La pièce de théâtre Les voix humaines est présentée à l’Espace Libre (au 1945 rue Fullum) du 22 octobre au 12 novembre. Voici notre compte-rendu du spectacle.
Pour créer ce spectacle Les Voix humaines, l’auteure, conceptrice et comédienne Larissa Corriveau a revisité L’Indiscret, une pièce de Louis-Georges Carrier qui a fait les belles soirées des « téléthéâtres» de Radio-Canada en 1963. C’était expérimental et c’est encore inspirant… Monique Miller, alors à peine trentenaire, y tenait le rôle féminin principal, Anne, et L’indiscret, c’était surtout la caméra, habile témoin voyeur du ressenti et de l’invisible joués avec finesse. L’amant tant attendu qui viendra ou ne viendra pas, comme le temps qui balance et vacille!
Dans la version actuelle, 60 ans plus tard, Larissa et Anne sont maintenant comme des doubles, versions du passé et du présent confondus, ombre et lumière, l’élan et l’appui du mouvement des corps de chacune. C’est une danse poétique et le courant passe. Le dispositif scénique évoque l’intimité d’un intérieur, quelques meubles familiers, deux personnages en un seul et un immense miroir pour y jouer de dos! La mise en scène sobre de Félix-Antoine Boutin porte le tout avec élégance.


Les thèmes de l’attente et de l’écoute renaissent avec le bonheur d’observer une femme sans âge, qui déambule dans son univers physique et mental. On perçoit que les personnages de Larissa et Anne s’appuient l’une sur l’autre dans une solide connexion instinctive. L’être d’avant, de maintenant, de toujours… C’est l‘œuvre du temps vécu rendu visible! Angoisse, surprise, solitude, espoir font partie des sentiments et des expériences qui insufflent la vie.
Les bandes sonores sont utilisées comme mémoire déroulante encore sonore à l’intérieur du personnage. On entend presque parler en écho et les esprits réfléchir. Les sensations du passé, d’un amoureux et de la jalousie possible si quelqu’un s’en approche un peu trop… Que penser de la beauté qui l’a choyée et qui reste une marque de son caractère et de sa permanence.


La musique et la voix de Leonard Cohen nous bercent et, lors d’une pose lascive, on ressent le désir et le souvenir charnel en écoutant I’m Your Man.
L’installation numérique qui est aussi présentée au Studio du deuxième étage rappelle les nombreux rôles que Monique Miller a incarnés au cours de sa carrière. On pénètre dans son cerveau pour voir et entendre les interactions des personnages sur de multiples surfaces de projection. L’actrice au centre de tout garde le cap et reste exceptionnelle au fil du temps, de folichonne à grave, du classique au surréaliste. À voir pour apprécier la voix et la présence scénique de Monique Miller dans un rôle qui lui convient encore à merveille.

Michel Jolicoeur | Journaliste

