Sous les voûtes majestueuses du Centre St-Jax, le Cabaret Vandales du Monastère a fait sa première le jeudi 19 mars 2026 dans une atmosphère résolument féministe. Fidèle à sa formule cabaret, cette nouvelle édition, orchestrée avec fougue par Geneviève Labelle et Mélodie Noël, célèbre la puissance, la pluralité et la liberté des femmes à travers une succession de numéros aussi percutants que virtuoses.
Dès l’entrée, le ton est donné : les murs du lieu sacré vibrent sous les œuvres de Miss Me, dont l’imaginaire féministe transforme l’église en manifeste visuel. Puis, pleines de provocation, les deux maîtresses de cérémonie surgissent sous leurs alter ego drag kings RV Métal et Rock Bière, lançant la soirée sur un lip sync décapant de We Are the Champions, grimées en caricature de Donald Trump. Le message est clair : ce soir, le cirque sera engagé.






Le spectacle enchaîne avec une série de numéros où technique et propos se répondent. Léo Pilote s’élève au mât chinois, portée par les mots de Maya Angelou. Elle « rise », littéralement, déployant une écriture acrobatique d’une fluidité saisissante, défiant la gravité avec grâce et détermination.


Puis Marie-Ève Dicaire impose une présence magnétique dans un numéro d’équilibre d’une précision redoutable. Ouvrant son numéro écrasée par une lourde boîte en bois, elle reprend peu à peu le contrôle, jusqu’à faire oublier toute notion d’effort. Artistique jusqu’à la pointe des orteils, aussi stable en équilibre sur un bras que sur ses deux jambes, elle enchaîne des positions époustouflantes. Une véritable démonstration de force et de maîtrise qui fait paraître des figures complexes d’une facilité déconcertante à réaliser pour cette virtuose de l’équilibre.




Le rythme s’accélère avec Camille Langlois et sa suspension capillaire. La vandale, en combinaison brochée par Miss Me, tourbillonne et se contorsionne, accrochée uniquement par les cheveux, dans un numéro rythmé.


Amélie Bolduc clôt cette première partie dans une explosion de lumière et de joie. Sa jonglerie de bâtons lumineux, parfaitement maîtrisée, transforme la scène en piste disco où son énergie contagieuse emporte tout sur son passage.


Après l’entracte, prétexte idéal pour prolonger l’expérience autour d’un verre, Geneviève Labelle et Mélodie Noël reviennent avec un texte poignant, exposant la colère et la tristesse face aux violences systémiques faites aux femmes. Ce message se veut une lueur de douceur dans une noirceur galopante, une invitation à, ensemble, se soutenir et s’élever, se rassembler pour faire mieux. Une belle pause poétique et engagée dont l’authenticité est palpable et la vulnérabilité touchante.
La seconde partie déploie des univers tout aussi marquants. Sirje Tolonen enchante avec un numéro de hula hoop décalé, oscillant entre naïveté assumée et puissance rock, sur fond de sonorités métalliques. Bonbon rose innocent en apparence, cette dresseuse de cerceaux espiègle nous réserve de magnifiques surprises et nous entraîne dans son univers où autodérision, contraste et créativité se mêlent ! Une performance aussi surprenante qu’irrésistible.



Avec Leigh Rose, le tempo ralentit. Son travail au tissu aérien propose une exploration troublante de la fétichisation des corps. À travers une nudité suggérée et perchée sur d’immenses plateformes transparentes, le visage couvert par son tissu, Leigh incarne une poupée de chair mise à nu devant nos yeux intrigués, qui pousse à la réflexion.



Gabrielle Boudreau, grande gagnante de Révolution, investit ensuite l’espace dans un dialogue poétique avec son ombre, projetée sur les murs de l’église. Sa danse, ponctuée d’éléments acrobatiques, joue avec la lumière et les volumes pour créer une fresque mouvante.


Enfin, Ilse Baryshnikov conclut ce spectacle au cerceau aérien. La sublime contorsionniste est captivante dans une démonstration de force et de souplesse. Du défi dans le regard, elle enchaîne des figures phénoménales, tournoyant sur son cerceau.


Ce Cabaret Vandales s’impose comme une célébration vibrante de la femme dans toute sa diversité, puissante, politique, poétique. Entre engagement assumé et excellence artistique, Le Monastère signe ici une édition marquante, où chaque numéro devient un acte de présence, une affirmation, un cri. Merci les sœurs.
Le cabaret est présenté du 19 au 28 mars, une invitation brûlante à venir célébrer, ensemble, la force des voix féminines du cirque montréalais.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
