Présente pour deux soirs à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal, Natalia Lafourcade a offert hier soir, le 26 juin, un spectacle tout en grâce, en émotion et en raffinement. Tandis qu’elle remontera sur scène ce soir pour une seconde représentation très attendue, retour sur une prestation marquante livrée devant un public conquis.
Figure majeure de la scène musicale latino-américaine, la Mexicaine Natalia Lafourcade Silva a livré une performance hors du commun lors de son deuxième passage au Festival International de Jazz de Montréal. Seule en scène, sur un praticable drapé de rouge vif, elle apparaît souriante, vêtue d’une robe classique noire à volants, traînant une petite valise noire qu’elle pose à ses pieds. Elle s’assied sur une chaise droite, allume une petite lampe d’ambiance, puis sa guitare complice et ses doigts commencent à produire un son qui captivera notre attention tout au long de ce récital. Sa petite valise devient un appui pour ses pieds bottés de cuir, qui marqueront parfois la cadence des boléros les plus enflammés.
Sa voix, profonde, agile et parfaitement maîtrisée, oscille entre force et douceur, capable de nous émouvoir même si ma connaissance de l’espagnol est sommaire. Il faut dire que la salle est carrément fan de Natalia. Le drapeau mexicain flotte bien en vue, et la communauté hispanophone du Québec s’y est donné rendez-vous : on se sent réellement en famille. Le public s’exclame, lance des cris d’amour, réclame des chansons de son répertoire et chante à l’unisson avec cette diva de 41 ans, forte de 23 ans de carrière. Natalia affirme que c’est notre spectacle, et non le sien.



On la sent généreuse et habitée par son métier de musicienne et de chanteuse populaire, inspirée par la tradition et les racines du folklore mexicain. Elle sait transmettre des messages d’espoir, de respect et de solidarité.
Lorsqu’elle demande s’il y a des amoureux sur le point de se marier dans la salle, une fille et un garçon se lèvent au parterre, et nous devenons témoins d’une demande officielle : le mec à genoux, la fille qui pleure et qui dit « OUI, te quiero » ! Un moment de pure grâce. Natalia, ravie, célèbre l’amour avec la même spontanéité et magie que sa musique.
Le répertoire de cette chansonnière — cancionera, comme le titre de son dernier album — est tout simplement touchant d’élégance et de sincérité. Après avoir interprété une vingtaine de chansons avec sa magnifique voix et son jeu de guitare impeccable, le Festival International de Jazz de Montréal lui remet la statuette du prix Antônio-Carlos-Jobim, en hommage à sa musique qui marie tradition et sonorités actuelles. Surprise et honorée d’être placée aux côtés des grands qu’elle admire, comme Bebel Gilberto et Marisa Monte, elle reçoit des gerbes de fleurs sous les applaudissements du public en liesse. Un excellent souvenir pour celle qui mérite pleinement cette reconnaissance — et un plaisir de suivre son parcours à venir.



Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Productionsnovak
