C’est dans la salle circulaire de la TOHU, cœur battant du festival Montréal Complètement Cirque, que Cirque Alfonse présente sa toute nouvelle création, La Noce d’Alfonse, jusqu’au 13 juillet 2025. Dans un contexte culturel marqué par des contraintes budgétaires, le festival n’en continue pas moins de célébrer le cirque dans toute sa diversité, avec des spectacles en salle, des animations extérieures sur la rue Saint-Denis et la place Pasteur, et une volonté manifeste de faire vibrer l’été montréalais au rythme du chapiteau.
Avec La Noce d’Alfonse, la troupe bien-aimée du public québécois nous invite à une célébration joyeusement irrévérencieuse de l’amour, une fête de village où l’esprit bon enfant se mêle au cirque de rue. Les barbes emblématiques du clan Alfonse ont cédé la place à de fières moustaches, les artistes mettent leurs plus beaux habits pour l’occasion, et le public est embarqué dans une cérémonie haute en couleur qui couronne symboliquement un couple choisi dans les gradins. L’invitation est claire : tout le monde est convié à faire la fête.
On retrouve ici l’essence brute et contagieuse du Cirque Alfonse : un amour pour le cirque de proximité, un ancrage rural affirmé, une musicalité enracinée dans les traditions québécoises grâce à une trame sonore jouée en direct, chaleureuse et festive. La mise en scène, fidèle au style « brico-poétique » de la troupe, se contente de quelques échafaudages, d’une plateforme surélevée, de guirlandes de fleurs et de chaises de banquet pour camper le décor.








Mais si l’énergie et l’humour — souvent grivois — sont bien au rendez-vous, le spectacle n’atteint pas toujours les sommets d’inventivité ou de virtuosité qu’on attendrait d’un groupe aussi rodé. Le programme est riche — patin à roulettes, jonglage, sangles, portés acrobatiques, bungee, chaises musicales, danse en ligne, petit train festif — mais parfois inégal. Certains numéros tiennent plus du divertissement de mariage que de la performance de haut niveau. Le cirque, dans sa forme la plus spectaculaire, se fait plus discret, au profit d’une ambiance de célébration collective. Un choix assumé qui pourrait décevoir les amateurs de grandes prouesses.
Cela dit, certaines séquences frappent fort. Un moment suspendu notamment, où deux artistes, reliés uniquement par une corde tenue entre leurs dents, enchaînent des équilibres périlleux, déclenchant un frisson et des exclamations admiratives. À l’inverse, le numéro de funambulisme final, apaisé et contemplatif, déjoue à mon sens les attentes d’un bouquet final éclatant. Il évoque plutôt le doux relâchement d’une fin de soirée de noce, quand les convives, fatigués mais heureux, commencent à quitter la piste de danse.








En somme, La Noce d’Alfonse est une célébration qui mise sur la proximité, la convivialité et le plaisir partagé plus que sur la technique circassienne. Fidèle à son esprit de famille et à sa verve populaire, Cirque Alfonse propose un spectacle sans prétention, drôle, parfois un peu maladroit, mais sincère. À savourer comme un bon repas de noces : généreux, festif, avec quelques excès et quelques longueurs, mais toujours avec le cœur.








Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
