliser ton petit rêve. Tu n’as pas besoin d’être président des États-Unis pour rêver. Tu peux avoir un petit rêve, puis l’atteindre, et c’est bien correct. C’est ton bonheur à toi. Comme Sara [Bareilles] l’a présenté tantôt, c’est l’importance de se choisir. Ce message-là est écœurant! Je ne sais pas si ça va créer des ruptures dans la salle ou s’il y a des filles qui vont décider d’arrêter d’être coiffeuses et de se lancer en politique, mais il y a vraiment quelque chose (rires)! Il y a un nouveau mot que j’ai appris, c’est l’empouvoirement de la femme. Merci Simon Boulerice!
Parle-moi un peu de ton personnage maintenant.
Dawn, c’est une vieille fille très anxieuse, qui n’a pas eu d’amoureux et qui ne marche pas cinq blocs toute seule. Elle est vraiment, vraiment anxieuse. Elle est dans son monde fermé. Quand elle arrive au restaurant, pour elle, c’est ça sa gang. C’est ça ses amies; c’est ça sa famille. Elle cherche l’amour, mais c’est difficile pour elle parce qu’elle a trop d’anxiété. C’est ces femmes-là qui vont la pousser à trouver l’amour et son prince éventuel, mais surtout à déployer ses ailes.


Renaud Paradis
Après tous les bouleversements qu’il y a eu entourant le spectacle, qu’est-ce que ça te fait que ça puisse enfin commencer ?
C’est surtout un grand soulagement, je pense, pour tout le monde parce qu’au-delà du travail et du revenu que ça représente comme comédien, c’est que, pour moi, c’est une œuvre tellement importante à présenter au monde avec son message, avec sa portée féministe, avec son potentiel de changer des vies. Ça me soulage vraiment de savoir que ça a lieu. Puis évidemment, pour toute l’équipe, c’est vraiment formidable. On est vraiment contents!


Parle-moi un peu de ton personnage maintenant.
Je joue le Docteur Pomatter, qui est un gynécologue-obstétricien qui va s’occuper de Jenna [Marie-Ève Janvier] quand elle apprend qu’elle est enceinte. En fait, elle avait une docteure, mais finalement elle s’en va à la retraite, puis lui arrive. Sa femme est en résidence à l’hôpital, puis il se pointe dans ce petit village-là. À la rencontre de Jenna, il va vraiment se passer quelque chose entre les deux. Ils vont se reconnaître dans leur manque, dans ce qui va moins bien dans leur vie, dans une espèce d’espoir qui n’est plus là, puis aussi dans des rêves qui sont là, mais enfouis depuis longtemps.
Ça va leur permettre de vraiment connecter là-dessus. Ils vont s’écouter et avoir une espèce d’idylle amoureuse, mais on est loin de la fin Disney. Il y a quelque chose de très empowering pour les femmes, quelque chose de l’importance de prendre sa vie en main. Je pense que c’est ce qui est magnifique de ce personnage-là. Il devient un déclencheur pour Jenna pour qu’elle se dise « Ce n’est pas ça la vie que je veux parce que j’ai des rêves ». Et ce n’est pas de grands rêves; c’est des rêves simples. Elle veut s’ouvrir une shop de tartes. C’est ça, son rêve. Elle veut s’inscrire à un concours de tartes.
Lui, il se trouve à lui dire d’y aller. Il s’intéresse à elle, pas à ce qu’elle fait, pas à ce qu’elle veut. Il s’intéresse à la personne devant lui. C’est la première fois que ces deux-là vont être à nu devant quelqu’un d’autre en termes de « je vois qui tu es, et toi, tu vois qui je suis ». C’est vraiment une belle rencontre qui se passe. Je suis vraiment content de jouer ce personnage-là. Il est à la fois super attachant, maladroit et drôle, mais aussi très touchant dans sa relation avec Jenna et dans cette ouverture-là.
Sara Bareilles
Une première fois en français
Pour Sara Bareilles, c’est tout simplement incroyable de voir sa comédie musicale adaptée pour la première au Québec et en français: « Je suis très émotive. Après une décennie, je trouve ça extraordinaire que le spectacle puisse aller rejoindre un nouveau public comme ça. C’est spécial parce que je crois vraiment en ce spectacle et en sa source matérielle, le film d’Adrienne Shelley. C’est un honneur de faire partie de l’héritage de ce film. Je le prends comme un beau cadeau. » D’ailleurs, même si elle ne parle pas français, Sara Bareilles se dit vraiment impressionnée par Marie-Ève Janvier: « Elle transmet tellement d’émotions quand elle chante. Je n’ai pas besoin de comprendre les mots pour être émue. Nous sommes vraiment chanceux de l’avoir pour jouer le rôle de Jenna! »
L’importance du message féministe
L’idéatrice de Waitress trouve que le message du spectacle est encore beaucoup d’actualité et qu’il était plutôt avant-gardiste lorsque le film est sorti: « C’était quelque chose en 2007, quand le film est sorti. On parle d’une femme qui ne veut pas son bébé, qui n’a pas une fin digne des contes de fées avec le docteur. C’était considéré comme un féminisme assez radical, à ce moment-là. Et aujourd’hui, il y a encore quelque chose de vraiment touchant dans le fait de voir une femme en difficulté qui, à l’aide de sa communauté et de ses amies, parvient à prendre de grandes décisions pour elle et à se sauver elle-même. Je trouve que c’est vraiment puissant de voir des femmes s’unir pour faire changer les choses. »



*Veuillez noter que les propos de Sara Bareilles ont été traduits.
Joël Legendre, metteur en scène





Autres membres de la distribution
Sharon James


Jean-François Beaupré


Madeleine Sarr


Élysabeth Rivest


Krystel-Mary Assaf


Camille Cormier Morasse


Frédérique Mousseau


Jérémie Turgeon


Lyndz Dantiste


Mathieu Handfield et Guillaume Borys

** Avec Lyndz Dantiste et Jérémie Turgeon
Musiciens

** Peter Colantono, Gabrielle Gélinas, Katee Julien, David Terriault, Guillaume Veillet, Miriam Pilette et Catherine Maurais.
Présentation de deux numéros





















Samuelle Guimond | Journaliste
Samuelle est une passionnée de musique, de littérature, de télé et de théâtre. Si elle est journaliste pour le média, c’est dans le but de faire briller des artistes d’ici en qui elle croit, principalement à travers des entrevues. Tu pourrais très bien la croiser dans une salle de spectacle aux environs de Montréal!

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

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