La 16e édition du festival Montréal Complètement Cirque a pris son envol ce 3 juillet 2025, sous le signe de la résilience et de la célébration. Malgré les difficultés budgétaires qui touchent l’ensemble du secteur culturel, l’équipe du festival maintient le cap et propose une programmation aussi riche qu’ambitieuse. Du 3 au 13 juillet, les spectateurs sont invités à découvrir neuf spectacles en salle, à profiter de nombreuses activités extérieures gratuites sur la rue Saint-Denis et la place Pasteur – entre initiations aux disciplines circassiennes et spectacles à ciel ouvert – pour goûter pleinement à l’esprit festif et rassembleur du cirque contemporain.
Dans ce contexte vibrant, The Genesis du Copenhagen Collective donne le ton avec puissance et panache. Installée jusqu’au 6 juillet dans la salle circulaire de la TOHU, la troupe, composée de 17 acrobates internationaux, dont deux Québécois, offre un spectacle à couper le souffle, à la croisée de la performance physique, de la poésie corporelle et de la célébration de la diversité.
Dès les premières minutes, le ton est donné : corps en mouvement, acrobaties, portés vertigineux et méticuleuses formations de groupe nous happent dans un univers à la fois brut et raffiné. Vêtus de costumes noirs sobres qui laissent toute la place à l’expression des corps, les artistes nous racontent la complexité des relations humaines : le lien et la solitude, la confiance et l’abandon, le rejet et la solidarité. Sur scène, les pyramides s’érigent et se dissolvent avec une fluidité saisissante ; cinq colonnes à trois s’élèvent dans les airs, plus tard des lignes de banquine s’alignent dans un canon vertigineux, exploitant la puissance du groupe pour atteindre des sommets rarement vus.






La mise en scène fait la part belle à la force du collectif, portée par des bases féminines impressionnantes et des voltigeurs masculins s’envolant avec aisance. On y décèle un questionnement des normes, un désir de brouiller les attentes et d’élargir le champ des possibles. Et si tout ne semble pas toujours parfaitement maîtrisé, ces légers décalages nous rappellent avec beauté que nous sommes face à des artistes audacieux, humains, qui n’ont pas peur du risque et rient de leurs échecs. La complicité est palpable, presque tangible : on sent les acrobates se soutenir, on les voit se rattraper. Le collectif joue avec la confiance et le lâcher-prise, véritable écho corporel à ce que The Genesis veut nous raconter.
La trame du spectacle alterne entre moments contemplatifs et envolées jubilatoires, entre lenteur chorégraphique et rafales acrobatiques. Un tableau aux accents de rave party déjantée vient même surprendre le public en milieu de spectacle, avec une chorégraphie loufoque et exubérante. On rit, on applaudit, on reste bouche bée. The Genesis n’a pas peur de mélanger les genres, de surprendre par l’inattendu et de proposer des moments de pure poésie comme des séquences d’énergie brute.






Ce spectacle est aussi le fruit d’une démarche artistique rigoureuse : chaque mouvement, chaque construction, chaque chute amortie semble issu d’une longue recherche créative. Pour les curieux, la chaîne YouTube du Copenhagen Collective propose une plongée fascinante dans les coulisses de la création avec leur série documentaire The Origin Series, témoignant de la richesse de leur processus collectif.
Avec The Genesis, le Copenhagen Collective signe une œuvre magistrale, un hommage vibrant aux liens humains et à la force du groupe, à la diversité des corps et à la beauté du risque. Un spectacle qui marquera sans doute cette édition du festival, et qui confirme que le cirque contemporain est plus vivant que jamais.








Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Z. Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
