Pour ouvrir sa saison 2025-2026, la TOHU accueille SONO IO? de Circus Ronaldo, un spectacle intimiste où le père et le fils, David et Pepijn Ronaldo, se dévoilent avec une tendre pudeur. Présenté dans la salle circulaire jusqu’au 23 novembre 2025, le spectacle transforme l’espace en un étrange jour de lessive : une scène traversée de fils à linge, d’où pendent des draps blancs évoquant un fort de couvertures aux allures de chapiteau. Dans cette blancheur suspendue, le duo nous convie dans son intimité, littéralement, puisque le père ouvre le spectacle dans sa baignoire.
Un rythme lent et ciselé
D’emblée, SONO IO? impose son rythme : lent, minutieusement ciselé, porté par des prémices soignées et des timings comiques d’une précision horlogère. Le clown et le théâtre y sont rois. Les Ronaldo n’ont pas besoin de grandes acrobaties pour habiter le cirque. Tout y devient agrès, prétexte à jeu, poésie ou maladresse assumée.
Une relation père-fils lumineuse et complexe
Au cœur du propos, une relation père-fils à la fois lumineuse et complexe. Le spectacle navigue sur cette ligne fragile où l’affection se mêle à la rivalité, où la fierté se dispute doucement à l’ego. Le père s’accroche à une gloire passée, tandis que le fils, représentant d’une nouvelle génération, avance avec retenue, tentant de ménager l’orgueil paternel sans étouffer sa propre voix qui ne demande qu’à s’exprimer. Les deux se reflètent, s’opposent, s’accordent, et l’on se surprend à se demander quelle part de ce duo est autobiographique et quelle part relève de la fiction.






Une justesse de jeu désarmante
L’un des charmes de SONO IO? réside dans l’extrême justesse du jeu. Les émotions circulent avec une sincérité désarmante. Le père, parfois désabusé, souvent de mauvaise foi hilarante, devient touchant jusque dans ses colères nostalgiques. Le fils, quant à lui, oscille entre admiration, protection et espièglerie. Leur complicité transperce chaque scène, notamment lors des nombreux moments musicaux : piano, cuivres, contrebasse… Les deux artistes sont des musiciens remarquables, capables de transformer un instrument en ressort dramaturgique à part entière.
Quelques longueurs, mais une poésie intacte
Le spectacle, pourtant, n’est pas exempt de longueurs qui pourraient ennuyer les plus jeunes. Certains passages semblent s’étirer un peu plus qu’il ne serait nécessaire, mais ce rythme lent ajoute à la poésie de l’écriture clownesque, rendant les gags d’autant plus percutants et les émotions partagées d’autant plus vraies.






Une conclusion douce et bouleversante
La conclusion du spectacle, pleine de douceur, clôt le parcours avec intelligence : après négociations, frictions et tendresses dissimulées, le père finit par accepter de céder sa place sous la lumière. Avec fierté, il braque les projecteurs sur son fils, puis passe symboliquement dans l’ombre, de l’autre côté du miroir, assis parmi le public. Une image simple, mais d’une force bouleversante.
SONO IO? n’est certainement pas un spectacle pour les amateurs d’acrobaties spectaculaires ni pour les impatients. Mais pour celles et ceux prêts à se laisser porter par une contemplation délicate, un humour lent qui fait mouche et une relation filiale dévoilée avec une belle pudeur, Circus Ronaldo offre un bijou de sensibilité.






Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
