Trois compositeurs, trois univers, douze saisons et une même interprète pour les faire vivre. Présenté le 11 septembre à la Maison symphonique de Montréal, le concert Les Quatre Saisons : de Vivaldi à Dompierre réunissait l’Orchestre FILMharmonique, sous la direction de Francis Choinière, et la violoniste Isabella d’Éloize Perron. Une soirée où la virtuosité de la soliste a côtoyé les rythmes argentins de Piazzolla et les couleurs bien de chez nous de François Dompierre.
Virtuose… et théâtrale
Malgré son jeune âge, Isabella d’Éloize Perron possède déjà une maîtrise technique impressionnante. Les passages les plus exigeants semblent couler sous son archet avec une aisance presque déconcertante, précision, vélocité et finesse demeurant constamment au rendez-vous.
Pour donner vie à ces douze saisons, elle peut compter sur un compagnon d’exception : un violon Guadagnini datant de 1768, dont elle sait exploiter la richesse des sonorités et toute la palette expressive.
Car réduire son talent à sa seule virtuosité serait passer à côté de ce qui la distingue véritablement. Son jeu possède quelque chose de presque théâtral. Un regard, un mouvement du corps, une attaque plus vive de l’archet ou, au contraire, un geste tout en retenue traduisent les changements d’humeur de la partition. Elle ne se contente pas de jouer la musique : elle l’habite.
Cette présence scénique naturelle ajoute beaucoup au plaisir du concert. Charismatique et souriante, la soliste possède ce petit quelque chose qui attire le regard. Élégante, elle s’est présentée dans une magnifique robe différente pour chacune des trois compositions, comme pour mieux marquer le passage d’un univers musical à l’autre.
De Venise à Buenos Aires
Avec Les Quatre Saisons de Vivaldi, Isabella d’Éloize Perron s’attaque à l’une des œuvres les plus connues — et les plus jouées — du répertoire classique. Le défi consiste autant à maîtriser cette partition redoutable qu’à parvenir à lui redonner un sentiment de nouveauté.
Sa jeunesse et son énergie servent particulièrement bien cette musique. Son interprétation est vive et colorée, soutenue par les cordes de l’Orchestre FILMharmonique et la direction attentive de Francis Choinière. Les saisons défilent, tantôt lumineuses, tantôt orageuses, et le caractère très imagé de la musique de Vivaldi prend tout son relief.
Le changement de climat est radical avec Les Quatre Saisons de Buenos Aires d’Astor Piazzolla. On quitte le baroque italien pour le tango argentin, ses rythmes sensuels, ses tensions et ses brusques changements d’atmosphère.
C’est peut-être ici que le tempérament théâtral de la jeune virtuose prend toute son ampleur. Son jeu devient tour à tour fougueux, langoureux, incisif et passionné. Elle dialogue avec les musiciens, attaque certaines phrases avec aplomb puis retrouve aussitôt la délicatesse. Vivaldi permet d’admirer sa technique; Piazzolla révèle davantage encore sa personnalité.
Quatre saisons bien de chez nous
La véritable particularité de cette soirée résidait toutefois dans la troisième déclinaison du concept : Les Quatre Saisons du Québec de François Dompierre.
Et pour l’occasion, le compositeur était lui-même dans la salle, à 83 ans. Un privilège suffisamment rare pour être souligné : pouvoir interpréter une œuvre devant celui qui l’a imaginée et écrite confère forcément au moment une dimension particulière. En plus de ce concerto musical, l’auteur a aussi rédigé quatre poèmes qui y sont associés.
Avec son Rigaudon de printemps, sa Complainte d’été, sa Valse et contredanse d’automne et son Quadrille d’hiver, François Dompierre transpose les saisons dans un univers immédiatement reconnaissable.
Et quelles saisons! Ce sont les nôtres, québécoises, excessives, contrastées et parfois imprévisibles. Rigaudon, valse, contredanse et quadrille puisent dans notre patrimoine musical et donnent à l’œuvre une couleur bien d’ici, tantôt festive et rassembleuse, tantôt nostalgique et lyrique. François Dompierre ne cherche pas à imiter Vivaldi : il raconte à sa manière notre rapport au passage du temps et aux transformations du paysage.
Sous l’archet d’Isabella d’Éloize Perron et avec les cordes du FILMharmonique, cette musique trouve un bel équilibre entre vigueur rythmique et lyrisme.
Douze saisons, une interprète
Réunir Vivaldi, Piazzolla et Dompierre dans un même programme aurait pu n’être qu’un exercice de style. Les trois œuvres montrent plutôt comment un même thème peut être transformé par une époque, une culture et une sensibilité différentes. De l’Italie baroque à l’Argentine du tango, puis jusqu’au Québec de François Dompierre, Isabella d’Éloize Perron demeure le fil conducteur de ce voyage.
Sa technique est remarquable, certes. Mais ce que l’on retient surtout, c’est sa capacité à raconter avec son instrument, à faire oublier la difficulté de ce qu’elle joue pour ne laisser apparaître que la musique. À voir l’assurance et le plaisir avec lesquels elle occupe déjà la scène, difficile de ne pas avoir l’impression d’assister à l’éclosion d’une interprète dont on n’a certainement pas fini d’entendre parler.
Le concert Les Quatre Saisons : de Vivaldi à Dompierre sera présenté en Europe à l’automne 2026 ainsi que dans plusieurs villes du Québec.
(Source : GFN Productions)

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

