Le 13 novembre, au cœur du Théâtre du Nouveau Monde, a eu lieu la première montréalaise d’Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres, adaptation audacieuse signée Maxime Robin qui fusionne la pièce emblématique de Michel Tremblay, Hosanna (1973), et son roman La Shéhérazade des pauvres (2023). La soirée s’est imposée comme un jalon : une célébration haute en couleur, mais aussi un retour sur une histoire où identité, transgression et mémoire se croisent…
Mémoire active : d’hier à aujourd’hui
L’histoire se déploie en trois temps distincts : d’abord l’enfance de Claude Lemieux, ensuite sa vie de jeune adulte dans le Montréal des années 70 et enfin, son état plus mûr en retrait, par suite d’une humiliation publique marquante. Le spectacle s’ouvre sur une scène fixe : Claude/Hosanna (Luc Provost) est visible sur un balcon, silhouette contemplative, quand le journaliste Yannick (Sally Sakho) le rejoint et entame l’entretien.
Puis, une fois plongeant dans les souvenirs, plusieurs plateformes circulaires envahissent la scène, évoquant successivement la chambre d’enfant, la garde-robe, le Club de travestis, la moto de son compagnon de vie, Cuirette (Gabriel Fournier). Au fil de la pièce, on passe sans coupure de cette installation à un numéro de cabaret burlesque, aux paillettes et à la coupe à champagne, puis à un instant brutal de rejet où Hosanna est humiliée par ses amies lors d’une soirée déguisée. Cette humiliation provoque le recul de Claude/Hosanna : il quitte la scène, abandonne les perruques et les robes, se replie sur lui-même.
Une incarnation forte et un décor modulable
Le spectacle mise sur une distribution multiple pour le personnage principal : l’enfant Claude (Oscar Vaillancourt/Sacha Lapointe), le jeune Claude/Hosanna (Vincent Roy), et l’Hosanna âgée incarnée par Luc Provost, alias la drag queen Mado Lamotte. Cette multiplicité d’interprètes renforce l’idée de trajectoire et de mémoire.
Côté scénographie, Maxime Robin met en place dix-douze plateformes rondes de tailles différentes qui se succèdent; le décor n’est pas réorganisé car tous les temps (enfance, jeunesse, vieillesse) coexistent visuellement.



Rire, gravité et introspection
Le ton oscille entre l’univers flamboyant du drag et la douleur intime d’un homme qui a voulu exister autrement. Des numéros colorés d’un club travesti et de la chambre d’adolescent confiant cèdent place à des scènes plus sombres : l’humiliation, le retrait, la solitude. Le dialogue avec le journaliste Yannick fait office de fil conducteur : il pose les questions de la représentation, de la honte et de l’acceptation, et amène le public à mesurer l’évolution (ou son absence) de la société face aux identités de genre.
Le tout se termine par une séquence musicale poignante où les trois acteurs du personnage principal se retrouvent : Hosanna âgée descend de son balcon pour recouvrir le corps nu du jeune Claude, alors que l’enfant les prend par la main et chante de sa douce voix « Je voudrais mourir sur scène ». Il les emmène autour d’un micro et tous les trois vont entonner cette chanson, dans une scène très bouleversante.
Une pièce à ne pas manquer!
Parce que cette version parle à la fois au cœur et à l’esprit. Elle invite à repenser l’évolution des normes sociales, à mesurer combien la liberté que l’on vit aujourd’hui doit beaucoup à des vies marginales d’hier. Puis, pour sa dimension artistique : cette mise en scène inventive, ce montage narratif audacieux et ces choix visuels marquants font du spectacle une œuvre complète et accessible, même pour ceux qui ne connaissent pas l’univers de Michel Tremblay. Enfin, pour le dialogue qu’il ouvre : non seulement sur l’histoire de la communauté queer à Montréal, mais sur la façon dont chaque individu peut hériter d’un passé collectif tout en inventant son présent.



Hosanna ou la Shéhérazade des pauvres est à l’affiche du Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 6 décembre 2025. Partout au Québec du 13 janvier au 18 février 2026. Pour l’achat de billets : https://billets.tnm.qc.ca/
- Textes de : Michel Ttremblay
- Mise en scène : Maxime Robin
- Interprètes : Gabriel Fournier (Cuirette), Jonathan Gagnon (Sandra), Valérie Laroche (chanteuse), Jacques Leblanc (la Duchesse de Langeais), Luc Provost (Hosanna âgée), Vincent Roy (Hosanna), Sally Sakho (Yannick).
- Création du Trident en collaboration avec le TNM
- Source : TNM

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Yves Renaud

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