Patrick Groulx n’a jamais été un humoriste qui cherche à paraître plus grand que nature. Pas de personnage ultra travaillé, pas de morale déguisée en stand-up, pas de concept alambiqué. Et c’est probablement ce qui explique pourquoi Trop longtemps seul, présenté mardi le 19 mai au Théâtre St-Denis, fonctionne aussi bien. Pendant près de deux heures, l’humoriste livre un spectacle chaleureux, chaotique et franchement drôle, qui ressemble davantage à une grande soirée entre amis qu’à une performance trop polie.
Dès son arrivée sur scène, guitare à la main, l’ancien animateur du Le Groulx Luxe impose son univers. Il enchaîne réflexions absurdes, confidences parfois crues et petites chansons improvisées avec une aisance évidente. Le concept de « blague-guitare » donne rapidement le ton et rappelle par moments le style éclaté de Julien Tremblay, sans jamais tomber dans la copie.
L’entrée en matière est efficace : Groulx installe rapidement une complicité avec la salle. Pas de décor lourd ni de mise en scène complexe. Quelques écrans en arrière-plan, un micro, une guitare, et surtout un humoriste qui maîtrise parfaitement l’art du contact avec le public. Dans un paysage où plusieurs spectacles d’humour semblent surproduits ou trop écrits, cette simplicité volontaire fait du bien.
On retrouve ensuite le retour attendu du curé Poirier, personnage culte qui débarque avec son célèbre « Vos yeules ! », accueilli dans un tonnerre de rires. Le numéro fonctionne encore, même si on sent parfois qu’il repose davantage sur la nostalgie que sur une réelle surprise. Groulx s’amuse à moderniser le personnage en adaptant certains passages religieux à la culture actuelle, avec notamment des références improbables au rappeur Snoop Dogg. La salle embarque immédiatement.



Plus tard, l’humoriste raconte sa méthode très particulière pour ranger la vaisselle sans réveiller personne le matin : intercaler des tranches de pain entre les assiettes pour éviter le bruit. L’idée est complètement absurde, mais livrée avec un sérieux presque scientifique, elle devient l’un des moments forts du spectacle.
Une anecdote impliquant une certaine Josiane, rencontrée un soir et que Groulx tente maladroitement d’éviter par la suite, provoque aussi de très bons rires. Le récit est efficace, même si on aurait parfois gagné à le resserrer légèrement pour garder le même impact du début à la fin.
À 51 ans, Patrick Groulx aborde également la solitude qui occupe désormais une place importante dans sa vie. Ses enfants ont quitté la maison, sa conjointe habite en Outaouais, et il se retrouve souvent seul avec ses pensées. Ce thème devient un fil conducteur intéressant, qui lui permet d’aborder le quotidien avec plus de recul, sans jamais sombrer dans le mélodrame.



Ce qui frappe surtout, c’est son plaisir évident d’être sur scène. Groulx improvise, interagit avec la salle, rit de ses propres dérapages et donne l’impression constante de vivre le moment avec le public plutôt que devant lui. Cette proximité est l’une des grandes forces du spectacle.
Pour le plus grand plaisir des fans — et de son père, qui lui demandait depuis longtemps de le ramener — il ressort également son célèbre brigadier, personnage absent de la scène depuis plusieurs années. L’effet est immédiat : la nostalgie fonctionne à plein régime et le public réagit avec enthousiasme, même si le numéro repose surtout sur la reconnaissance du personnage.
Comme plusieurs humoristes, Groulx glisse aussi quelques réflexions plus sérieuses, notamment sur le Botox et la pression de rester jeune. Il raconte avoir refusé des injections dès la mi-quarantaine, tout en s’interrogeant avec humour sur la banalisation de ces pratiques chez les plus jeunes.
Au final, Trop longtemps seul n’est pas un spectacle qui cherche à réinventer l’humour. C’est plutôt un retour assumé à un style direct, humain et sans prétention. Un spectacle parfois inégal dans ses segments, mais porté par une énergie sincère et une forte connexion avec le public. Et c’est précisément ce qui fait sa force.

Serge Larivière | Journaliste
Passionné de musique, Serge ne jure que par les succès d’ici et d’ailleurs des années 80, 90 et début 2000. Avec les années, il s’est toutefois découvert une nouvelle passion pour tout ce qui touche l’humour québécois. On comprend, il adore rire et faire rire les gens.

