Le 23 avril, Junes proposait une expérience unique : une plongée intime, en avant-première, dans l’univers de son nouveau mini-album concept, où se croisent vulnérabilité, libération et renaissance après une rupture. Intitulé Je ne t’aime plus, le projet sera disponible dès le 1er mai 2026. À cette occasion, l’autrice-compositrice-interprète s’est confiée sur la conception de ce projet ambitieux, à la fois musical et narratif, ainsi que sur les choix artistiques qui ont façonné cet univers en huit chansons.
Comment décrirais-tu Je ne t’aime plus, à la fois dans son format de mini-album et dans son approche très conceptuelle, autant sur le plan de l’écriture que de la musique ?
Je le décris comme un mini-album de huit chansons, parce que c’est un peu entre un EP et un album au niveau de la longueur. Il y a des interludes aussi. Du coup, c’est un peu plus comme un concept d’album qu’un simple EP. Souvent, les EP, c’est juste plein de singles. Là, c’est un mini-album avec une thématique d’écriture sur le break-up, et une thématique musicale aussi. Parce que ça s’enchaîne vraiment du début à la fin, avec des interludes, et il y a un leitmotiv aussi, une petite mélodie qui revient tout au long de l’album pour créer un univers, et pour que les gens puissent s’y attacher. Ça donne une stylistique à l’album, et ça se relie aussi aux émotions. Quand tu vas l’écouter, tu vas peut-être remarquer qu’il y a une petite mélodie qui revient du début à la fin.
Pourquoi avoir choisi Je ne t’aime plus comme titre de ton mini-album, alors que c’était déjà une chanson sortie auparavant?
Je trouvais que c’était vraiment la phrase qui représentait le plus l’album. C’est vraiment un album de rupture. Au début, je voulais l’appeler Speed Dating, mais je n’étais pas certaine. Finalement, ça a été plus sur la rupture que sur le dating. Je ne t’aime plus, c’est clair. C’est clair, net et précis. Vu que c’est aussi la première chanson qu’on avait sortie, je trouvais ça le fun de boucler un peu la boucle.
Tu viens de sortir une chanson avec Brö. Comment est née Perdu d’avance et comment s’est faite votre collaboration ?
À la base, je l’ai écrite sans Brö. Il y avait un deuxième couplet qui manquait. Avec Arthur Bourdon-Durocher, on était comme : « Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on rajoute un deuxième couplet ? » On s’est dit que ça pourrait être bien un featuring. Mais moi, dans le fond, Brö, c’est une artiste que j’aime vraiment beaucoup depuis super longtemps. Puis elle, dans le fond, elle a commencé, il y a cinq ans, à travailler un peu au Québec aussi avec certains réalisateurs québécois. Je lui avais déjà écrit que j’aimais beaucoup ce qu’elle faisait. Ça fait qu’à chaque fois qu’elle venait, on allait prendre un café. Puis à un moment donné, je lui ai demandé : « Est-ce que t’aimerais ça faire un feat ? » Puis elle était super partante. Je lui ai fait écouter la chanson, puis elle a beaucoup aimé. Elle a écrit quelque chose, puis en novembre, elle est venue chez Arthur, puis on l’a enregistrée ensemble.
Parle-moi des paroles de cette chanson. Comment est venu ce texte ?
Il y a beaucoup de chansons sur le EP qui sont comme ça. Dans le fond, j’ai écrit un premier jet, puis après ça, quand je suis rentrée en studio avec Arthur, on a vraiment changé tout ce qui est instrumental. Comme c’était plus rapide que l’original, les couplets ne fonctionnaient plus vraiment. Donc, j’ai réécrit tous les couplets. Il y a donc une version originale de Perdu d’avance qui n’est pas du tout pareille à celle d’aujourd’hui, avec d’autres paroles et d’autres mélodies. J’ai tout réécrit par la suite.
Comme c’est un album de rupture, avec Arthur, on a voulu relever le défi de ne pas toujours dire la même chose. On ne voulait pas que toutes les chansons soient juste des variations de « on s’est laissé, je suis triste ». À chaque réécriture, on essayait plutôt de prendre un nouvel angle, de se raconter une histoire différente.
Dans Je ne t’aime plus, on est allé vers l’idée du secret de polichinelle : cette sensation où tout le monde sait que la relation ne fonctionne pas vraiment, mais où personne ne le dit. C’est un peu le début de la fin. C’est pour ça que Perdu d’avance ouvre l’album. C’est comme si on était encore dans la relation, mais avec cette impression très claire que c’est perdu d’avance, sans se l’avouer complètement.
Présente-moi la focus track de l’album.
Vendredi 1er mai, on va sortir Attends-moi pas, qui est la focus track de l’album. C’est vraiment une toune un peu plus dark. En tout cas, les gens l’aiment beaucoup. C’est un peu plus dans les inspirations de Billie Eilish au niveau de la musique. Je l’ai faite au Foyer, qui est un camp d’écriture au BEAM, à environ deux ou trois heures à l’extérieur de Montréal. Il y a un an et demi, j’ai écrit avec Phil Besner et JeanCoeur, qui sont les deux propriétaires du camp. Puis ça fait un an et demi que cette toune-là est faite. On attendait juste de pouvoir la placer dans l’album.
Qu’est-ce que Attends-moi pas a de particulier pour mériter le titre de focus track de ce mini-album ?
C’est très powerful. Il y a vraiment un message aussi féministe, et un message de girl boss. C’est très genre : « je ne vais pas rentrer ce soir à 5h30 ». Dans le fond, c’est ça le refrain : Attends-moi pas, je vais rentrer tard. On trouvait que c’était autant empowering, mais c’est un peu drôle aussi. Il y a beaucoup de jeux de mots. Je pense qu’elle se démarque bien.
Puis souvent, quand je fais écouter les chansons, les gens vont vraiment accrocher sur celle-là. Pour moi, le message est vraiment important, je trouvais ça le fun que ce soit celle qui porte l’album.


Est-ce qu’il y a un morceau du mini-album dont tu es particulièrement fière ?
La dernière. C’est vraiment un album qui s’écoute du début à la fin, comme je te le disais tantôt, ça fait que c’est vraiment comme un voyage. Les premières, ce sont les singles que les gens connaissent déjà. À partir de la dernière moitié, c’est vraiment ce bout-là qui me rend le plus fière. À partir de Attends-moi pas, qui est la focus track, jusqu’à la fin, il y a quatre chansons qui s’emboîtent les unes dans les autres. Ça fait comme un dix minutes, une longue chanson au final. Puis la toute dernière, qui dure environ deux minutes, c’est un peu un interlude, mais c’est aussi une chanson, elle s’appelle Belle ?. Je m’étais donné le défi de la faire moi-même, toute seule : j’ai fait les beats chez moi, je l’ai écrite toute seule.
C’était une chanson avec une thématique assez intime, liée à ce que j’ai vécu. Souvent, quand t’écris avec quelqu’un, tu partages beaucoup, tu parles beaucoup. Là, j’avais envie de le faire chez moi, toute seule. Ça m’a vraiment fait du bien, et je suis vraiment fière du résultat. Arthur a peaufiné quelques trucs pour que ça s’inscrive dans la sonorité de l’album, il a ajouté quelques sons, mais la majorité vient de moi. Au début, mes premières chansons, je les avais faites complètement seule pendant la pandémie. Mais depuis que je connais Arthur, on fait tout ensemble. C’est super le fun, mais ça m’a fait du bien de me retrouver un peu dans la création, et ça m’a surprise de voir que j’étais encore capable de le faire.
Qu’est-ce que tu as voulu faire lors de ton lancement ?
Comme le mini-album est très conceptuel, je voulais un lancement qui l’était aussi. Puis avec Arthur, on est vraiment des trippeux d’électro. C’est vraiment un album de studio avec des synths, puis des ordis. J’étais comme : ça pourrait être le fun que ça soit dans un studio. Ça faisait un bout qu’on cherchait un endroit un peu insolite, qui n’était pas une salle de spectacle, et où on pouvait être plus dans un petit regroupement de personnes, vu que c’est un mini-album qui véhicule des émotions. Je voulais un peu le mélange de l’électro et des émotions. J’étais comme : un studio, c’est exactement ça. C’est là où tu rentres avec tes émotions, puis tu fais de l’électro ou n’importe quelle autre sorte de musique. Puis j’ai pensé au Studio Makina parce que j’étais venue ici dans une résidence d’écriture, puis j’avais vraiment aimé le vibe et que les gens sont vraiment gentils.
Quand tu présentes de nouvelles chansons en spectacle, comment perçois-tu l’écoute et la réaction du public comparativement à des chansons qu’il connaît déjà ?
Je trouve que c’est une qualité d’écoute différente parce que souvent, quand les gens connaissent déjà la chanson, j’ai l’impression qu’ils ne l’écoutent même pas tant que ça. Quand tu la fais, ils sont juste comme en mode : « Ah, je la connais. » Puis là, ils vont chanter les paroles. Souvent, ils vont se regarder entre eux et faire : « Ah oui, celle-là, on l’aime. » Alors que, quand on fait une nouvelle chanson, j’ai l’impression que les gens sont plus attentifs, plus comme : « Ah, qu’est-ce qui va se passer? » Ils sont plus dans la découverte. C’est vraiment différent. Puis c’est le fun d’avoir les deux dans un spectacle, parce que, dans la dynamique de l’écoute, ça fait vraiment varier les choses.


Est-ce que tu reçois des commentaires sur tes nouvelles chansons qui influencent ton choix de les garder ou non?
Je pense que ça ne m’est jamais arrivé de faire une chanson en spectacle et de ne plus la garder après. Mais je pense que si je me rendais compte que ça ne marchait pas ou que ça ne plaisait pas, ça ne me dérangerait pas de l’enlever. Dans le sens où j’essaie justement de ne pas trop être attachée à l’égo. Après ça, si j’aime full la toune et que c’est une de mes préférées, même si le monde ne l’aime pas, je vais être comme : « moi, je l’aime », et je vais la sortir pareil. Mais si je ne suis déjà pas certaine et que je la teste, puis que je vois qu’il y a des trucs qui ne fonctionnent pas…
Il y en a une dans l’album qui s’appelle Dis-moi quoi faire qui a vraiment évolué au travers de la dernière année. Parce qu’avec Arthur, on l’aimait beaucoup, mais il y avait quelque chose qui ne marchait pas et on ne savait pas quoi. À chaque spectacle, on était comme : ah, c’est peut-être ça. Au final, on a fini par « crack the code ». C’est la dernière de l’album qu’on a terminée, puis c’était la première qu’on avait commencée. Ça nous a pris un an et demi de « crack the code », mais on a fini par comprendre le problème. Je pense quand même que si je les ai écrites à la base, c’est parce que ça valait quelque chose. C’était comme : je voulais dire quelque chose, mais je veux beaucoup les retravailler. C’est du recyclage.
Comment tu vas te sentir à l’automne après la tournée des festivals, quand toutes les chansons que tu travailles depuis deux ans seront sorties ? Est-ce que tu te sens prête à commencer un nouveau chapitre ou à prendre une pause ?
C’est une bonne question. Je pense que c’est vraiment des vagues et des cycles, le métier d’auteur-compositeur-interprète. Je pense que ça fait toujours peur de rentrer dans un nouveau cycle. Mais en ce moment, avec tout ce que j’ai fait dans la dernière année, je suis comme : « ah, je vais avoir besoin d’une pause ». Mais je sais que rendu là, je vais être comme : « il ne se passe plus rien! » Ça va être de la panique, ça, c’est sûr.
Je pense que je vais quand même avoir un gros été. C’est sûr qu’on travaille déjà sur des nouvelles chansons. Je pense que ça va être : on va recommencer à écrire, mais ça va être plus chill, plus relax que le beat de sortir de quoi. Ça va faire du bien, je pense.
J’aimerais ça faire d’autres featuring, j’ai vraiment aimé mon expérience. Vu que c’est un projet électro, je me dis que ça pourrait être cool de faire des remixes avec des DJs ou des producers que j’aime bien. Puis j’aimerais ça aussi avec des femmes, parce qu’il y en a de plus en plus de productrices qui se développent. Il y en a de plus en plus.


Junes et Claudel (sa gérante)
Pourquoi est-ce que le public devrait se plonger dans Je ne t’aime plus ?
[Réponse de Claudel] C’est sûr, c’est excellent. Je ne suis pas devenue sa gérante pour aucune raison. Je crois en son projet, je crois en sa musique et en sa personne aussi. Je pense qu’il y a quelque chose de vraiment spécial quand quelqu’un porte ses sentiments dans un projet artistique. Moi, je ne suis pas capable de faire ça. Je suis trop intériorisée par rapport à mes émotions. Je trouve ça honorable de prendre le temps de vivre ses émotions et de les mettre dans de la musique.
Je pense que justement, un peu la phrase clé de cet album-là, c’est que c’est pour vivre son break-up, mais sur le dance floor. C’est un album dansant, fait pour se réunir avec tes girls, danser, avoir du fun, puis get over ton break-up de cette façon-là. Ce n’est pas de la musique triste. Je pense que c’est relatable, c’est fun, c’est empowering as a woman. Je pense que toutes les femmes et les hommes aussi peuvent se reconnaître dans le fait d’avoir le cœur brisé. C’est vraiment l’émotion la plus commune de tout le monde.


[Réponse de Junes] Je pense que la deuxième moitié qui s’enchaîne sans arrêt, puis qui se lie, puis qui est vraiment comme un tout, c’est le fort du mini-album. On a vraiment travaillé fort avec Arthur, puis on a vraiment réfléchi musicalement, puis je pense que ça se ressent. Pour les gens qui aiment la musique, ça se ressent. Même pour les gens qui n’ont pas nécessairement une connaissance super large en musique, je pense que tu peux quand même sentir qu’il y a de la réflexion, de la profondeur et de la nuance, tout en restant full fun et full, genre, relatable.
Mais c’est un peu comme notre côté nerd qu’on s’est laissé exprimer, puis qu’on a pu explorer là-dedans. Ce sont des tounes qui restent dans la tête, mais qui véhiculent aussi des messages. Fait que c’est comme un bon mélange entre la pop — parce que c’est de la pop — mais qui a un message, de la profondeur, et qui reste fun à écouter.
Souvent, les gens à qui j’ai fait écouter disent que quand ils ont terminé, ils veulent recommencer tout de suite, parce que c’est vraiment comme une boucle. C’est sûr que moi, je suis la bonne cheerleader de mon album, parce que si je l’écris, c’est parce que je l’aime. Je pense que c’est bon.
Photos de l’événement
Max-Élie Laroche (son batteur)


Invités & Photos d’ambiance
On note la présence de Roselle, Guillaume Mansour et Rose Adam.









Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
