Présentée en première médiatique le 25 juin au Théâtre Saint-Denis, cette nouvelle production des Misérables s’inscrit dans l’histoire de l’une des comédies musicales les plus emblématiques de tous les temps. Inspirée du roman éponyme de Victor Hugo, l’œuvre de Claude-Michel Schönberg (musique) et Alain Boublil (livret et texte) a été présentée dans 53 pays, en 22 langues et devant plus de 130 millions de spectateurs depuis sa création à Paris, en 1980.
Une fresque intemporelle magnifiquement portée
Couronnée du prix Molière du meilleur spectacle musical en 2025, cette nouvelle mise en scène de Ladislas Chollat a également vu le jour à Paris, au Théâtre du Châtelet. Elle est présentée par Juste pour rire sur les planches du Théâtre Saint-Denis jusqu’au 25 juillet, avec une équipe essentiellement québécoise. Ils sont plus d’une trentaine d’interprètes et quinze musiciens à nous transporter au XIXe siècle, dans la France postnapoléonienne — celle des laissés-pour-compte et des soubresauts révolutionnaires.
Dans Les Misérables, Jean Valjean purge 19 ans de prison pour avoir volé un pain. L’histoire commence alors qu’il obtient — et brise aussitôt — sa liberté conditionnelle. Il sera alors traqué sans relâche par l’inspecteur Javert, incarnation inexorable de la loi. L’insurrection républicaine de juin 1832 servira de toile de fond, mais les questions abordées par Hugo sont intemporelles : la misère et les inégalités, la rédemption et le pardon, la justice sociale et morale, l’amour et le sacrifice.







Ici, le côté kitsch qui guette toute comédie musicale est presque neutralisé d’emblée par le propos du matériel original et son atmosphère lugubre, remarquablement restitués sur scène : aucune paillette en vue. La mise en scène est essentiellement sobre, mais jamais inerte. L’alternance de moments plus statiques et épurés avec des tableaux chargés et mouvementés installe un rythme qui permet aux 2 h 30 de couler sans heurt.
Une distribution qui impressionne
La scénographie est superbe, caractérisée par des projections en tons de gris et sépia, signées Cutback : elles enveloppent chaque scène, subliment l’ambiance et guident les spectateurs à travers le temps et les lieux. Conçues par Emmanuelle Roy, les structures architecturales sur roulettes donnent corps aux lieux évoqués. Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz composent de beaux nuanciers en harmonie avec le décor. Ces éléments, de même que la somptueuse musique, nous font voyager dans le monde des Misérables.







La Fantine de Klara Martel-Laroche ne manque pas d’émouvoir en interprétant J’avais rêvé — sans doute le morceau le plus attendu du spectacle. La transaction de la petite Cosette (Juliette Aubin et Éléonore Bélanger, en alternance) chez les Thénardier offre un répit comique — Debbie Lynch-White et Roger La Rue sont tout à fait cocasses et cupides dans leurs rôles. Jean Valjean (Alex Gaumond) et Javert (Dominique Côté) nous livrent aussi des moments forts, de même que l’attendrissant Gavroche — Oskar Léonard et Ismaël Perceval Faucher-Zitouni, en alternance. Stanley Kassa est charismatique et convaincant dans la peau d’Enjolras, le leader révolutionnaire. Le chant de La volonté du peuple et la scène de la barricade sont épiques et efficaces. Dans le rôle des tourtereaux Cosette et Marius, Amélie Baland-Capdet et Nathan Bois-McDonald ont des timbres de voix remarquables. Enfin, mention spéciale à Éponine (la poignante Kenza Nejmi), révolutionnaire et amoureuse éconduite, qui nous offre un solo touchant avec Mon histoire.






Il y a donc beaucoup de talent au service de cette production ambitieuse et franchement mémorable ! Les représentations se poursuivent jusqu’au 25 juillet au Théâtre Saint-Denis à Montréal, avant de prendre d’assaut le Grand Théâtre de Québec au mois d’août.

Caroline Sobral Cabana | Journaliste
Luso-québécoise amoureuse des mots, Caroline a toujours aimé raconter des histoires. Éternelle curieuse, elle aime se laisser captiver par de nouveaux récits et différentes formes d’art. À l’école, elle flirte avec le théâtre, la littérature et l’histoire de l’art, avant de travailler dans les secteurs de la mode et du voyage. Elle poursuit maintenant des études en sexologie, tout en signant des mandats de rédaction et de traduction.

