Le premier album de Mariko, intitulé Avoir su avant, est rempli de douceur et de sonorités scintillantes. Depuis, elle nous emmène tranquillement dans son univers avec la sortie de deux EPs. Il y a les chansons au piano, comme Ritournelles et Perds pas ton temps, et celles avec l’énergie pour danser, comme Ex aequo et Dans la nuit j’avance. On peut aussi maintenant entendre les interludes qui nous encouragent à réfléchir dans l’ambiance.
Pour coïncider avec la sortie de Avoir su avant (paru le 26 janvier), l’auteure-compositrice-interprète nous parle des messages poignants derrière l’album, de l’amitié entre musicien.e.s, et de l’entrée dans la trentaine.
En 2023, tu as sorti deux EPs et les chansons sur ces EPs font partie de ton album. Est-ce que ces chansons ont évolué depuis leur sortie initiale?
Il y a six titres supplémentaires en plus des chansons qui sont parues. On les a remasterisées pour que ça soit plus fluide. L’album n’est pas nécessairement conceptuel d’un bout à l’autre, ce que j’aime, parce que c’est un peu éclectique et ça fait partie de ma personnalité. Au niveau du son et de la production, on a tout égalisé pour que ça sonne plus homogène.
Il y a un beau mélange entre les chansons qui sont très douces et rêveuses et celles qui sont plus électro-pop et vivantes, quelque chose que les EPs ont bien introduit. Comment sont nées les chansons et est-ce que les musiciens avec qui tu as travaillé ont beaucoup contribué à l’ambiance?
J’écris toute ma musique, puis je collabore avec beaucoup de gens pour le texte. En ce qui concerne les arrangements, j’arrive toujours avec des idées piano-voix à Maxime Reed, mon réalisateur, puis on travaille ensemble le structure. En se rendant au studio, on a des pistes prédéfinies pour que le band soit capable d’avoir une idée d’où est-ce qu’on s’en va. Les musiciens font vraiment une grande job au niveau des arrangements, la personnalité de chaque instrumentiste peut être entendue à travers les chansons. Au niveau de traitement sonore, on a travaillé avec Gabriel Dubuc puis avec Patrice Pruneau pour le mixage.
Est-ce que tu écris toutes tes chansons seule au piano avant de les développer?
J’écris toujours au piano puis, par la suite, je travaille le texte. Naturellement, au studio, on change les petits trucs de structure. Il y a aussi des arrangements de cordes sur l’album. Marcus Lowry a travaillé sur la chanson Ritournelles et une autre pièce qui est un interlude. Gabriel Desjardins a aussi arrangé les cordes sur quelques chansons.
Quel est le rôle des instrumentaux dans le contexte de l’album complet?
J’ai deux pièces instrumentales. Ce sont des arrangements de cordes qui ont été produits au studio, qui étaient tellement magistraux et beaux. Ce sont des pièces qui font respirer l’album. Ces titres sont en rapport avec des moments vraiment marquants et tournants dans ma vie, à la fin de ma vingtaine et le début de ma trentaine. Donc, je pense que c’est vraiment important que l’album puisse respirer.
Tu as fait partie des Escales en chanson de Petite-Vallée en 2022. Est-ce que cette expérience a influencé ta musique et ton processus de création?
Il y a deux personnes avec qui je travaillais pendant les Escales qui ont collaboré avec moi sur l’album: Melba, une artiste française avec qui j’ai co-écrit Ex aequo, et la dernière chanson sur l’album, Vivre l’aurore, était coécrite avec Laurence Castera. Je suis vraiment fière de la pièce avec lui, qui parle de la nostalgie et à quel point les Escales en chanson était une expérience incroyable.
As-tu écrit Ex aequo avec Melba pendant les Escales ou après?
En fait, c’est une pièce que j’ai déjà chantée pendant les spectacles des Escales. L’année précédente, quand j’étais enceinte, mon conjoint Max (Maxime Reed) a eu un gros accident de voiture. J’étais vraiment stressée et je suis allée à Petite-Vallée deux jours plus tard pour écrire cette chanson dans le cadre d’un prix que j’ai gagné au concours Ma première Place des Arts en 2020. La chanson est comme une histoire d’amour et à l’époque je la trouvais trop pop et j’avais envie de la donner à quelqu’un d’autre. Quand Melba l’a entendu elle a dit « il faut vraiment que tu chantes cette pièce-là ! » Quand j’étais dans le processus de l’album, j’ai parlé à Melba, disant que j’aimerais qu’on réécrive le texte ensemble. On a gardé la musique mais on a traité l’amitié entre femmes et le fait d’avancer ensemble. C’était super pertinent de le faire avec elle et sa personnalité.
Ayant commencé comme choriste, pourrais-tu nous parler de ton parcours professionnel?
J’ai étudié en musique, en pop et en composition au cégep puis je suis allée à l’université en interprétation jazz. Pendant mon parcours, je travaillais beaucoup dans le milieu corporatif, dans les événements en tant que chanteuse lead pigiste dans la pop et le jazz. J’ai aussi travaillé comme choriste pour, par exemple, Antoine Lachance, le groupe On a créé un monstre, Éric Charland, Renee Wilkin, et Charlotte Cardin. J’avais un projet qui s’appelait The Cat Sessions où je faisais des arrangements en a capella avec Hawa B et Mel Pacifico (et les chats).
Y a-t-il des chansons sur ton album qui sont particulièrement spéciales pour toi, peut-être grâce à une histoire derrière elles?
J’adore la première pièce de l’album, Pour elle. Je suis vraiment fière de l’arrangement qu’on a fait. J’ai coécrit la pièce avec Amay Laoni et on a mijoté ensemble parce qu’on est deux mamans, donc on a le stress et l’anxiété par rapport au futur de nos filles. Je suis vraiment contente d’avoir fait cette pièce qui aborde un sujet assez lourd et complexe. Sinon, mon classique à moi, ma plus grande fierté et mon bittersweet, c’est la chanson titre de l’album: Avoir su avant. C’est le wrap-up de pourquoi j’ai fait cet album-là et de mes dix dernières années et de mon arrivée dans la trentaine. Elle parle de l’émancipation de la femme, mais n’importe qui pourrait se reconnaitre là-dedans. Il y avait beaucoup de choses qui sont arrivées en même temps et j’ai vraiment compris à quel point j’avais été dure avec moi-même. « Avoir su avant », je l’ai dit trop souvent et c’est pour ça que c’est bittersweet parce que je parle à moi qui avait 20 ans. J’aurais dû être plus douce envers moi-même. Maintenant que j’avance, j’essaie de rester dans le présent et d’être la meilleure version de moi-même.
Il y a un clip qui est sorti avec la chanson. On l’a tournée dans une place qui a vraiment marqué mon adolescence, Sainte-Émélie-de-l’Énergie dans Lanaudière. Je fais de l’équitation depuis un jeune âge donc on a tourné sur le terrain où j’ai appris à montrer le cheval. C’est vraiment sacré pour moi.
Les chansons Paroles d’enfants et Ritournelles sont comme quelque chose dans un film de Disney. Comment décrirais-tu l’univers que tu as créé avec cet album et quelles images espères-tu venir dans l’esprit des auditeurs?
Je dirais que j’ai envie que les gens se posent des questions, que ce soient sur les développements personnels ou à travers les émotions plus difficiles et complexes. J’ai envie que les gens se sentent interpellés et capables d’avoir la douceur envers eux-mêmes. La douceur est quelque chose qui me revient beaucoup. Il y a les messages que je veux envoyer et la complexité de certains sujets, comme l’émancipation de la femme et le développement personnel, mais encore une fois dans la douceur, la compassion et l’empathie. Je pense que le choix d’être qui on veut être dans la société actuelle est difficile a garder, donc j’espère que la place de la santé mentale est quelque chose que les gens retiennent le plus.
Ton album s’appelle Avoir su avant. Donc y a-t-il des choses que tu aurais aimé savoir avant de le finir? Peut-être des choses que tu aurais pu faire d’une manière différente?
Le processus a été extrêmement long donc si j’aurais pu le faire un peu plus tôt, dans un laps de temps plus court, j’aurai probablement plus apprécié le processus. En même temps, je trouve que le résultat est super et je ne le regrette pas!
L’album est sorti au début de l’année donc as-tu beaucoup de plans pour 2024?
Je travaille fort à booker les shows et on a des dates pour le printemps. Sinon, je tombe déjà dans l’écriture et il y aura de belles collaborations. Il y a de beaux projets qui s’en viennent, donc j’ai vraiment hâte!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Photo principale : Gaëlle Leroyer
