Présenté à la Tohu jusqu’au 12 juillet dans le cadre du Festival Montréal Complètement Cirque, St.art, de Cirk La Putyka, explore le parallèle entre le sport de haut niveau et le cirque. En s’intéressant au dépassement de soi et à la quête de la performance, le spectacle part d’une prémisse originale qui ne parvient toutefois pas à se déployer avec toute la force espérée.
Visuellement, la proposition est irréprochable. La scène centrale est exploitée avec intelligence grâce à deux immenses panneaux mobiles qui dévoilent tour à tour les coulisses. Les éclairages, inspirés des stades sportifs, composent des tableaux épurés et saisissants qui mettent admirablement en valeur les artistes, sculptant les corps avec précision.
Là où St.art s’essouffle, c’est dans son rythme. La plupart des tableaux s’étirent inutilement, créant une impression de redondance. Les nombreuses séquences chorégraphiques, souvent plus proches de la danse contemporaine que du cirque, peinent à maintenir l’intérêt et donnent au spectacle une identité parfois hésitante.
Une présence intrigue tout au long de la représentation : une imposante mascotte de yéti observe silencieusement les performances. Incarnée par Rostislav Novák, le fondateur de Cirk La Putyka, peut-être parent du champion de trampoline Matyáš Novák, qui est le personnage principal du spectacle. Cette figure mystérieuse demeure volontairement énigmatique.
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Représente-t-elle la famille qui soutient l’athlète? La pression extérieure? Le public? La motivation? Le spectacle ne fournit jamais véritablement de clé de lecture, laissant cette idée intéressante en suspens.
Heureusement, plusieurs tableaux rappellent tout le potentiel de la proposition. Un élégant numéro d’anneau aérien, discipline rare, séduit par sa fluidité et sa poésie. Suspendue à un unique anneau, l’artiste multiplie les rotations et les figures avec une grâce hypnotique.
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À l’opposé, une autre scène frappe par sa brutalité. Dans une succession de craquements inquiétants, les corps semblent se briser sous les efforts, évoquant avec une intensité viscérale les blessures qui peuvent, en une fraction de seconde, bouleverser la carrière d’un sportif. Ce moment, d’une rare efficacité, rappelle que derrière les exploits se cache toujours une part de risque et de fragilité.
Le sommet du spectacle arrive toutefois avec l’impressionnant numéro de trampoline de Matyáš Novák. Un faisceau laser dessine dans la fumée une ligne lumineuse, comme un plafond inaccessible. À chacune de ses envolées, l’artiste s’en approche un peu plus avant de finalement le traverser dans une image d’une grande beauté. Alliant technologie, scénographie et virtuosité acrobatique, cette séquence résume à elle seule la quête de l’impossible au cœur du spectacle.
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St.art est une œuvre ambitieuse, portée par une mise en scène remarquable et quelques moments de grâce. Dommage qu’un rythme trop étiré et des tableaux inégaux l’empêchent d’atteindre pleinement la puissance de son propos.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Z. Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
