La pièce Kukum est présentée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) du 12 novembre avec des supplémentaires annoncées jusqu’au 15 décembre,
Kukum est d’abord un roman à succès de l’auteur Michel Jean publié chez LIBRE EXPRESSION en 2019. La pièce est adaptée par Laure Morali qui a bénéficié de la collaboration de la poétesse innue Joséphine Bacon. La mise en scène d’Émilie Monnet est un véritable objet d’art en soi. On assiste à un véritable dépaysement avec le décor stylisé avec des projections efficaces sur des fils suspendus en fond de scène. Le décor de Simon Guilbault est saisissant.
Dépouillement, respect, images de nature filmée à vol d’oiseau, déferlement de lacs et des collines, d’arbres à perte de vue, brume matinale et sonorités des grands espaces sont au rendez-vous dans des costumes inspirants de la créatrice innue, Kim Picard et de Sophie El-Assad. Une nouveauté: On y retrouve des sons et des émotions en langue innue-aimun qui sont traduits en français sur deux écrans latéraux. Le grand chef Malek, joué par Jean-Luc Kanapé, est imposant par sa stature et son savoir ancestral, mais aussi par son écoute bienveillante pour accueillir sa belle-fille dans sa famille. On entendra des chants innus et des sons qui apaisent et renseignent sur le peuple de chasseur-cueilleur.



Au début du 20e siècle, la rencontre d’une jeune orpheline « blanche » habitant Saint-Prime au Lac-Saint-Jean et d’un bel Innu de Pointe-Bleue est racontée avec des dialogues très simples, mais touchants. La magie de l’attraction physique et émotionnelle opère dans les premiers instants pour ce couple qui s’avérera les arrière-grands-parents de l’auteur, aïeul, KUKUM en Innu-aimun. On apprivoise l’étranger de part de d’autres, car les préjugés existaient entre les différentes communautés. On les appelait « sauvages » alors qu’ils épousaient la nature que les blancs voulaient contrôler à tout prix. Les modes de vie sont différents, la chasse et la pêche pour subsister, la chaleur des campements pour dormir et s’aimer. On ressent l’attirance et la joie qui ont dû être évidentes aux yeux de l’entourage de ce couple atypique pour l’époque. Ils seront heureux, car ils s’aiment profondément.
La voix douce, le regard et les gestes attentifs plus le physique séduisant de Thomas, joué admirablement par Étienne Thibault, captivent. Léane Labrèche-Dor, dans le rôle d’Almanda, en jeune épouse puis en grand-mère, est douce et déterminée: elle adopte les coutumes et se moule à son destin transformé. Elle souffre aussi des désenchantements de la colonisation et du développement industriel du 20e siècle. On y évoque brièvement les douleurs des enfants placés dans les pensionnats. Et le deuil des êtres aimés, des déracinements et des douleurs de la nature engloutie sous les réservoirs des barrages.



L’argument se déroule avec des événements importants comme le départ des hommes à la chasse au caribou des forêts assurant la nourriture pour l’hiver. Pendant ce temps, les femmes innues ont un autre rôle traditionnel; soient de préparer le campement, organiser les couchages avec des branches de sapins et non pas des brins d’épinette trop piquants, assurer par le petit gibier le maintien du régime alimentaire des familles, s’occuper des petits, etc. La famille est conjuguée avec une « presque sœur », rôle d’une grande délicatesse joué par Sharon Fontaine-Ishpatao. Sa voix est si belle et si douce quand elle éduque sa « sœur » sur les us et coutumes qu’elle inspire parfaitement le personnage. On découvre un peuple amical avec les valeurs et les usages transmis qui ont souvent enrichi nos sociétés multiculturelles actuelles!
Le TNM sera en tournée avec cette pièce dans tout le Québec jusqu’au 15 février 2025.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Yves Renaud

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