Présenté par Broadway Across Canada à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts du 9 au 14 juin, Moulin Rouge! The Musical a donné le coup d’envoi de sa série de représentations montréalaises lors de sa première médiatique du 9 juin. Pour moi, cette soirée avait une saveur toute particulière. Depuis la sortie du film réalisé par Baz Luhrmann en 2001, j’espérais qu’un jour cet univers exubérant, romantique et musical soit transposé sur scène. Pendant des années, cette idée est demeurée un rêve de spectatrice. Lorsque la comédie musicale a finalement vu le jour, d’abord à Boston puis à Broadway en 2019, j’ai eu le sentiment qu’une attente de près de 20 ans trouvait enfin sa récompense.
Ayant déjà vu la production à Broadway, j’abordais cette représentation montréalaise avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi avec une certaine curiosité. Comment une tournée pouvait-elle recréer la magie d’un spectacle conçu à l’origine pour un théâtre entièrement transformé aux couleurs du Moulin Rouge ? La réponse est simple : avec talent, ingéniosité et un profond respect pour l’œuvre.
Un univers spectaculaire qui voyage remarquablement bien
Il est évident que la production présentée à Broadway bénéficie d’un environnement conçu spécifiquement pour elle. L’expérience y est grandiose dès l’entrée dans la salle. Pourtant, la version en tournée parvient admirablement à préserver l’essentiel de cette magie.
Les décors ont été adaptés afin de pouvoir voyager d’une ville à l’autre, mais sans perdre leur pouvoir d’évocation. Dès les premiers instants, le public est plongé dans un univers flamboyant où les jeux de lumière, les costumes somptueux et les éléments de décor contribuent à créer une ambiance immersive. On sent que chaque détail a été pensé pour transporter les spectateurs dans le Paris fantasmé du Moulin Rouge.
Loin de donner l’impression d’une version réduite, cette adaptation conserve toute sa capacité à émerveiller.



Une distribution impressionnante
Ce qui frappe tout au long de la représentation, c’est l’extraordinaire niveau de talent réuni sur scène. Les artistes doivent constamment chanter, danser et jouer la comédie, souvent simultanément, tout en maintenant une énergie impressionnante du début à la fin.
La qualité de cette production repose également sur une distribution remarquablement solide. Gabriela Carrillo livre une Satine éblouissante, à la fois fragile, passionnée et dotée d’une voix exceptionnelle qui domine plusieurs des moments les plus marquants de la soirée. Face à elle, Luke Monday incarne un Christian sincère et attachant, tandis que Robert Petkoff apporte toute la prestance nécessaire au rôle de Harold Zidler. Byron St. Cyr campe un Toulouse-Lautrec particulièrement convaincant, Aaron Finley prête au Duc de Monroth toute l’intensité requise et Danny Burgos apporte beaucoup d’énergie au personnage de Santiago. Quant à Katlin Mesh, elle compose une Nini nuancée et captivante. Ensemble, ils forment une troupe dont la cohésion et le talent contribuent grandement à la réussite du spectacle.
Deux heures quinze qui passent en un clin d’œil
L’une des meilleures façons de mesurer la réussite d’un spectacle demeure souvent la perception du temps. Or, pendant les quelque deux heures quinze de représentation, je ne me suis jamais ennuyée.
Pas une seule fois je n’ai regardé ma montre. Pas une seule fois je n’ai senti l’énergie retomber. Au contraire, chaque tableau semblait relancer l’intérêt du public et maintenir un rythme soutenu jusqu’au rideau final.
Cette capacité à captiver l’attention pendant toute la soirée constitue sans doute l’une des plus grandes qualités de cette production.



Une adaptation qui surpasse même le film
Je ferai ici un aveu qui surprendra peut-être certains admirateurs du long métrage original : j’ai préféré la comédie musicale au film.
C’était déjà mon sentiment après avoir découvert la production à Broadway, et cette impression s’est confirmée à Montréal. Bien sûr, le film demeure une œuvre marquante qui a révolutionné le genre musical au cinéma au début des années 2000. Toutefois, la scène apporte quelque chose d’unique. La proximité avec les interprètes, l’énergie du spectacle vivant et la puissance émotionnelle des performances créent une expérience encore plus immersive.
Là où le film impressionne par sa démesure visuelle, la comédie musicale ajoute une dimension humaine qui rend l’histoire encore plus touchante.
Une soirée dont on ressort le sourire aux lèvres
Certaines productions cherchent à faire réfléchir, d’autres à bouleverser. Moulin Rouge! The Musical choisit avant tout d’émerveiller, et le fait avec un remarquable savoir-faire.
En quittant la salle, je gardais le souvenir d’une soirée lumineuse, portée par des artistes de grand talent, une musique entraînante et une mise en scène généreuse. C’est le genre de spectacle qui rappelle pourquoi le théâtre musical continue de séduire des millions de spectateurs à travers le monde.
Plus de 20 ans après être tombée sous le charme du film, je peux enfin dire que l’attente en valait la peine. Et même davantage : cette adaptation scénique a réussi à surpasser mes attentes.

Annie Roy | Journaliste
Diplômée de l’École de théâtre et détentrice d’une Maîtrise en Communication, Annie est passionnée des arts depuis sa tendre enfance. Elle est une femme déterminée et très polyvalente qui allie l’animation radio, le mannequinat, le jeu, le journalisme culturel, le chant, la gestion d’artiste et l’enseignement au primaire depuis plus de 15 ans. Grande voyageuse et très « foodie », elle aime découvrir de nouveaux endroits.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Matthew Murphy and Evan Zimmerman for MurphyMade
