Après avoir réalisé le film Crépuscule pour un tueur en 2023, le réalisateur et scénariste Raymond St-Jean propose, trois ans après la sortie de son dernier film, une nouvelle œuvre dans laquelle il explore le genre de l’horreur. Nervures, qu’il co-scénarise avec son collaborateur de longue date, Martin Girard, explore le cinéma de genre en proposant une prémisse créative qui s’écarte des figures traditionnelles propres au cinéma d’horreur, comme le monstre ou le fantôme. Dans cette nouvelle œuvre, St-Jean explore plutôt l’horreur corporelle à travers les thématiques de la nature et du vieillissement.
Nervures met en scène le personnage d’Isabelle (Romane Denis) qui revient dans son village natal de Saint-Étienne pour rendre visite à ses parents. À son arrivée au village, Isabelle apprend le décès soudain de son père et découvre le comportement étrange de sa mère. Celle-ci tente de découvrir le mystère qui se cache derrière ces événements et le nouveau voisin, le docteur Hubert Toupin (Sylvain Marcel).



Bien que le film de St-Jean ne réinvente pas certains codes classiques du cinéma d’horreur, tels que le village isolé ou le mystère familial, il est quand même possible de relever certains éléments qui enrichissent l’œuvre. L’un des principaux intérêts de Nervures réside dans l’ambiance sonore et musicale qui est créée tout au long du film. La musique et les sons sont en symbiose parfaite et représentent très bien l’univers anxiogène et organique du film. En effet, avec les expériences du docteur Toupin sur la décomposition des corps, celui-ci entretient un rapport étroit avec la nature. Le but de ses expériences est de transformer les corps affaiblis ou vieillis afin de leur offrir une nouvelle vie dans la nature, plus précisément, dans la forêt qui entoure le village. La conception sonore de Benoît Dame repose donc sur la représentation de cet aspect au moyen de différents sons d’insectes, de craquement de branches, de vent, etc. À cette ambiance sonore s’ajoute la musique sombre et inquiétante du compositeur Sei (Serge) Nakauchi-Pelletier. En parfaite harmonie, ces deux éléments renforcent l’ambiance étrange et inquiétante associée aux expériences du docteur.
Les expériences troublantes avec les corps humains permettent de souligner une deuxième réussite du film: la conception des maquillages et des effets spéciaux. En effet, plus le film avance, plus le spectateur est face aux transformations horrifiques des victimes de Toupin. Ces transformations se caractérisent par l’apparition de plusieurs éléments relatifs à la nature sur les corps, comme de la mousse verte, des branches d’arbre, des fleurs et des fluides. Le travail de maquillage et d’effets spéciaux, réaliste et perturbant, contribue à renforcer le code de l’horreur corporelle tout en s’inscrivant dans les thématiques du film. La construction du récit constitue également l’un des principaux intérêts de Nervures. Celui-ci n’est pas présenté de façon linéaire, mais plutôt en alternance entre des scènes du présent et des scènes d’événements passés. De ce fait, le spectateur entre dans le film à un moment où plusieurs événements étranges se sont déjà déroulés. Cette façon de construire le récit répond également très bien au genre du film.



À ces différents éléments qui participent à la réussite de Nervures, s’ajoute une distribution solide portée notamment par Romane Denis, Sylvain Marcel, Marie-Thérèse Fortin et Richard Fréchette.
Le film Nervures a pris l’affiche le 12 juin.

Myralie Roy | Journaliste
C’est durant sa formation en cinéma à l’Université de Montréal que Myralie découvre ce qu’elle aime le plus faire en photographie : la photo de spectacle. Elle combine sa passion pour le théâtre, la musique et la photo en capturant, à travers sa lentille, les émotions des artistes. Ses films préférés sont Dead Poets Society et Prière pour une mitaine perdue.

