Du 20 au 28 novembre 2025, le Monastère investit de nouveau le Sanctuaire du Centre St Jax avec Le Cabaret Divin, un spectacle qui embrasse pleinement le contraste entre architecture sacrée et effronterie circassienne. Sous les arches lumineuses de cette église, le cirque contemporain trouve un terrain de jeu idéal.
Une mise en bouche éclectique
La soirée s’ouvre avec un préambule acrobatique offert par les élèves de l’ENC — un amuse-œil dynamique qui prépare joliment le terrain. Puis, surprise inattendue mais chaleureusement accueillie : le chœur Mighty Real Gospel. Leurs voix puissantes réveillent instantanément l’assemblée et insufflent une énergie vibrante qui contraste avec la pénombre majestueuse du lieu.
C’est alors que fait son entrée le maître de cérémonie : Hugo Desmarais, divine créature queer haute en couleur, flamboyante et à la langue affûtée. Ancré dans son personnage, son animation de soirée s’avère d’un succès mitigé. Certaines interventions tombent un brin à plat, et ses performances musicales, dans un cabaret où le public s’attend avant tout à du cirque, manquent de panache. Pourtant, son numéro aérien sur croix, délicieusement irrévérencieux et assumé, révèle toute sa virtuosité : une ascension spectaculaire doublée d’un effeuillage jubilatoire qui fait sourire et rappelle que, décidément, Jésus est en forme !
Un plateau artistique solide








La succession des numéros offre une belle diversité de disciplines, portées par des artistes talentueux :
Camille Tremblay ouvre le bal avec un numéro d’équilibre sur table tournante, une discipline assez rare ! Gracieuse, elle nous émerveille de ses belles lignes tourbillonnantes et décrit des spirales maîtrisées, tout en douceur et précision.
Thea Lesan prend ensuite les airs au trapèze danse avec un numéro presque cinématographique. On pense à un conte Disney : insouciance, envolées joyeuses et légèreté laissent place à l’inquiétude et à l’intensité à mesure que l’artiste multiplie chutes contrôlées et cascades impressionnantes, virevoltant presque au-dessus du public.
Nadav Sadlik explore deux univers : la jonglerie avant l’entracte, puis la danse acrobatique au retour. Malgré une belle technique et une manipulation délicate des quilles, plusieurs chutes viennent malheureusement affaiblir l’impact de son numéro de jonglerie, un terrain où les erreurs ne pardonnent jamais vraiment. En danse, au contraire, Nadav semble défier la pesanteur : port altéré, gestes suspendus, glissements aériens… une très belle prestation qui met en valeur un langage corporel précis et poétique.








Un second acte plus incarné
Après une pause bienvenue, moment idéal pour savourer un verre au bar et échanger ses impressions, le Mighty Real Gospel relance la soirée avec panache. Puis, changement d’atmosphère :
Pierrot s’élance en trapèze ballant, touchant presque le plafond de l’église. Le public le regarde flirter avec les arches et effectuer d’audacieux lâchers prise. Une performance où l’appréhension et la fascination se mêlent, parfaitement mise en valeur par l’impressionnante verticalité de la voûte sacrée de l’église.
Rachel Salzman danse ensuite avec sa roue Cyr et nous présente un numéro empreint de douceur et de poésie. Hypnotique, elle nous emporte avec les tourbillons de sa roue enchanteresse sur des rythmes tribaux, fidèle au thème de ce cabaret qui se veut toucher du doigt le divin.
Claire Hopson clôt la soirée avec éclat dans un somptueux numéro de sangles. Démontrant force, grâce et maîtrise, elle accapare les regards d’une audience subjuguée qui ne peut que la contempler alors qu’elle nous offre des figures d’une beauté saisissante. Une finale à la hauteur de l’événement.








Verdict
Le Cabaret Divin réussit ce mélange délicat entre irrévérence, sacré et performance circassienne. Tout n’est pas parfaitement poli : certaines transitions, quelques maladresses ou chutes, mais l’ensemble dégage un charme indéniable, soutenu par un cadre exceptionnel et une programmation généreuse. La soirée brille particulièrement par ses numéros aériens et ses moments de poésie physique. Un cabaret qui, sans atteindre la perfection, réussit à laisser une impression vibrante et mémorable.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
