Présenté dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA), Mi madre y el dinero est à l’affiche de la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu’au 10 juin.
Encore cette année, le FTA nous fait découvrir des expériences créatives surprenantes et des explorations délicieuses. À notre époque, où le stress financier se répand dans la population, des travailleurs pauvres aux familles modestes jusqu’à la classe dite moyenne en régression, on assiste ici à un véritable théâtre-vérité dont le sujet principal est l’argent : la survie économique quotidienne d’une mère et de son fils dans la petite ville de Campeche, située sur le golfe du Mexique. Mi madre y el dinero se déroule dans cette ville côtière pauvre où la découverte et l’extraction de pétrole au large des côtes mexicaines ne semblent pas avoir profité à l’ensemble de ses habitants. Parfois, le théâtre peut être un lieu d’apparences, de costumes scintillants, de croyances mystiques en un monde meilleur, de rêves exaltants, romantiques ou de pouvoir. Par contre, ici, l’imagination s’exprime au fil d’un récit hyperréaliste, loufoque et touchant, auquel on adhère immédiatement. Le courage et la dignité du travail pour la survie. Et quel formidable parcours ! Sans compromis.
L’auteur et comédien Anacarsis Ramos raconte sur scène la « vie de merde » de sa mère, Josefina Orlaineta, qui y tient le rôle-titre. Cette femme courageuse et débrouillarde, devenue actrice pour l’occasion, agit sur scène comme dans sa cuisine ou sur le trottoir pour vendre des pâtisseries maison, du chorizo ou des pacotilles. Le système économique n’a rien d’autre de prévu pour des populations entières qui luttent pour assurer leur subsistance. Le lien avec son fils queer est essentiel, et l’amour inconditionnel est palpable. Ramos, qui connaît aussi les mille et un métiers pour gagner sa croûte, fait intelligemment le parallèle avec son métier d’artiste. La survie économique est difficile pour tous.
Rareté et grande surprise : on assiste à la vente en direct de chorizos dans la salle à 15 $ pièce ! Plusieurs spectateurs en mangeront ce soir… ou en fabriqueront, car on obtient la recette et la technique de remplissage des boyaux. Josefina vend aussi les toiles naïves qu’elle a peintes dans l’entrée de la Cinquième Salle… à bon prix !



Les projections sur écran donnent un peu de répit à la turpitude du petit commerce pour expliquer le ressenti de Josefina, prendre un rayon de soleil pour effacer la mélancolie, se coucher sur son lit pour regarder le plafond et rêver… mais toujours avec cette angoisse de gagner de l’argent ! Elle a appris rapidement les quarante métiers qu’elle a exercés et, tout aussi rapidement, elle a changé de cap lorsque les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Tout est possible avec la résilience, mais l’écrasement socio-économique persiste. Devant un petit commerce de dépannage qu’ils ont monté avec un certain succès, vient s’établir une grande chaîne OXXO, qui leur coupe l’herbe sous le pied…
En finale, Ramos fait une déclaration d’amour à sa mère, où il salue son courage et partage aussi sa colère devant tant d’efforts et de défaites, une « vie de merde ». Demeure un respect fondamental pour la force de caractère de cette femme de 60 ans, fatiguée et restée pauvre malgré toutes ces années de travail.


À voir à la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu’au 10 juin.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Karla Sánchez, Gabriel Morales, Nicole Medina Ramírez, Rio Kwesi
