Le 14 juin, pour clore sa saison à la Maison symphonique, l’Orchestre Métropolitain présentait Chants d’espoir, un programme ambitieux dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Aux côtés de la pianiste Hélène Grimaud et du Chœur Métropolitain, le chef montréalais proposait un parcours musical inspiré par l’espoir, la solidarité et la résilience humaine. Un thème qui traversait chacune des œuvres au programme, de Florence Price à Leonard Bernstein.
Une ouverture lumineuse
Dès les premières mesures de Song of Hope de Florence Price, l’orchestre installe un climat de sérénité et d’élévation, rendant un bel hommage à cette compositrice afro-américaine et première femme noire à composer des symphonies. Sous la baguette précise et expressive de Yannick Nézet-Séguin, les cordes déploient une sonorité chaleureuse qui met en valeur toute la noblesse de cette courte page orchestrale. L’œuvre agit comme une invitation à lever les yeux vers un avenir meilleur, exactement comme le suggérait le fil conducteur du concert.
Hélène Grimaud électrise Gershwin
L’un des sommets de l’après-midi survient avec le Concerto en fa de George Gershwin. Dès son entrée, Hélène Grimaud impose une présence magnétique. Son jeu allie rigueur classique et liberté rythmique, une combinaison idéale pour cette œuvre située à la frontière du jazz et du symphonique.
La pianiste ne cherche jamais l’effet gratuit. Au contraire, elle privilégie la clarté du discours musical, laissant émerger avec naturel les influences jazzées et les élans lyriques de la partition. Dans les mouvements rapides, sa virtuosité impressionne sans jamais éclipser l’orchestre. La complicité avec Yannick Nézet-Séguin est manifeste : les échanges entre le piano et les différents pupitres se déploient avec fluidité et spontanéité.
L’orchestre brille particulièrement dans les passages les plus rythmiques, où la précision de l’ensemble permet à l’œuvre de conserver toute son énergie sans sombrer dans l’excès. Le public, vivement impressionné par la virtuosité de la soliste et sa maîtrise absolue de la rythmique ardue de cette œuvre de Gershwin, lui réserve d’ailleurs une ovation particulièrement chaleureuse à l’issue du concerto.



Une fresque puissante et engagée
L’émotion se poursuit en deuxième partie avec The Montgomery Variations de Margaret Bonds. Pianiste, compositrice, arrangeuse et cheffe, elle fait aussi partie de ces grandes méconnues de la musique noire américaine. Inspirée du mouvement des droits civiques et dédiée à Martin Luther King Jr., cette œuvre rarement présentée en concert trouve sous la direction de Yannick Nézet-Séguin des interprètes profondément investis.
L’orchestre en dévoile toute la richesse expressive, passant avec aisance des passages méditatifs aux élans plus affirmés. Les cuivres impressionnent par leur ampleur maîtrisée, tandis que les bois apportent finesse et relief à cette fresque musicale porteuse d’espoir et de résilience. Véritable découverte pour plusieurs spectateurs, la partition de Bonds s’impose comme l’un des moments marquants de la soirée.
Un final grandiose et profondément humain
La suite du concert était consacrée aux Chichester Psalms de Leonard Bernstein, une œuvre qui oscille constamment entre tensions et apaisement. Comme à chacune de ses interventions durant le concert, le Chœur Métropolitain, composé de 90 choristes, ajoute une dimension spirituelle saisissante.
Préparés avec soin, les choristes offrent une prestation solide et nuancée. Les passages les plus délicats sont interprétés avec une remarquable cohésion, tandis que les grandes envolées chorales remplissent la Maison symphonique d’une énergie presque transcendante.
Bernstein apparaît dans toute sa complexité : compositeur de contrastes, capable de faire coexister violence, tendresse, inquiétude et réconfort au sein d’une même œuvre. Le chef veille constamment à maintenir l’équilibre entre l’orchestre et les voix, permettant à chaque moment de trouver sa juste place.
Lorsque les dernières notes s’éteignent, un silence éloquent précède les applaudissements nourris du public. Ce moment suspendu résume à lui seul la réussite du concert : offrir non seulement une démonstration de virtuosité musicale, mais aussi une véritable expérience émotionnelle.
Avec Chants d’espoir, l’Orchestre Métropolitain a livré un concert à la fois cohérent, inspiré et profondément actuel. La qualité des interprètes, la direction sensible de Yannick Nézet-Séguin et l’intelligence du programme ont permis de transformer cette dernière grande rencontre de la saison en un vibrant plaidoyer pour l’humanité et le vivre-ensemble.



Détails
• Interprétation : Orchestre Métropolitain
• Chef d’orchestre : Yannick Nézet-Séguin
• Pianiste : Hélène Grimaud
• Chœur Métropolitain : préparé par Julie Dufresne et Pierre Tourville
• Production et diffusion : Orchestre Métropolitain (OM)
• Sources : Orchestre Métropolitain et Place des Arts

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

