La Fureur de ce que je pense est de retour sur les planches d’Espace Go jusqu’au 3 décembre. Six des sept interprètes originales y reprennent leur rôle. Près de dix après sa création, cette pièce tirée des écrits percutants de Nelly Arcan n’a rien perdu de son mordant.
Né en 2013 à Espace Go, le spectacle à été repris en 2017 au Festival Transamériques. Ce collage de textes tirés des romans Putain, Folle, L’enfant dans le miroir et Burqa de chair aborde les thèmes centraux de l’œuvre de Nelly. Il y est entre autres question de la quête de la perfection, du refus de vieillir, du regard de l’autre, de la détresse et de la volonté de mourir.
Une incursion dans la pensée de Nelly
Le public, voyeur, regarde l’action se dérouler dans neuf chambres révélées par des fenêtres-vitrines. Des femmes évoluant dans leur espace privé sont exposées derrière six d’entre elles. À chaque chambre correspond un chant qui est l’expression d’une obsession, d’une angoisse ou d’un espoir récurrent dans la pensée et dans l’écriture de l’autrice. Le septième chant, dirigé par le personnage du spectre, s’insinue ponctuellement dans l’intimité des femmes.
La mise en scène, la musique et les éclairages induisent une ambiance anxiogène, illustrant parfaitement tout le mal de vivre dont l’oeuvre de Nelly est empreinte.
Une enviable distribution
Presque toute la distribution originale est réunie pour cette nouvelle mouture. Évelyne de la Chenelière, Johanne Haberlin, Julie Le Breton, Anne Thériault, Christine Beaulieu et Sophie Cadieux sont de retour, alors que Larissa Corriveau prend la relève de Monia Chokri.
Cette pièce composée de longs monologues est exigeante pour les interprètes qui doivent les livrer en chantant, en dansant ou même en criant. Celles-ci y mettent toute l’intensité ou la retenue requises, démontrant ainsi toute l’ampleur de leur talent. Bien que chacune d’elles soit incroyable, Sophie Cadieux se démarque particulièrement. Méconaissable, elle incarne une femme d’une loquacité exagérée. En tordant ses traits et en modulant sa voix, elle arrive à traduire l’extrême nervosité qui caractérise son personnage.
Hommage à une disparue
Selon le site d’Espace Go : « La fureur de ce que je pense a été créé avec la volonté de rendre hommage à cette jeune femme tourmentée, auteure importante trop tôt disparue, avec le souci de mettre le rythme de son écriture en valeur, loin du théâtre psychologique ou du récit biographique. » On a effectivement réussi à extraire l’essence du propos de l’écrivaine et à la présenter sans jugement. On y sent toute l’estime des créatrices à l’égard des mots de Nelly Arcand.
La fureur de ce que je pense
Une production Infrarouge et Espace Go, en coproduction avec le Théâtre Français du CNA, le Festival Transamériques et Parco (Tokyo). Présentée jusqu’au 3 décembre à l’Espace Go, puis du 8 au 10 décembre au Diamant, à Québec.
Textes : Nelly Arcand
Mise en scène : Marie Brassard
Distribution : Larissa Corriveau, Évelyne de la Chenelière, Johanne Haberlin, Julie Le Breton, Anne Thériault, Christine Beaulieu et Sophie Cadieux.
Crédit photo : Caroline Laberge
Texte : Nancie Boulay

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