Après avoir réalisé son premier long métrage de fiction en 2018 (Une colonie) et deux longs métrages documentaires, la réalisatrice et scénariste québécoise Geneviève Dulude-De Celles présente, sept ans plus tard, son deuxième long métrage de fiction, une coproduction Canada, Bulgarie, Italie et Belgique. Nina Roza, lauréat de l’Ours d’argent du meilleur scénario à la Berlinale 2026, a été présenté en ouverture de la 44e édition des Rendez-Vous Québec Cinéma le 22 avril dernier au Théâtre Outremont. Avec ce deuxième long métrage de fiction, Dulude-De Celles propose une œuvre poétique et sensible où s’entrecroisent les thématiques de l’immigration, de la famille et du deuil.
Nina Roza met en scène le personnage de Milhail (Galin Stoev), un acheteur d’art contemporain de Montréal, qui retourne dans son pays d’origine pour authentifier le travail d’une jeune artiste peintre prodige révélée grâce à une vidéo sur Internet. Milhail se rend en Bulgarie, qu’il a quittée 28 ans plus tôt avec sa fille Roza (Michelle Tzontchev), pour rencontrer la jeune Nina (Sofia Stanina), âgée de 8 ans. Ce voyage sera une occasion pour lui de se reconnecter avec ses racines et sa culture et d’affronter les fantômes du passé.
L’œuvre de Dulude-De Celles réside, entre autres, dans le désir de montrer l’impact de l’immigration sur les individus. La cinéaste parvient à exposer cette thématique à travers la mise en scène et des procédés techniques précis. Elle prend soin de présenter plusieurs éléments relatifs à la culture bulgare dans sa mise en scène. Plus le film avance, plus le personnage replonge lentement dans sa culture. Tout d’abord, avec la langue, ensuite, la campagne bulgare et la musique. Vers le milieu du film se trouve une scène d’une grande beauté où Milhail est invité à assister à une fête. Il danse et chante avec la famille de Nina et, pendant un court instant, se reconnecte à petit feu avec ses racines. La mise en scène, douce et lumineuse, de la culture bulgare met en évidence, de façon subtile, la difficulté du retour au pays pour le personnage. Aussi, grâce à des procédés techniques spécifiques, la cinéaste parvient à aller chercher au plus près ce sentiment authentique. Pour ce faire, Dulude-De Celles se démarque par son utilisation de plans rapprochés souvent accompagnés d’un ralenti ou d’un flou de l’image. Ce sentiment, qui est soutenu tout le film, est aussi possible grâce à la performance solide de l’acteur Galin Stoev. Ces différents procédés techniques, enrichis par une bande originale orchestrale, jalonnent le film et permettent de plonger doucement dans le cheminement du personnage.






En plus de la mise en scène et de l’usage de procédés techniques justifiés, Dulude-De Celles s’appuie aussi sur un élément provenant de son scénario pour transmettre le message du film : le personnage de Nina. Cette jeune fille devient un élément clé dans le cheminement de Milhail. Nina, âgée de 8 ans, est une enfant très mature pour son âge. Elle pose des questions réfléchies au protagoniste au sujet de sa famille, de ses origines et des raisons de son départ du pays. C’est grâce à Nina que Milhail parvient à surmonter lentement les obstacles qui l’empêchent de renouer avec ses racines. À travers ses interrogations, Nina parvient à exposer, avec douceur, les thématiques de l’immigration, mais aussi celles du deuil et de la famille. Les questions de Nina, qui portent beaucoup sur le passé du personnage, lui permettent de briser la carapace du protagoniste au sujet de sa famille. C’est grâce à elle que le deuil du personnage est abordé ainsi que l’existence de sa fille, Roza. La jeune Nina conduit aussi le personnage à s’interroger sur sa relation difficile avec sa propre fille, qu’il semble constamment voir en elle. Le personnage mature et rempli de douceur de Nina est un pilier dans cette nouvelle œuvre de Dulude-De Celles. On ne peut que saluer cette création de personnage qui ressort de ce scénario acclamé par la Berlinale.






Le nouveau film de Geneviève Dulude-De Celles, Nina Roza, met en vedette Galin Stoev, Ekatarina Stanina, Sofia Stanina, Christian Bégin et Michelle Tzontchev. Le film est à l’affiche dès maintenant au cinéma.

Myralie Roy | Journaliste
C’est durant sa formation en cinéma à l’Université de Montréal que Myralie découvre ce qu’elle aime le plus faire en photographie : la photo de spectacle. Elle combine sa passion pour le théâtre, la musique et la photo en capturant, à travers sa lentille, les émotions des artistes. Ses films préférés sont Dead Poets Society et Prière pour une mitaine perdue.

