Présenté à Montréal, Titanique réussit le pari de transposer en français le succès Off-Broadway avec une énergie contagieuse, un humour décapant et un amour assumé pour l’univers de Céline Dion. Entre répliques absurdes, performances vocales impressionnantes et références bien québécoises, le public rit du début à la fin.
On retrouve tout ce qu’il y a de plus anecdotique chez Céline Dion. Rire à s’en époumoner, voilà ce à quoi vous êtes conviés. Le casting, épatant, drôle et assumé, vous fera plonger à bord du navire, et on vous promet tout un party !
« Tout le monde aime les graines, sauf les lesbiennes ! », nous dit Céline, interprétée par Véronique Claveau.
« Gros yacht, gros shaft », nous dit Cal Hockley (Michaël Girard).
« Une autre belle journée pour être une osti de bitch sur Ozempic », lance Ruth DeWitt Bukater, incarnée par Constant Bernard, qu’on a pu voir récemment à l’émission Zénith sur ICI Télé. Il incarne la mère de Rose avec aisance, humour et vivacité. Il agit comme un coup de fouet et une explosion de couleurs, tout en finesse et en punch.
« J’ai le costume d’Ovila Pronovost », nous confie Jack Dawson, joué avec tact et charisme par Guillaume Borys, lui qui arbore le costume de la Bête durant la chanson Beauty and the Beast un peu plus tard dans le spectacle.
On fait référence à plusieurs personnalités de la scène culturelle québécoise telles que Marie-Mai (« C’est moi-a, moi-a »), Julie Snyder, Sonia Benezra et Lise Watier, ainsi qu’à des entreprises comme Reitmans et Crocs : « T’amèneras tes Crocs aux partys ! ». On retrouve aussi des références aux applications de rencontres, à OnlyFans et à Grindr.
« J’ai tout ce dont j’ai besoin : My neck, my back, my pussy & my crack. » — Jack (Guillaume Borys)
« La vie n’est pas juste, Rose. Nous sommes des femmes, mais regarde le salaire des joueuses de la Victoire versus celui des joueurs du Canadien de Montréal. Ça, c’est pas juste ! Toi, il faut juste que tu maries un métrosexuel riche pour nous sauver de notre pauvreté ! »
Ruth, la mère de Rose, lui demande sous toutes sortes de formes de se sacrifier et d’oublier ce qu’elle veut en la flagellant à distance à plusieurs reprises durant le spectacle.
Un quatrième mur constamment malmené
Coup de cœur pour les personnages qui ne cessent de briser le quatrième mur en s’adressant au public et en vacillant entre leurs rôles et la réalité.
« Pourquoi t’es accotée sur la colonne ? Prends le centre de la salle, sous les projecteurs ! Coudonc, ils t’ont rien appris à Star Académie ? », a enchaîné Constant Bernard à Audrey-Louise Beauséjour, dans le rôle de Rose, nous permettant d’entrevoir leur complicité lorsqu’ils échangent un fou rire.
Je me dois de saluer les prouesses vocales de cette dernière, qui rend hommage à merveille aux chansons de la chanteuse pop que l’on aime tant. Véronique Claveau est elle aussi tout autant mémorable puisqu’elle personnifie avec excellence l’interprète de My Heart Will Go On, tout en s’adressant à de multiples reprises au public : « Shall we go for it?! »







Le Cœur de l’océan fait lui aussi partie des éléments au centre du décor. Unique et rigolo, il contribue à faire de ce spectacle une véritable fête.
Du gros fun noir
Titanique, c’est le spectacle qui contient tout ce qu’on aime : du grivois et des blagues bien salées, du queerness, des chansons de Céline et l’histoire du Titanic enrobée de références à tout ce qui nous fait rire au Québec, le tout porté par un talent inégalé et des voix splendides.
On voit que le chœur et les choristes ont particulièrement du plaisir sur scène. « Du gros fun noir », ce qui ajoute énormément d’amplitude et d’énergie au spectacle.
Mention spéciale à Alexandra Gagné-Lavoie, qu’on a enfin la chance de découvrir dans toute sa splendeur vocale et son charme intemporel, aux côtés de Matthieu Lévesque, vu notamment dans The Bodyguard et que l’on retrouvera dans Évangéline du 30 juillet au 9 août 2026 dans le rôle de Baptiste. Soulignons également le travail de Mathieu-Philippe Perras, aperçu dans We Will Rock You, ainsi que de Frédérique Mousseau, qui faisait partie de la distribution de Chicago l’an dernier.
On retrouve des références aux concerts, performances et même à des scènes mythiques du DVD A New Day… de Céline à Las Vegas : « Un stew aux légumes avec des morceaux de poulet », ainsi que plusieurs blagues concernant le prix exorbitant des billets de sa prochaine tournée à Paris annoncée pour septembre et octobre 2026 ainsi qu’en mai 2027.
L’interprétation de Tell Him a même provoqué une ovation debout.
Redgee vole plusieurs scènes
Que dire de Redgee, qui incarne plusieurs rôles durant le spectacle, dont un matelot et Peabo Bryson. Il brille particulièrement dans ses incarnations d’Iceberg Bitch et de Tina Turner. Affublé d’une perruque bleue, il possède un sens du timing remarquable et se révèle tout simplement époustouflant, mémorable et hilarant.



Ça décoiffe !
Titanique est un spectacle qui a de l’énergie à revendre et qui nous booste pour quelques heures, voire quelques jours. Chose certaine, ça décoiffe ! On rit jusqu’à en avoir mal au ventre.
Je retournerais voir ce spectacle sans hésiter. Le parfait mélange d’audace, d’humour, de légèreté et de divertissement.

































Audrey-Anne Séguin | Journaliste

Patricia Duval | Photographe
Passionnée par la musique et les arts depuis son jeune âge, elle a découvert il y a quelques années la passion pour la photographie. Elle carbure aux défis, adore les festivals et capter l’émotion. Elle a une piqure pour le country, si vous voyiez une petite noire dans un pit de spectacle ou en train de courir partout pour s’assurer d’avoir une belle photo, c’est bien elle.
