Dès l’entrée, la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui était joliment éclairée de lanternes chinoises aux couleurs vives et accueillait le public comme de vénérables hôtes. Ce tableau inspiré nous invite dans un univers où le rêve et la réalité de deux jeunes artistes d’origine asiatique se croiseront et tenteront de s’apprivoiser. La mise en scène de Vincent Kim est trépidante et inventive avec relativement peu de moyens.
Seuls enfants « racisés » dans une école de «blancs », ils se sont aperçus dans l’école québécoise de leur enfance. Ils finissent évidemment par se reconnaître de par leur différence. Les deux, une auteure bénéficiant d’une bourse de recherche/ écriture et un comédien qui commence à jouer des petits rôles d’asiatique de service tentent de se trouver une compatibilité dans un jeu d’essais et erreurs. Le texte prolixe de Tamara Nguyen reste un défi pour les acteurs, Claudia Chan Tak et Dominick Rustam.
Alors que tout leur univers baigne dans la soupe culturelle des médias sociaux, TikTok, Telegram, X, et autres simulacres d’expression individuelle stéréotypée. Il appert que les jeux et les rêves des jeunes de leur âge se ressemblent partout, malgré l’icône culturelle évoquée des dragons, des soupes Pho et des sandwiches Banh Mi. Ils s’accrochent aux performances en ligne des groupes à la mode du K POP, Korean Pop, en les imitant avec des chorégraphies enlevantes et signes obligatoires et superficiels de bonheur et de succès. Le désir d’être connu, d’être des vedettes riches et appréciées d’un public irait au-delà des frontières. On rit un peu, mais pas trop… On est presque dans « Vietnam’s Got Talent »!



Dans un deuxième temps, l’idée de partir à la découverte du pays de leurs ancêtres, le Vietnam, apparaît bientôt comme une alternative nourrissante pour leur démarche artistique et personnelle… Ils pourront se filmer pendant leur voyage et devenir des stars internationales! Quelle déroute quand ils constatent que leur appartenance n’est pas dans le labeur des travailleurs de ce pays en développement. Leur relation aussi sera dégradée, car le rapport à la réalité est vite tordu: les compatibilités ne sont pas si évidentes. C’est ici que la démagogie est illustrée, le postulat de la popularité par les images filmées avec le moi au premier rôle, le langage faux et les rêves peu convaincants. Entre une promesse et sa réalisation, il y a toujours une marge d’incertitude et une dose de flatterie, et finalement le désenchantement. Le savoir et l’être versus l’apparence du savoir et de l’être!



La pièce La démagogie des dragons est présentée jusqu’au 11 octobre 2024 au Centre du Théâtre d’aujourd’hui.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Valérie Remise
