Mercredi 12 novembre 2025, la première montréalaise de Ménopause – La parodie musicale à la salle Pierre-Mercure a transformé un sujet intime et tabou en revue jubilatoire, où humour et complicité créent un espace de rire collectif.
Un pari audacieux
Adapter un succès américain au public québécois n’est jamais chose simple. Ménopause, la parodie musicale, présentée mercredi soir à la salle Pierre-Mercure, relève ce défi en transformant un sujet intime et souvent tabou en revue musicale décomplexée. Le spectacle mise sur l’humour frontal et la reconnaissance immédiate des situations pour séduire son public. Mais derrière les rires se dessine une réflexion implicite : comment parler de la ménopause autrement que par le silence ou la gêne?
Une mécanique bien huilée
La structure est limpide : quatre femmes, quatre archétypes, réunies dans un grand magasin. Chacune incarne une facette de cette étape de vie, et leurs échanges deviennent prétexte à une succession de numéros musicaux. Les chansons populaires des années 1960 à 1980 sont détournées avec des paroles revisitées, transformant des hymnes romantiques ou festifs en complaintes sur les bouffées de chaleur, les insomnies ou les sautes d’humeur. Le procédé est répétitif, mais il fonctionne grâce à la complicité des interprètes et à la connivence du public, qui reconnaît les airs tout en savourant le décalage.


Guylaine Tanguay, la figure dominante
Parmi les quatre comédiennes, Guylaine Tanguay et Catherine Sénart s’imposent nettement. Leurs voix puissantes et leur aplomb scénique donnent une densité aux numéros qui, autrement, pourraient sombrer dans la simple farce. Elles réussissent à conjuguer humour et performance vocale, offrant des moments où le rire se double d’une véritable admiration. Leurs interventions deviennent des points d’ancrage, donnant au spectacle une colonne vertébrale solide. À leurs côtés, Claudine Mercier brille par son sens du timing comique et Geneviève Charest apporte une énergie pétillante.
Une mise en scène efficace mais sans surprise
La mise en scène d’Alexis Pitkevicht privilégie la fluidité : transitions rapides, chorégraphies simples, décor modulable. Tout est pensé pour maintenir le rythme et éviter les temps morts. Cette efficacité est indéniable, mais elle laisse peu de place à l’inventivité. On assiste à une revue bien rodée, qui ne cherche pas à surprendre mais à rassurer. Le public rit, se reconnaît, applaudit — mais rarement il est déplacé ou bousculé. Le spectacle reste dans une zone de confort, assumée mais parfois trop sage.


Le rire comme exutoire collectif
Ce qui fait la force de Ménopause, c’est son effet cathartique. Le public, majoritairement féminin, réagit avec éclats de rire et applaudissements spontanés. On sent que les spectatrices trouvent dans ce spectacle un espace de reconnaissance et de libération. Les gags, parfois appuyés, deviennent des miroirs déformants où chacune peut se voir sans honte. Le théâtre, ici, ne cherche pas la subtilité psychologique, mais la solidarité par le rire. Et c’est peut-être là sa réussite la plus marquante.
Entre caricature et nécessité
On peut reprocher au spectacle son recours aux clichés, son humour parfois trop gros, son absence de véritable profondeur. Mais ces limites sont aussi sa raison d’être : Ménopause ne prétend pas être une œuvre d’analyse, mais une œuvre de partage. En exagérant les symptômes et en les chantant sur des airs connus, il transforme l’inconfort en fête. Ce n’est pas une pièce révolutionnaire, mais c’est une pièce nécessaire, qui rappelle que le théâtre peut être un lieu de catharsis joyeuse.



Conclusion
Ménopause, la parodie musicale est une parodie musicale jubilatoire, portée par quatre interprètes complices et une mise en scène solide. Si le spectacle tourne parfois les coins ronds et s’appuie sur des ficelles faciles, il réussit à créer un espace de rire collectif autour d’un sujet trop souvent relégué au silence. Et mercredi soir, à Montréal, ce rire avait valeur de célébration.

Annie Roy | Journaliste
Diplômée de l’École de théâtre et détentrice d’une Maîtrise en Communication, Annie est passionnée des arts depuis sa tendre enfance. Elle est une femme déterminée et très polyvalente qui allie l’animation radio, le mannequinat, le jeu, le journalisme culturel, le chant, la gestion d’artiste et l’enseignement au primaire depuis plus de 15 ans. Grande voyageuse et très « foodie », elle aime découvrir de nouveaux endroits.

