Une nouvelle mise en scène de Starmania par Thomas Jolly (Jeux olympiques de Paris 2024) arrive au Canada par la grande porte. Le mythe se poursuit! Voici le compte-rendu de la première présentée le 7 août à la Place Bell de Laval.
Une histoire d’ambition et de rêves brisés, des grandes chansons pour des voix renouvelées depuis 45 ans! Un spectacle qui se déploie sur près de trois heures avec une scénographie construite en hauteur dans une salle immense, des plates-formes mobiles animées de corps fluides et des éclairages à nous éblouir et nous surprendre. On est dans un monde sombre, irréel, futuriste, mais à saveur rétro.
Sachant que Monopolis est la cité au centre de Starmania, on pense au film expressionniste de 1927, Metropolis de l’allemand Fritz Lang, mais, cette fois, avec des “zonards”, nos délinquants de banlieue ou nos sans-abris sous les viaducs! Bref, des années noires annoncent des conflits de sociétés polarisées, des kidnappings, des terroristes et autres violences des villes! Les dictateurs et les oligarques ne sont pas loin!
Un public majoritairement mature et gagné d’avance qui connaît les paroles fredonne les airs connus comme s’il y avait un petit peu de nous autres là-dedans! On l’aime notre mémoire de Starmania ! Comme plusieurs dans la salle qui , “auraient voulu être un artiste … car je ne fais pas ce que j’aurai voulu faire” sont des mots qui résonnent fort dans nos têtes et dans nos cœurs !
Parlons des danseurs qui sont parfois une foule anonyme et luxueusement vêtus ou dévêtus, parfois disciples ou reflets des héros. Ils et elles bougent en chœur, se placent pour capturer toute la lumière ou jaillissent de la pénombre avec des gestes inquiétants. Quant aux chanteurs, tous doivent relever un défi vocal pour interpréter les envolées souvent difficiles de la musique de Michel Berger. La diction est parfois déficiente chez certains, jouant parfois sur un français normatif parfois sur du québécois plus libre; on s’attendait à toujours bien entendre les paroles de Luc Plamondon.

William Cloutier en Johnny Rockfort et Gabrielle Lapointe en Cristal sont des choix heureux, leur présence scénique, l’énergie entre les deux et leurs voix qui bouleversent! La mise en scène efficace les fait même sortir de scène pour mieux s’enfuir dans un beau char volé… La scène filmée est enlevante!


Maag en Spotlight est touchante de justesse et nous transporte dans l’émotion. On a peur de ce qui l’attend avec Zéro Janvier ou dans sa piscine dorée !

Alex Montembault avec sa guitare acoustique change le mood et on entre dans l’univers de la serveuse automate de belle façon.


L’inquiétante Sadia, Miriam Baghdassarian est efficace pour bouger sur scène; si c’était un travesti à la voix rauque, ou un diable avec les cheveux bleus, on a envie d’aller danser avec elle à Naziland ! Sans oublier la voix colorée de Adrien Fruit dans plusieurs chansons.


La Place Bell était d’un silence à donner des frissons, lorsque David Latulippe en Zéro Janvier, interprète la chanson « Blues du Businessman ». Tout était mis en premier plan, la justesse de sa voix harmonisée avec les jeux de lumière à couper le souffle, donne un numéro grandiose.

Au fil des années, plusieurs chanteurs des différentes productions ont eu des carrières importantes dans la francophonie grâce à leur début dans Starmania. Cette œuvre est sûrement une des plus belles et fructueuses collaborations artistiques entre le Québec et la France. L’amitié entre le parolier Plamondon et le compositeur Berger y est pour quelque chose. L’opéra Rock STARMANIA aura rejoint en 45 ans un énorme public francophone entre autres à Paris, Genève, Bruxelles et Montréal. Besoin d’amour transatlantique oblige!










Michel Jolicoeur | Journaliste

Patricia Duval | Photographe
Passionnée par la musique et les arts depuis son jeune âge, elle a découvert il y a quelques années la passion pour la photographie. Elle carbure aux défis, adore les festivals et capter l’émotion. Elle a une piqure pour le country, si vous voyiez une petite noire dans un pit de spectacle ou en train de courir partout pour s’assurer d’avoir une belle photo, c’est bien elle.

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