Le 21 juillet prochain, les innovateurs du thrash métal Voivod sortiront l’album Morgoth Tales. Proposant des réenregistrements de morceaux moins connus du groupe, le disque se veut un retour sur les quarante années d’existence du quatuor métallique postapocalyptique de Jonquière. Pour souligner l’occasion, nous nous sommes entretenus avec le fondateur, batteur et artiste concepteur du groupe, Michel « Away » Langevin.
Qu’est-ce qui vous a poussé à réenregistrer certains de vos vieux morceaux?
Au début, on voulait faire une compilation qui couvrait chaque album, mais on s’est rendu compte qu’on a des contrats avec tellement de compagnies de disques que ça aurait pris des années à récupérer tous les droits. On a donc décidé de rentrer en studio et de réenregistrer certains titres. C’est là qu’est venue l’idée de reprendre des pièces plus obscures de notre catalogue. Nos classiques Tribal Conviction et Unknown Knows sont déjà sur plusieurs live donc on s’est dit qu’avec cet album-là, ça permettrait de rafraichir nos concerts avec des morceaux qu’on a peu ou jamais joués comme Macrosolutions To Megaproblems et Nuage Fractal.
Tu es le seul membre à être sur tous les albums du groupe. Sur Morgoth Tales, vous avez fait appel à quelques membres du passé comme Éric Forrest et Jason Newsted. Comment ça s’est fait?
Pendant notre tournée avec Opeth l’année passée, on préparait la pièce inédite Morgoth Tales avec l’idée de célébrer nos 40 ans. On a voulu en profiter pour inviter Éric et Jason et ils ont tout de suite réagi. Jason avait une petite crainte, car il n’avait pas joué de basse depuis longtemps, mais le projet l’a tout de suite emballé. C’est un bel ajout à la compilation.
Dans les années 80, le heavy métal était surtout associé à l’imagerie satanique. Vous, vous êtes arrivé avec une image postapocalyptique et un son complètement futuriste. Qu’est-ce qui est venu en premier, l’image ou la musique?
C’est vraiment un mélange des deux. J’avais le concept en tête dans les années 70 quand j’ai découvert le magazine Métal Hurlant. Je voulais être comme Philippe Druillet, Bilal et Moebius. Quand Denis «Snake» Bélanger s’est joint au chant en 83, on cherchait un nom, c’est là que j’ai proposé Voivod. Au début, les gars ont demandé comment ça s’écrit (rires), mais ils ont tout de suite embarqué. J’ai ensuite expliqué comment on pouvait explorer ça en paroles, musicalement et visuellement.


La maison d’édition La Bagnole a sorti un livre jeunesse, Voivod : le thrash metal expliqué aux enfants! Comment est né ce beau projet?
J’aimais beaucoup les dessins de Pierre Girard (PisHier) en partant. J’avais vu dans une vitrine d’un magasin de vinyles à Québec un dessin qui nous représentait, c’était vraiment génial. Quand La Bagnole m’a contacté avec les ébauches du projet, j’ai reconnu le style, le nom et j’ai tout de suite dit oui.
À la fin des années 80 vous avez signé avec une grosse maison de disque, MCA, peux-tu nous parler un peu de cette période?
Tribal Conviction de l’album Dimension Hatross jouait beaucoup sur MusiquePlus, MuchMusic et MTV. Ç’a tout de suite attiré l’attention des gros Labels et on a abouti avec MCA Records. Pour promouvoir l’album NothingFace, on s’est ramassé avec une longue tournée en compagnie de Soundgarden et Faith No More, quelques shows dans l’Est du Canada avec Rush.
Ç’a surtout été une belle période parce qu’on avait de plus gros budgets pour les vidéoclips et les enregistrements. On en a profité pour les expérimentations sonores, mais finalement, c’était dur d’être rentable. Après Angel Rat et TheOuter Limits, on voulait faire un retour aux sources et la première chanson qu’on a écrite était Nanoman pour Negatron. La compagnie trouvait ça trop heavy et ne savait pas comment nous promouvoir. On est donc redevenu indépendant et ça nous a laissé le champ libre d’aller dans notre nouvelle voie en trio avec Éric Forrest à la suite du départ de Snake.



Au début des années 2000, en même temps que Bruce Dickinson et Rob Halford revenaient dans Iron Maiden et Judas Priest, Snake vous est revenu?
Snake a fait une piste vocale pour l’album de Dave Grohl, Probot, et on a vu qu’il avait encore de la musique en lui. J’ai ensuite lâché un coup de fil à Jason qui par hasard venait tout juste de quitter Metallica. En même temps, Sharon Osbourne a fait appel à lui pour jouer avec Ozzy Osbourne et on a tourné ensemble. C’est dans cette période qu’Ozzy voulait battre le record du plus long show tenu par Paul McCartney et Jason s’est retrouvé à faire deux shows par jour, 50 minutes avec nous, trois heures et plus avec Ozzy. C’est un vrai guerrier!
On ne peut pas parler des quarante ans de Voivod sans mentionner le guitariste Denis «Piggy» D’amour, décédé en 2005, et son immense contribution.
L’esprit de Piggy est toujours là! En concert, les gens scandent son nom et on essaie de garder sa vision intacte. Quand Dan Mongrain nous a rejoints en 2008 à la guitare, Snake a dit que c’est Piggy qui nous l’a envoyé. On est chanceux parce que Dan est vraiment un grand compositeur et on peut explorer des avenues plus «fusion métal», mais le fond va toujours rester du thrash métal, du thrash avec bien des tentacules! (Rires)

Alexandre Brosseau Camara | Journaliste
Contrairement aux enfants de son âge qui collectionnaient les billes et les Pogs, Alexandre possédait des boites complètes de TV Hebdo. Mordu de cinéma, d’humour et de musique, il tomba dans la culture rock’n’roll à l’adolescence en même temps que l’acné loua un bail sur son visage. Fier millénial qui a vu en show tous les groupes préférés des baby-boomers, il n’oublie pas que son premier spectacle fut les Backstreet Boys avec sa famille.
