Cette nouvelle adaptation théâtrale du chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas, mise en scène par Serge Denoncourt, a tenu sa première médiatique à la salle Pierre-Mercure de Montréal le 7 juillet. Plongez sans attendre dans cette grande aventure théâtrale du Comte de Monte-Cristo!
L’émotion était toutefois bien présente avant même le lever du rideau. En ouverture de la représentation, Serge Denoncourt a dédié cette première médiatique à l’acteur Marc Messier, décédé subitement plus tôt dans la journée. Son hommage, sobre et empreint de dignité, a profondément ému l’assistance. Le public lui a réservé une longue et chaleureuse ovation, offrant un moment de recueillement particulièrement touchant.
Présentée par Les Agents Doubles Productions et forte d’une distribution de 17 comédiens, cette ambitieuse fresque de plus de trois heures transporte le public au cœur d’un récit où s’entrecroisent trahison, vengeance, justice et rédemption. Déjà accueillie avec enthousiasme par le public lors de ses premières représentations, la production s’impose comme l’un des événements théâtraux majeurs de l’été.
Une adaptation remarquable
Adapter Le Comte de Monte-Cristo constitue un défi de taille. Avec près de 2000 pages et 150 personnages, ses multiples intrigues et son ampleur romanesque, l’œuvre d’Alexandre Dumas aurait facilement pu perdre de sa cohérence une fois transposée sur scène.
Serge Denoncourt fait pourtant le choix de l’efficacité. Sans trahir l’esprit du roman, il en conserve l’essentiel: la fulgurante ascension d’Edmond Dantès, injustement emprisonné le jour de son mariage, son long séjour au château d’If, puis son retour sous l’identité du mystérieux comte de Monte-Cristo afin d’exécuter une vengeance minutieusement orchestrée contre ceux qui l’ont condamné.
Le spectacle avance avec une cadence soutenue. Les scènes sont courtes, les tableaux s’enchaînent rapidement et les transitions ne laissent pratiquement aucun temps mort. Ce rythme moderne permet d’alléger un récit particulièrement dense sans en diminuer la portée dramatique. On comprend rapidement pourquoi l’équipe de création parlait d’une volonté de «netflixer» l’œuvre: chaque scène appelle naturellement la suivante et maintient constamment la curiosité du spectateur.



Mise en scène fluide
Plutôt que de miser sur de lourds changements de décor, la mise en scène repose sur une mécanique extrêmement fluide. Les projections vidéo, les éclairages et quelques éléments scénographiques suffisent à évoquer successivement Marseille, le château d’If, Rome ou Paris.
Cette sobriété fonctionne admirablement. Elle laisse toute la place au jeu des interprètes sans jamais donner l’impression d’un spectacle dépouillé. Au contraire, l’imaginaire du public est constamment sollicité.
Les costumes de Pierre-Guy Lapointe contribuent également à cette immersion. Soignés sans être ostentatoires, ils illustrent avec finesse l’évolution sociale des personnages.
Malgré une durée qui dépasse les trois heures, plus l’entracte, la représentation conserve un rythme étonnamment soutenu. Rares sont les passages où l’attention faiblit, car la progression dramatique est suffisamment bien maîtrisée.
Une distribution solide dominée par Mikhaïl Ahooja
Dans le rôle d’Edmond Dantès, Mikhaïl Ahooja assume pleinement le rôle principal. Son interprétation évite les excès et privilégie une évolution graduelle du personnage. Le jeune marin idéaliste laisse progressivement place à un homme blessé, méthodique et profondément transformé par les années d’emprisonnement.
Son jeu demeure constamment habité, autant dans les scènes plus intimistes que dans les confrontations où Monte-Cristo manipule ses adversaires avec une froide précision.
À ses côtés, Mélissa Désormeaux-Poulin apporte beaucoup d’humanité à son personnage, malgré une présence sur scène qui aurait pu être accrue. Les quatre interprètes des « méchants de la pièce », Kevin Houle (Danglars), Maxime de Cotret (Morcef), Maxime Denommée (Villefort) et Benoit Drouin-Germain (remarquable Caderousse), ainsi que l’ensemble de la distribution, composent une galerie de personnages crédibles et nuancés. Aucun rôle ne paraît négligé, ce qui témoigne d’une direction d’acteurs particulièrement rigoureuse.



Un spectacle populaire au sens noble
Cette adaptation ne cherche pas à déconstruire Alexandre Dumas ni à moderniser artificiellement son œuvre. Elle assume pleinement le plaisir du grand récit d’aventures et fait confiance à la force du texte original.
Le résultat est un théâtre accessible, spectaculaire et généreux, qui réussit à rejoindre autant les amateurs du roman que ceux qui le découvrent pour la première fois.
Dans une époque où l’attention du public est constamment sollicitée par les écrans, réussir à captiver une salle pendant plus de trois heures constitue déjà un exploit. Cette production y parvient grâce à une mise en scène dynamique, une distribution engagée et une adaptation qui va droit à l’essentiel sans sacrifier la richesse de l’œuvre.
Avec Le Comte de Monte-Cristo, Serge Denoncourt signe une adaptation ambitieuse qui démontre qu’il est encore possible de présenter les grands classiques avec souffle, intelligence et une réelle volonté de divertir. Une fresque théâtrale qui confirme que certaines histoires traversent les siècles sans perdre une once de leur puissance.
Le Comte de Monte-Cristo est présenté à la salle Pierre-Mercure de Montréal jusqu’au 23 août. La pièce prendra ensuite l’affiche à la salle Odyssée de Gatineau du 28 au 30 août, puis à la salle Albert-Rousseau de Québec du 16 au 19 septembre.

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

