La Patente, c’est un groupe de Fredericton composé de Marc Colecchio (voix et guitare), Jean-Denis Migneault (batterie), Marc-André Godin (contrebasse et basse) et Mathieu Emond (banjo et guitare), des Brayons originaires du Madawaska. Leur but est simple : s’amuser entre amis et faire sourire les gens.
AU QUAI DES BRUMES
Leur musique est un mélange énergique de country, de punk rock et de folk, avec une bonne dose de douceur qui nous donne envie de chanter fort. Leur deuxième album, Le cirque des mal-aimés, est sorti en 2024. Toujours en mode tournée, La Patente était de retour au Quai des Brumes, à Montréal, le 2 octobre, un an après son dernier spectacle dans cette salle.
On a rencontré les membres avant le show pour parler des origines et de la dynamique du groupe. Jean-Denis et Mathieu sont partis plus tôt pour commencer le soundcheck, qui s’est déroulé plus tard que prévu et s’est poursuivi pendant l’ouverture des portes. C’était, en fait, une belle façon de commencer la soirée, créant une ambiance encore plus rassembleuse.
L’intimité du Quai des Brumes convenait parfaitement à l’énergie chaleureuse de La Patente. La foule chantait toutes les chansons, alors que les mosh pits et le crowdsurfing étaient au rendez-vous. Le groupe a également présenté deux nouveautés davantage teintées de punk rock que son matériel précédent. Les musiciens étaient accompagnés de Sébastien Leblanc au violon pour quelques chansons.


Vous êtes basés à Fredericton. Pouvez-vous nous parler d’où vous venez?
Marc : On vient du nord-ouest du Nouveau-Brunswick, dans la région du Madawaska. C’est drette entre la ligne du Québec, des États-Unis et du Nouveau-Brunswick. Il y a toutes sortes de choses qui se passent.
Jean-Denis : La ville s’appelle Edmundston.
Est-ce qu’il y a vraiment un mélange de cultures là-bas?
Marc : Ouais. On est plus influencés par la culture québécoise que par la culture acadienne parce que, naturellement, on est juste à côté du Québec. On a grandi avec les émissions québécoises et la musique plutôt américaine. On avait tout le temps de la musique québécoise aussi à la radio chez nous. Pour nos vacances, on allait au Québec. Je pense que la première fois que je suis allé dans le sud du Nouveau-Brunswick, à Moncton, c’était en deuxième année.
Marc-André : Il y a comme une grosse masse d’anglophones entre nous autres et l’Acadie, parce que le centre de la province est anglophone.
Jean-Denis : Du côté de ma mère, c’est acadien, mais du côté de mon père, ce sont des racines québécoises. Il y a beaucoup de monde qui a des racines écossaises, irlandaises, américaines, québécoises et autochtones aussi.
Marc : Moi, je suis en partie italien, en partie acadien et en partie québécois aussi.
Jean-Denis : Mais tu es un Brayon.
Oui, c’est ça. Est-ce que vous vous considérez comme Acadiens ou Brayons?
Tous : Brayons.
Mais est-ce que le fait d’habiter maintenant à Fredericton et de faire partie de la scène acadienne a changé la façon dont vous vous identifiez?
Marc : Non, je ne trouve pas qu’on fait partie de la scène acadienne. On est aussi acceptés ici, au Québec.
Jean-Denis : L’affaire aussi avec les Brayons, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de Québécois qui savent nécessairement que les Brayons existent. Ils pensent qu’on vient du Nouveau-Brunswick et qu’on est Acadiens.
Marc-André : Sébastien vient de Néguac. Il est Acadien! Mais ça fait combien de temps que tu habites ici?
Sébastien : La moitié de ma vie. Mais en vieillissant, mon accent acadien revient de plus en plus.
À Fredericton, le français est minoritaire et vous dites souvent que c’est quand même rare qu’il y ait un groupe francophone qui vient de Fredericton. À quoi ressemble votre quotidien là-bas? Est-ce que vous êtes entourés de la communauté francophone?
Marc : On travaille tous dans le système scolaire francophone. Moi, je suis conducteur d’autobus, mais les autres sont des enseignants.
Marc-André : Lui, il apporte nos clients. On est chanceux parce qu’on travaille en français et que nos collègues sont francophones. En dehors de ça, si je n’avais pas de band et ma famille, tout se passerait en anglais. J’aurais de la misère avec ça. Ne pas travailler en français et ne rien avoir en français : ouf! Non, ce ne serait pas la même réalité.
Toutes vos chansons ont un genre d’histoire. À quoi ressemble ton processus d’écriture, Marc? Même avant de former le groupe, est-ce que tu écrivais beaucoup?
Marc : Ouais, ça vient un peu comme une envie de chier. À un moment donné, ça sort. Il faut que ça sorte tout seul. Tu ne peux pas trop y penser. La chanson va s’écrire toute seule et, si ça ne s’écrit pas, ben, ça ne s’écrit pas. Il faut faire d’autres choses.
À quel point les paroles sont-elles basées sur ta propre vie?
Marc : Je dirais 15 % de vérité là-dedans, à peu près.
Le dernier des troubadours, par contre, a l’air d’une chanson plus personnelle.
Marc : Quand j’étais au secondaire, j’avais un groupe qui s’appelait Les Troubadours. Ça adonne que je suis pas mal le seul des Troubadours qui joue encore de la musique. Mais on faisait juste ça pour pogner des femmes. Ça ne marchait pas [rire]. Au bout de la ligne, la chanson, c’est de la nostalgie.
Marc-André : C’en est une qui est assez honnête.
Marc : Il y a des lignes que je dis auxquelles tout le monde peut s’identifier. On a tous fait des coups dans le quartier.
Marc-André, ce qui est captivant, c’est ton énergie sur scène quand tu joues de la contrebasse. Tu en joues comme si c’était une guitare électrique et c’est très rare qu’on voie ça. J’imagine que tes origines sont dans la musique rock. Est-ce que tu jouais aussi de la contrebasse avant de former le groupe?
Marc-André : Ouf, je ne sais pas. Je n’ai pas de background en musique pantoute [rire].
Mais est-ce que tu jouais un peu de contrebasse avant, ou de la guitare électrique?
Marc : C’était moi qui lui ai donné une contrebasse.
Jean-Denis : Les trois se sont rencontrés à Fredericton. On se connaissait, mais on n’avait jamais joué ensemble. Marc disait : « Jouez avec moi. » Il a donné une contrebasse à Marc-André et un banjo à Mathieu, puis il a dit : « Let’s go. »
Marc-André : J’écoutais beaucoup de musique punk rock et j’étais tout le temps un hyperactif. En jouant de la musique, je me suis amusé et ça a fait rire les boys. Ça passe le temps.
Jean-Denis : On fait de la musique pour l’fun. On n’a pas de limites.
C’est aussi un peu comme ça quand tu joues du banjo, Mathieu. Il y a souvent une énergie punk. Quand tu jammes et que tu ne pratiques pas vos propres tounes, qu’est-ce que tu aimes jouer? Est-ce que ce sont toujours des chansons traditionnelles au banjo ou as-tu d’autres chansons préférées?
Mathieu : Je ne joue pas de banjo chez moi, c’est vraiment juste avec La Patente.
Marc : Non, mais imagine si tu jouais du banjo chez toi.
Mathieu : Mon but n’est pas vraiment de jouer du banjo tout seul parce que ce n’est pas comme si j’avais envie d’écrire des tounes. Donc, je n’écoute pas de chansons traditionnelles. Je fais juste ce que ça me tente et ce qui fit avec les tounes qu’on fait en groupe.
Sébastien : Je trouve que c’est une belle analogie par rapport à l’esprit du band. Qu’est-ce qui fait un bon band? Est-ce que ce sont des musiciens qui ont étudié là-dedans ou une gang d’amis qui aime passer du temps ensemble?
Marc : Exactement. Je ne suis pas un chansonnier et jouer tout seul, ça ne m’intéresse pas. Dans le passé, je me suis fait offrir des gigs pour jouer tout seul et j’ai dit non. Ce n’est pas l’fun.
Vous publiez souvent des vidéos, comme des petits documentaires de vos tournées, qui donnent un aperçu de la vie sur la route. Pourquoi avez-vous décidé de faire ça? Elles sont géniales.
Marc-André : C’est Jean-Denis qui en fait beaucoup. Il est bon avec sa caméra.
Marc : Il a tout le temps sa caméra avec nous autres. On a aussi un bon ami, Fred Guitard, de La Cave Média. Il était supposé être ici ce soir, mais il est malade. Il voyage souvent avec nous pour the thrill of the game, pas parce que c’est payant. Ce n’est pas payant d’être avec La Patente! [rire]
Marc-André : Il fait tout ce qu’il peut pour la culture acadienne au Nouveau-Brunswick. Il veut vraiment upper la game pour que les artistes paraissent bien.
Marc : Les vidéos ont commencé avec Fred, puis, après ça, Jean-Denis a commencé à participer. Il a commencé à faire des vlogues intitulés La pomme de route. C’est très in-house!
Quelle est votre anecdote préférée de la vie sur la route?
Marc : J’ai oublié Marc-André une fois au bord de la route transcanadienne pendant qu’il était en train de pisser. On s’est parkés, on a fait un switch de chauffeur et il a dit qu’il allait pisser et tout ça. Après, il y a un gars qui a fermé la porte du van. J’ai décollé et une crisse de chance que JD, qui était en arrière, nous a dit que Godin n’était pas là. Il l’a dit comme six fois.
Marc-André : Je pensais qu’il voulait me faire une joke. Il est parti si vite. J’étais comme : « Oh non. » Mon téléphone était dans le van. Merci JD d’être assez réveillé pour avoir remarqué.
Est-ce qu’il y a un endroit qui vous a marqués ou une ville préférée où vous avez joué?
Marc : Thetford Mines. C’est comme l’Edmundston du Québec [rire].
Marc-André : Le Festival d’été de Québec. Tout était magique : la foule, voir les gens sourire, nous découvrir et aimer ça. Je n’étais jamais allé à Québec avant non plus.
Marc : Je n’aurais pas de misère à déménager ici. Pas besoin de me tordre le bras.
C’est sûr que ce soir va être une grosse fête, mais comment ce spectacle sera-t-il différent de celui de l’année dernière? À part le violon, y a-t-il des choses que vous allez ajouter?
Marc : Ce n’est pas vraiment différent. On ne fait pas de spectacle. Je veux dire qu’il y a des groupes qui planifient chaque spectacle, mais nous, on joue juste des chansons. Sébastien m’a texté hier. Il a dit : « Hey les boys, je peux-tu monter avec vous autres? » On a dit : « Ah ouais, apprends cette toune et cette toune-là. » Il n’y avait rien de planifié. Je ne sais pas ce que je vais dire dans le micro ce soir non plus. On ne va pas sauver du monde. On va avoir du fun. That’s it!
Sébastien : La première fois que j’ai rencontré le groupe, c’était à Thetford Mines. Je jouais avec Alice Bro. J’ai vu qu’ils jouaient à Montréal, donc j’étais comme : « Hey, je suis à Montréal, ça vous tente-tu si je joue une couple de chansons? » J’essaie toujours d’amener de l’énergie sur scène. Ça va ajouter un élément de mystère parce qu’on n’a pas pratiqué avant.
Finalement, quels sont vos plans pour l’année prochaine? Êtes-vous en train de créer de la nouvelle musique?
Marc : On va faire un album et sortir ça en 2027, si possible. Peut-être à l’automne!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent des histoires, que ce soit dans les paroles ou dans le lien personnel que la musique peut créer.

