Le premier album de Sophie Grenier, la grande gagnante de l’édition 2023 de La Voix, est rempli d’introspection et de douceur. Pour sa création, elle s’est laissée emporter par les émotions et l’instinct, tout en mélangeant les ballades avec les moments de légèreté et de drame.
À la suite de la sortie de son album intitulé À l’envers, l’auteure-compositrice-interprète franco-ontarienne nous parle de son entrée dans la scène musicale, de ses ambitions et de son rapport avec la langue française.
Comment te sens-tu maintenant que l’album À l’envers est sorti, surtout parce que c’est ton premier?
Je me sens assez fébrile parce que c’est mon premier album, mais c’est quand même spécial pour moi de finalement le partager. J’ai travaillé sur l’album pendant trois mois durant l’été et finalement je peux le sortir, donc je suis contente.
Les chansons sont une exploration d’émotions personnelles et tu mentionnes dans le communiqué de presse que l’album parle aussi du mal-être et des angoisses de ta génération. Avais-tu un concept dans ta tête avant de commencer l’album ou est-ce que ces thèmes étaient abordés très inconsciemment?
Je n’y avais pas vraiment pensé avant l’album. Dans le studio, on a commencé du début, alors les thèmes des chansons étaient abordés pendant qu’on composait l’album. On les a abordés inconsciemment puis finalement ils étaient un genre de conducteur dans tout l’album.
As-tu écrit la plupart des chansons avant ou est-ce que tu as écrit pendant que tu étais dans le studio?
J’avais écrit plein de tounes avant, mais c’était la première fois que je travaillais avec Benjamin Nadeau, alors il fallait vraiment que ce soit tout nouveau et tout frais. On entrait dans le studio et en quatre heures on créait une chanson complètement nouvelle.
Qu’est-ce que Benjamin a apporté à la vision de l’album et as-tu appris des choses dans le processus?
J’avais écrit un EP avant La Voix et les sessions étaient assez similaires. Cependant, ce qui est vraiment cool avec Benjamin, c’est qu’il m’a beaucoup motivé. Je lui ai montré les chansons qui m’inspiraient, puis ensuite il a eu des idées d’accords. Donc, ça a vraiment bien fonctionné et il m’a aidé à être plus spontanée. L’album a été créé de manière spontanée, alors je suis vraiment contente du résultat.
L’année dernière tu étais la gagnante de La Voix. Pourrais-tu nous parler de ton expérience et comment elle a influencé ta relation avec la musique?
Même avant de faire La Voix, je savais que je voulais faire de la musique. La Voix est un concours qui est diffusé partout au Québec et il y a tellement de gros noms qui sont sortis de ça, entre autres Charlotte Cardin. Quand je me suis inscrite, c’était pour l’expérience. En même temps, je savais que si jamais je gagnais et si j’avais un album qui venait avec ça, je serai plus préparée mentalement. Je suis vraiment contente de mon expérience. Ça m’a surtout aidé parce que j’avais la chance de continuer à travailler avec Mario Pelchat, qui était mon coach. J’ai tellement fait de belles rencontres.



Tu es franco-ontarienne, donc c’est cool que cette culture francophone soit intégrée dans la culture québécoise grâce à ta musique. Ou est-ce que tu as grandi exactement en Ontario?
J’habite à Ottawa. J’ai toujours habité au même endroit. Mes parents sont québécois et, en fait, toute ma famille vient du Québec, c’est juste moi et mon frère qui sont nés ici. J’ai vécu toute ma vie à Ottawa.
Quelle a été ta relation avec la langue française en grandissant? Je suis intéressée par le concept de l’insécurité linguistique et je sais que c’est souvent le cas que les franco-ontariens peuvent se sentir un peu sous-représentés, surtout dans une province majoritairement anglophone.
À Ottawa, on a tellement d’écoles francophones mais c’est sûr qu’étant franco-ontarienne j’ai un accent qui est franco-ontarien. Beaucoup de québécois pensent que c’est un accent anglophone, donc parfois quelqu’un me pose une question en français, je lui répond en français, puis la personne me répond ensuite en anglais. Quand tu fais l’effort de parler en français, surtout quand c’est ta langue maternelle, c’est poche quand ces moments arrivent. Je suis chanceuse parce qu’à Ottawa on a une banlieue qui s’appelle Orléans et c’est quand même assez francophone. On est aussi vraiment proche de Gatineau, donc les cultures se mélangent bien ici.
Je sais que tu es inspiré par des artistes comme Billie Eilish et Aurora mais y a-t-il des artistes franco-ontariens que tu aimes ou qui t’ont inspiré?
Céleste Lévis, je l’aime beaucoup. C’est une artiste qui a vraiment une voix unique et je pense que je me retrouve beaucoup dans sa musique, dans le sens que c’est vraiment sa voix qui est mise en valeur. C’est ça que je voulais faire avec ma musique aussi. Je voulais que l’instrument principal de mes chansons soit ma voix.
En parlant des inspirations, on sait que tu aimes les ballades et il y a plusieurs chansons dans ton album qui pourraient être classifiées comme des ballades. Quand as-tu développé cet amour et y a-t-il des ballades en particulier qui sont très spéciales pour toi?
Je dirais que la ballade est toujours venue assez facilement pour moi, surtout parce que, quand j’écoute la musique, je me retrouve souvent dans les émotions d’une chanson. C’est sûr que j’adore également la musique plus upbeat et j’en ai un couple dans mon album qui sont comme ça. Je suis fière d’avoir mélangé les thèmes un peu Billie Eilish dans la musique plus upbeat.
Je pense que ma chanson préférée de l’album est Sans toi. Évidemment je les aime toutes pour des raisons différentes, mais Sans toi était la première chanson de l’album que j’ai écrite et c’est aussi la chanson qui ouvre l’album donc elle a un côté spécial.
Pourrais-tu nous parler un peu de la chanson Je ne suis jamais tombée en amour. J’adore l’idée de celle-ci parce qu’évidemment les ballades parlent typiquement de l’amour ou le cœur brisé, donc c’est intéressant que tu te concentres sur le fait de ne pas encore trouver l’amour. Étais-tu consciente de ça avant de la créer?
Pour cette chanson, je dirais que c’était Benjamin qui m’a donné l’idée. Quand tu entres dans le studio avec un producteur, souvent il va commencer par poser des questions comme «qu’est-ce que tu veux écrire aujourd’hui?» Souvent ma réponse était «je sais pas». Évidemment Benjamin essayait de trouver un sujet dont on pourrait parler. Il m’a posé la question: «mais toi, tu as déjà été en amour? On pourrait écrire à propos de ça.» J’ai dit que ce n’était pas le cas, alors on voulait prendre ce sujet-là, qui est quasiment un heartbreak song, pour le fait de n’avoir jamais tombé en amour et aussi ajouter un peu d’espoir. Elle commence vraiment dark, puis il y a un refrain qui a plus d’espoir parce que je vais tomber en amour un jour, puis elle retourne à l’aspect dark. J’ai vraiment aimé explorer ce sujet-là pour la chanson.
Il y a beaucoup de douceur dans tes chansons, surtout dans Comment ferons-nous et Sans toi. Est-ce que la création de la musique est comme un type de thérapie pour toi?
Oui, c’est sûr. En tant que personne assez introvertie, quand j’écris de la musique, ça arrive parfois que je ne sache pas à propos de quoi j’écris. Mais, j’écris une phrase puis une autre et, quand je relis, je commence à comprendre le message que j’essaie de dire à moi-même.
Pour conclure, quels sont tes projets et tes espoirs pour les prochains mois?
Évidemment, j’espère que l’album va plaire aux gens. Je pense qu’il a déjà réussi, mais je voudrais pouvoir me rendre le plus loin possible dans ma carrière. J’aimerais faire des spectacles et faire des festivals cet été. Je ne sais pas trop ce qui s’en vient pour moi mais j’espère pouvoir avancer dans ma carrière et être plus présente dans le milieu artistique.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
