Tania Martin est une auteure-compositrice-interprète qui aborde tout ce qu’elle fait avec positivité et contrôle. Son EP, On roule, sorti en 2022, est rempli de country pop. Cette ambiance se poursuit dans ses sorties récentes, avec le côté pop encore intensifié. TDAH, par exemple, est une célébration ludique du fait d’être perçu.e comme « différent.e ». Dans Fille de bois, une nostalgie joyeuse émane de ses souvenirs, qu’elle partage en rassemblant des gens.
On a rencontré Tania Martin pendant une journée pluvieuse à Montréal. Tania a apporté une touche de soleil et d’optimisme, malgré le gris et les rues mouillées. Accompagnée par sa fille aînée, elle était prête à tout aborder et à partager davantage son univers artistique. Voici notre entrevue et nos photos de la rencontre.
Pourrais-tu nous présenter et parler de ta carrière jusqu’à maintenant?
J’ai fait pas mal de choses: patinage artistique, motocross, et de nombreuses compétitions sportives. J’ai aussi fait de la danse. C’est ça qui m’a amené au théâtre, puis à la musique. En ce qui concerne ma carrière musicale, j’en suis à mon troisième album. Je sors des singles en ce moment et je porte aussi le chapeau de productrice. J’essaie de prendre le temps de bien faire les choses.
Ton premier album, Métaphorik*, est sorti en 2015, puis tu as sorti un EP intitulé On roule en 2022. Qu’est-ce qui a changé au fil des années, surtout depuis ton album il y a dix ans?
Ce qui est arrivé lors de mon premier album, c’est que j’avais construit mon studio d’enregistrement et je suis partie en solo parce que j’avais besoin de créer mes propres chansons à ma manière. C’est là que j’ai appris comment m’adapter et utiliser des programmes d’enregistrement. J’ai composé au piano, puis j’ai fait la distribution de l’album, le mix et le mastering. Je voulais vraiment prouver que je savais ce que je faisais.
Est-ce que la musique a toujours fait partie de ta vie?
Non, parce que je suis née dans une famille qui n’était pas nécessairement artistique. Il fallait que je découvre un peu qui j’étais à travers les arts.


Comment as-tu trouvé ton style musical?
J’ai créé le studio pour mon premier album, puis j’ai signé avec une maison de disques. Je suis quelqu’un qui écoute beaucoup de musique variée, donc je ne voulais pas faire seulement un style. Je veux être libre de m’en aller où je veux. Métaphorik* est un peu plus underground, donc quand je suis arrivée à la maison de disques, ils m’ont dit « OK, tu es capable de faire un peu de tout. C’est où que tu veux aller? » J’avais des compositions et j’avais appris à jouer de la guitare. La musique ressemblait au country, mais j’aurais pu aller ailleurs avec le son. Il fallait que je décide. Finalement, j’étais un peu surprise par le country parce que je ne pensais pas nécessairement m’emmener là. J’étais plus rock, soul, blues, même jazz, mais j’ai trouvé ça le fun. La musique country a des valeurs profondes. Elle sonne bien et elle reste longtemps. En venant de Rivière-du-Loup, je me retrouve bien dans ce style.
C’est intéressant, parce que ma prochaine question était: est-ce que la musique country a toujours fait partie de ta vie?
J’ai vraiment écouté un peu de tout. En faisant de la danse, il y avait de la musique classique, du jazz et du hip-hop. Mon premier instrument, c’était la batterie, donc j’écoutais aussi le métal et le punk. Même aujourd’hui, mes playlists sont très variées!
Dans ta chanson Fille de bois, tu abordes plusieurs clichés liés à la musique country et au style de vie qui va avec. Dans quelle mesure les paroles sont-elles basées sur la réalité?
C’est la réalité. À Rivière-du-Loup, j’ai grandi dans la discipline, surtout avec le motocross. Je suis vraiment une fille de bois et une fille de moto. Je voulais immortaliser chaque moment de ma vie dans mon prochain album, qui s’appelle Traverser le temps. Fille de bois représente le pouvoir et la femme qui s’assume. Quand j’étais jeune, il n’y avait pas beaucoup de filles qui faisaient du motocross. Donc, quand on s’y lançait, il fallait vraiment qu’on s’assume. Il y avait beaucoup de défis. À travers cette chanson, je voulais montrer qu’on est capable d’être féminine et sportive à la fois.
Penses-tu que cette mentalité a influencé ton approche de la musique? Vu que tu as créé ton propre studio pour faire ce que tu veux, on a l’impression que tu gardes toujours le contrôle!
Pour mon troisième album, j’ai choisi les gens avec qui je voulais travailler. Je suis productrice de mon album, donc ce sont mes décisions. Ma maison de disques m’a dit que je devais choisir entre la pop et le country. J’ai toujours été avant-gardiste dans mon style musical et j’ai toujours le goût de prendre des risques. Je voulais créer un mélange de pop et de country pour faire quelque chose de nouveau. Dans le fond, j’ai trouvé un réalisateur qui s’appelle Patrick Donovan, du duo Kingdom Street. J’écris les textes, je fais les compositions, j’enregistre les maquettes, puis je les envoie à Pat. On se connaît depuis un bout, donc il sait ce que je veux. Je suis vraiment contente du résultat.
Est-ce que tout l’album est déjà enregistré?
Oui, mais il y a quand même des collaborations qui s’en viennent. C’est ça l’affaire avec la musique, elle n’arrête pas!


Où l’as-tu enregistré?
C’était à Château-Richer, près de Québec!
Qu’est-ce qui a le plus influencé l’écriture de l’album?
Il y a eu plusieurs choses qui m’ont influencé. Quand j’ai commencé l’album, j’avais une urgence d’écrire parce que le papa de mes enfants était malade. J’avais une forte envie d’immortaliser les moments tout de suite, mais en même temps j’étais tellement à gauche et à droite. J’avais envie de laisser une trace de tout ce que j’avais appris et des conseils que je voulais donner, ce qui est souvent le cas quand quelqu’un est malade ou des moments marquants arrivent dans notre vie. J’étais donc inspirée d’où je viens, mais aussi qui je suis présentement.
Ta nouvelle chanson est intitulée TDAH. Pourquoi est-ce que c’était important de sortir une chanson comme celle-ci?
Ça fait partie de ma vie parce que j’ai un TDAH. Je trouve qu’il est important d’en parler parce que c’est un sujet qui est encore un peu tabou. Ce que je veux dire aux gens, c’est que ce n’est pas nécessairement un problème, c’est juste une façon de fonctionner qui est un peu différente des autres. Ce qui compte, c’est de l’accepter et de trouver la bonne façon de pouvoir fonctionner. Au final, on peut être phénoménal.
C’est intéressant parce que je trouve qu’il y a beaucoup d’artistes qui ont un TDAH et je le vois un peu comme une force pour eux. Est-ce que tu le vois comme ça aussi?
Oui, je le vois comme une force. J’ai de la misère à me concentrer sur quelque chose qui n’a pas l’air intéressant. Il faut que j’ajoute plus d’art dans ce que je crée pour que ça reste intéressant pour moi. Notre cerveau va tellement vite, donc il faut trouver quelque chose qui va aussi vite que notre tête. La musique est parfaite parce qu’il y a tellement d’aspects, elle crée un lien avec tous les arts : il y a le mouvement à travers le chant, l’interprétation qui ressemble un peu au théâtre, et la technique vocale. C’est beaucoup de choses à gérer en même temps! Sur scène, c’est comme si mon cerveau disait que j’ai assez de choses à faire pour réussir à rester concentrée.
Je dis souvent aux gens qu’on doit faire les choses qu’on aime. Imagine vivre une vie à travers un travail qu’on n’aime pas, auquel on consacre 40 heures ou plus par semaine pour finalement dire « oh mon dieu, j’ai vécu toute ma vie comme ça ». Je trouve que c’est important de prendre l’initiative de faire quelque chose qui va nous plaire profondément, et qu’on ne voit pas forcément comme un travail.


Je vois que tu utilises beaucoup les réseaux sociaux pour faire des vidéos et interagir avec tes fans. Quand tu as lancé ton projet musical, avais-tu l’intention d’être si présente sur les réseaux sociaux? Est-ce que tu le considères important en tant qu’artiste?
C’est sûr qu’à l’époque qu’on vit actuellement, c’est quelque chose d’important. Quand tu es un.e artiste, les réseaux sociaux ont plus d’impact que la télévision parce que la visibilité est énorme à travers le monde. Ça fait longtemps que je travaille là-dessus, je travaillais en marketing dans le passé et j’aime être proche des gens. Je joue un personnage aussi qui est un peu comique, mais à travers ce personnage-là il y a des messages. Je sais qui je suis et ce que je veux. Les gens vont dire n’importe quoi et je vais leur répondre avec légèreté. Il y en a qui m’ont écrit pour dire qu’ils trouvent ça le fun que mes vidéos donnent l’exemple de ne pas porter trop d’attention à ce que les gens disent.
Finalement, à quoi as-tu le plus hâte dans les prochains mois?
Je ne veux pas trop en dire parce qu’il y a des conférences de presse et d’autres annonces qui s’en viennent. En juin, il y a une série qui va sortir dans laquelle j’ai un rôle. Sinon, je prépare le lancement de l’album, mais je prends le temps pour mettre les choses en place. J’aime mieux prendre le temps pour sortir les clips parce que je trouve ça le fun d’apprécier chaque moment. Cependant, il y a vraiment de belles choses qui s’en viennent!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
