Le vieux monde derrière nous est présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui du 11 novembre au 6 décembre 2025, puis au Diamant à Québec du 16 au 18 avril 2026.
Du roman à la scène
Le roman d’Olivier Keimed, paru en 2022 et salué par la critique, a été un véritable coup de cœur pour Denis Marleau, metteur en scène talentueux et adepte de la littérature transposée au théâtre. Ses mises en scène, toujours techniquement maîtrisées, se distinguent par une langue peaufinée et un travail minutieux souvent innovant. Le titre du roman et de la pièce, « Le vieux monde derrière nous », reprend un slogan soixante-huitard apparu en graffiti sur les murs parisiens de 1968.
Un récit autobiographique magnifié
Puiser dans les écrits autobiographiques de Keimed et y intégrer tous les moyens techniques, visuels et sonores confère au récit une dimension étonnante, presque magique. Le périple est raconté à travers des cartes postales d’époque envoyées à sa bien-aimée Carolle, qui deviendra la mère d’Olivier. Pour relier ces souvenirs, on a la joie de retrouver le fabuleux Mani Soleymanlou, qui personnifie tour à tour le père et le fils. Il passe avec agilité de l’accent égyptien du papa à celui du fils québécois, offrant des moments à la fois loufoques et empreints de grâce. On ne pourrait mieux incarner le fils d’un immigrant originaire du Moyen-Orient.


Un voyage transformé en fresque visuelle
Les images projetées sur écran géant nous entraînent dans des paysages étonnants où le père, alors âgé de 22 ans, traverse toute l’Europe en Vespa pour retourner au Liban et en Égypte, son pays natal. Le monde de 1968 est traversé par de nombreuses tourmentes : grèves étudiantes à Paris, invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes russes, etc. La route, quant à elle, est ponctuée de surprises et de rencontres avec de jeunes femmes libres. Évoquer ainsi le retour aux sources de cet immigrant si jeune et encore naïf est particulièrement intéressant. Ses inquiétudes demeurent bien présentes : un autre jeune homme pourrait-il séduire sa bien-aimée pendant ses quatre mois d’absence? Les souvenirs tirés d’une centaine de cartes postales précieusement conservées sont touchants, témoins d’une époque révolue où les relations personnelles passaient par l’écriture à la main livrée par la poste en quelques semaines !
Une supercherie délicieuse
La truculence du récit procure un immense plaisir. Les images truquées du voyageur dans des lieux étonnants constituent une réussite technologique : on se demande constamment si le film est réel, tant il ressemble à un panorama touristique encadrant une vie de souvenirs et d’amour. Le fils devient ainsi l’observateur de la vie et des espoirs du père. L’illusion est savoureuse : on réussit à superposer l’image du comédien déambulant dans des décors européens, et cela fonctionne à merveille. D’autant plus que le père arbore une chevelure fournie et aucun poil au visage, alors que le fils présente un crâne clairsemé et une barbe bien touffue!


Une mise en scène audacieuse
Marleau relève une fois de plus le défi de surprendre grâce à une mise en scène audacieuse, intelligente et sans affectation. Un vrai plaisir à découvrir jusqu’au 6 décembre 2025 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Valérie Remise

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