Née de parents colombiens et ayant grandi au Québec, l’artiste MILANDREA fait de la musique qui mélange les langues et les genres. Son premier EP, intitulé WYSHBONE, est à la fois estival et rêveur – une bonne introduction à son approche musicale. Au Pantoum, à Québec, le 5 octobre, elle nous a présenté une vision en évolution.
Entre quelques chansons, elle a lu des extraits de son journal, exprimant ses pensées et créant un lien entre la musique et la médecine. Elle nous a expliqué que le fait de se connecter à la musique, peu importe le genre, peut être aussi thérapeutique que de dormir et de bien manger. Ensuite, elle a présenté une nouvelle chanson très dansante, intitulée No te me vayas. Quant aux chansons de l’EP, l’ambiance s’est intensifiée. Pendant Yorona, la voix de MILANDREA était forte d’émotion et, à la fin, ses musiciens se sont lancés dans une instrumentation rock.
On a parlé avec l’auteure-compositrice-interprète avant son spectacle au Pantoum pour en savoir plus sur ses projets actuels et sur la façon dont son approche a changé depuis un an.
La dernière fois que BP Arts Media t’a parlé, c’était un peu avant la Fête de la musique de Québec 2024. Qu’est-ce qui a changé du côté créatif depuis cet été-là? Est-ce que le fait d’avoir fait plus de spectacles a influencé ton approche?
Aïe aïe aïe, on dirait que ça fait tellement longtemps! Dans la dernière année, j’ai changé comme personne. Évidemment, ce changement a eu une influence sur ma création. La chose principale, c’est que j’ai repris des études en médecine. Présentement, je suis en psychiatrie. Dans ma musique, j’essaie de plus en plus de toucher à des thèmes sentimentaux et à des enjeux sociaux. Avant, j’étais plus dans le côté festif, surtout au niveau du son. Maintenant, dans ma réalité, je travaille avec beaucoup de souffrance au quotidien, et on dirait que ça m’inspire à donner une voix à ces gens-là.
Ahh, c’est fascinant! Est-ce que ce sera difficile d’avoir un équilibre entre les études et la musique?
Honnêtement, je suis chanceuse. C’est pour ça que j’ai déménagé à Montréal. Les directeurs de mon programme sont vraiment flexibles et compréhensifs. Je pense qu’une des raisons pour lesquelles ils m’ont choisie, c’est parce que je faisais de la musique. Donc, quand je demande des vacances, je suis capable d’avoir mon congé et ma libération – comme aujourd’hui, pour le spectacle. Il faut être bien organisée, mais ça se passe super bien.
Aww, yay. Aussi, dans la dernière entrevue, tu venais de revenir de Colombie. As-tu fait un voyage en Colombie cette année pour continuer tes recherches?
Oui! Je suis allée en Colombie cette année, mais pour faire un clip pour mon prochain single, qui sortira cet automne. C’est comme une tradition de retourner en Colombie et de chercher mes inspirations.
C’était où, en Colombie?
La ville de Tenza, dans la région de Boyacá. C’est le village d’où vient toute ma famille paternelle. On y était pour filmer le clip.
Cool! En ce qui concerne les scènes musicales et culturelles là-bas, quelles sont les villes ou quels sont les lieux les plus marquants?
J’en nommerais deux qui me viennent à l’esprit. Premièrement, la ville de Medellín. C’est une des villes les plus culturelles de Colombie, où il y a plusieurs artistes de la scène urbaine, comme Karol G et J Balvin, connus partout dans le monde. Je trouve que c’est une ville très inspirante, parce que dans son passé récent, il y avait beaucoup de violence et la guerre des cartels. Leur manière de s’en sortir et de faire face à la réalité après cette époque-là, ça a été par la musique et les arts.
Sinon, je suis allée dans une région qui s’appelle les Llanos, qui sont comme des plaines. C’est une région où il y a beaucoup de musique. Je n’ai pas encore fait de musique dans ce style-là, parce que c’est avec des instruments qu’on utilise moins ici : la harpe et le cuatro, entre autres. Le style de musique s’appelle la musique llanera et il parle beaucoup de la nature et du quotidien.
Pourrais-tu nous parler davantage des projets sur lesquels tu travailles en ce moment? Tu as mentionné le fait que tes études influencent ta création.
Oui, exactement. J’ai toujours eu un intérêt pour les causes sociales et pour les personnes plus vulnérables, mais je n’arrivais pas à les mettre en mots dans ma musique. Je trouvais que ce que je racontais n’était pas pertinent, donc je me suis concentrée sur le côté festif et léger. Depuis le dernier mois, ces causes sociales sont vraiment présentes en moi et, au niveau de ma création, je pense que ça va se ressentir. Mon projet sera de sortir un EP d’environ cinq ou six chansons, peut-être au printemps prochain. D’ici là, j’ai quelques singles qui s’en viennent aussi.
Tu es originaire de Colombie. Est-ce que tu as grandi au Québec? Comment la culture colombienne et la culture québécoise ont-elles influencé ta vie en grandissant?
En fait, j’ai grandi un peu dans deux endroits. Je suis arrivée ici très jeune, à l’âge de 2 ans. Si ce n’était pas le fait que mes parents se sont séparés et que mon père est retourné vivre en Colombie, je crois que j’aurais été vraiment juste au Québec. Mais comme j’avais un parent dans un pays et un dans l’autre, à partir de l’âge de 8 ans, chaque année, j’ai voyagé en Colombie. Ça m’a permis de rester proche. J’étais à l’école à Québec, mais je passais mes vacances en Colombie. Quand j’avais 16 ou 17 ans, je n’étais plus obligée de prendre mes vacances là-bas, mais j’ai continué à le faire.
Quand tu crées de la musique, est-ce que tu joues autant avec les langues qu’avec les instruments et le son? D’habitude, quel est ton processus d’écriture?
Jouer avec les langues, c’est quelque chose qui me vient naturellement. Parfois, les chansons me viennent en anglais, en français, en espagnol ou dans un mélange des trois. Souvent, c’est très simple. Quand c’est juste moi qui crée, je suis soit a cappella, soit piano-voix ou guitare-voix. Après, je travaille tout le temps avec les musiciens, par exemple Antoine, ma bassiste avec qui j’ai beaucoup coécrit. Depuis que je suis à Montréal, je travaille beaucoup avec des beatmakers. Souvent, j’arrive avec une idée et ils me proposent une production. Je suis plus dans l’écriture et la musique, et les instruments viennent dans la co-réalisation.


Est-ce que les paroles pour les chansons à venir seront plus en français ou en espagnol?
Dans ma tête, ce sera plutôt en français, mais on dirait que ces temps-ci, j’écris plus en espagnol. Je suis un peu partagée entre les deux. Initialement, je voulais vraiment que ce soit en français, mais toutes les dernières chansons que j’ai composées sont en espagnol. Je me demande si je devrais les garder pour d’autres projets ou les traduire. C’est à suivre!
Ce soir, tu joues au Pantoum. J’ai dit à Fanny Bloom que sa musique est bien adaptée à l’automne. J’ai l’impression que l’été occupe une place plus centrale dans ta musique, mais quel est ton rapport avec l’automne? Est-ce que c’est une saison qui t’inspire également?
Je suis née en novembre et je déteste ce mois! C’est la période où les feuilles tombent et tout devient gris. J’ai beaucoup associé l’automne aux moments difficiles. Après, il y a Noël, donc tout devient plus agréable, mais l’automne a toujours été une période où il y a moins de soleil. Petit à petit, j’essaie de me réconcilier avec l’automne, mais j’avoue que, de toutes les saisons, c’est ma moins préférée.
As-tu des attentes pour la soirée? As‑tu prévu de présenter de nouvelles chansons ou de nouvelles idées?
Au niveau des attentes, le Pantoum est une salle de spectacle où j’avais envie de jouer depuis longtemps. Le fait d’avoir déménagé récemment à Montréal, tout en étant originaire de Québec, c’est comme revenir à la maison. Le Pantoum, c’est un lieu de partage et j’y ai fait du bénévolat dans le passé. C’est drôle de revenir pour y jouer. Je vais en profiter et avoir du fun. Au niveau de ce que nous allons proposer au public ce soir, je viens de sortir une chanson avec une artiste de Montréal qui s’appelle Marianne Gavin. Mes musiciens et moi allons la jouer.
Finalement, qu’est-ce que tu aimerais que les gens ressentent en te voyant en spectacle? Essaies‑tu de créer une ambiance particulière dans la salle?
C’est vraiment intéressant que tu me demandes ça, parce que jusqu’à présent, l’ambiance et la mise en scène ont été très tropicales et dansantes. Aujourd’hui, j’ai plus envie d’aller du côté narratif et de raconter quelque chose avec une nuance d’émotion. J’ai envie d’emmener les gens dans un voyage avec nous.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
Crédit photo : Elizabeth Landry
