La Troisième Symphonie en ré mineur de Gustav Mahler, dirigée par Yannick Nézet-Séguin, a ouvert la saison 2025-2026 de l’Orchestre Métropolitain le 23 septembre à la Maison symphonique de la Place des Arts.
Un don salvateur de 5 millions
Après avoir dû annuler deux concerts l’an dernier en raison de difficultés financières, la directrice de l’Orchestre Métropolitain, Fabienne Voisin, a annoncé le 23 septembre, en préambule, un don pluriannuel de cinq millions de dollars provenant du Fonds OVI et de la Fondation de la Famille Ionescu, représentés par le mécène Alex Ionescu, chaleureusement applaudi par le public et tous les musiciens. Une opération de sauvetage qui mérite d’être soulignée en cette époque difficile pour le financement des arts de la scène.
Une création autochtone en ouverture
Encore cette année, la tradition de commander une œuvre originale à un compositeur autochtone pour inaugurer la saison a été honorée en présentant, en première mondiale, Eukaryotica, un chant pour la terre de Sony-Day Ray Rider, artiste Pied-Noir issu de la tribu des Gens-du-Sang en Alberta. Le titre fait référence à la Première Fille, premier enfant de cette planète, notre première mère sacrée, ou plus explicitement, la première cellule eucaryote de la division cellulaire qui donne naissance au monde vivant. Magnifique et inspirant comme un vent qui apporte espoir. On aimera sûrement connaître la suite du cheminement de ce jeune artiste qui était présent hier pour assister à la création de sa pièce.
Mahler dans sa cabane de Steinbach
On peut dire que ce thème du sacré est relié à l’inspiration de Gustav Mahler quand il compose sa Symphonie numéro 3 dans une petite cabane au bord d’un lac entouré des Alpes autrichiennes, à Steinbach am Attersee. Cette maisonnette contient un piano, une table, une chaise et un poêle. Voilà ce qui sera utile et essentiel pour composer une partie de sa Deuxième Symphonie et la Troisième au complet en 1895-1896.
Une pyramide vers l’éternité
Parmi les plus élaborées de la musique romantique allemande, cette œuvre fait le pont avec la modernité du XXe siècle. Elle est construite comme une pyramide ascendante vers les cieux métaphysiques. C’est une ode à la nature, aux fleurs dans les prés, aux êtres vivants dans les forêts, à l’humain dans sa quête existentielle et spirituelle pour s’élever avec le lyrisme du chant poétique de Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathustra. En résumé : « Ô homme ! Prends garde ! (…) Le monde est profond… Profonde est sa douleur, (…) la joie – plus profonde que la peine. Mais toute joie veut l’éternité. La profonde, profonde éternité. »
Ce chant sublime a été interprété avec tout le solennel et la noblesse souhaités par la mezzo-soprano de 56 ans Joyce DiDonato. Gracieuse, elle a livré superbement l’émotion avec son souffle séraphique. Les voix des Petits Chanteurs du Mont-Royal et du Chœur Métropolitain contribuent aussi à l’enchantement.
La direction vibrante de Nézet-Séguin
Tous les musiciens parviennent à nous éblouir sous la direction du dynamique Nézet-Séguin, dirons-nous son amour musclé et son engagement envers la précision et le détail. On le sent vibrer et communiquer avec tout son corps en attaquant les mesures, en appel à la cohérence dans le strict respect de l’écriture du grand Mahler.
Une symphonie aux multiples visages
Cette symphonie est éminemment complexe dans les mouvements variés et contrastés. Les changements des indications donnent le vertige. En première partie, Pan s’éveille : l’été fait son entrée. En deuxième partie, le temps du menuet annonce les fleurs puis les animaux avec légèreté, sans hâte. Vient ensuite le mode très lent et mystérieux pour ce que me raconte l’être humain… Enfin, les éclats joyeux et effrontés pour parler des anges, puis, tempo lent et paisible avec ce que l’amour nous raconte…
L’orchestre dirigé par Nézet-Séguin est vraiment au service de Mahler et c’est formidable !
Un mot de conclusion
Merci à Yannick ! Bonne saison à l’Orchestre Métropolitain et à tous les mélomanes !




Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : François Goupil
