À la TOHU, Machine de Cirque présentait ce jeudi 19 février la première de Kintsugi, devant une salle comble qui a chaleureusement accueilli cette proposition sensible et poétique, à l’affiche jusqu’au 22 février. Inspiré de l’art japonais du kintsugi — cette technique qui consiste à réparer les céramiques brisées en soulignant leurs fissures d’or plutôt qu’en les dissimulant —, le spectacle s’empare d’une métaphore puissante : sublimer les failles pour mieux avancer.
Un arrêt d’autobus hors du temps
Dans une narration suggérée, une galerie de personnages aux costumes pastel attend un bus qui ne viendra jamais. Ce point d’arrêt devient un espace suspendu, presque hors du temps, où se croisent petites et grandes douleurs : maladie, fausse couche, désir contrarié de parentalité, séparation amoureuse…
À travers une succession de tableaux découpés en chapitres et ponctués de citations projetées, le spectacle esquisse des trajectoires intimes où le collectif agit comme baume. La poésie du sous-texte touche juste, même si la trame demeure volontairement floue, laissant au spectateur le soin de relier les fragments.
Une partition circassienne dense et organique
Le cirque, lui, est d’une grande richesse. Loin de la formule cabaret, Kintsugi privilégie l’entrelacement des disciplines, à l’image d’une troupe soudée dont les talents se répondent et se superposent.
Mât chinois, équilibre sur cannes, mât pendulaire, main à main, planche sautoire, boule d’équilibre, corde lisse, duo trapèze, suspension capillaire : la diversité des appareils nourrit une partition dense et organique. Les numéros ne s’enchaînent pas comme des performances isolées, mais s’inscrivent dans un tissu dramaturgique commun.






Des tableaux marquants
Parmi les moments forts, le numéro de boule d’équilibre — discipline rare — se distingue par la maîtrise impressionnante de l’artiste et son caractère inopiné. Le duo trapèze féminin, absolument somptueux, suspend littéralement le souffle d’un public subjugué.
Les nombreux passages d’acrobaties de groupe, chorégraphiés avec précision, constituent l’une des grandes forces de la troupe, qui y dissimule de multiples pépites de créativité. Plusieurs tableaux semblent nous plonger dans la psyché des personnages, comme des rêves éveillés où le mouvement devient langage intérieur.
Une poésie parfois fragmentée
Tout n’est pas parfaitement fluide : certaines transitions s’étirent et peinent à clarifier les liens narratifs. Le choix d’une dramaturgie fragmentée, s’il participe à la poésie de l’ensemble, peut aussi engendrer une certaine confusion.
Mais le jeu circassien demeure irréprochable et souvent audacieux, porté par une sincérité palpable.






Une mise en scène épurée
La mise en scène, simple mais efficace, transforme l’arrêt d’autobus en différents lieux par le jeu des éclairages et des ambiances sonores. À noter la présence d’effets stroboscopiques susceptibles d’incommoder certaines personnes.
Kintsugi ne nie pas la douleur : il la traverse avec douceur. Fidèle à son inspiration, le spectacle rappelle qu’après la nuit vient le jour et que, soutenu par un entourage solide, l’humain peut réparer ses fissures sans jamais effacer ce qui l’a brisé.
La représentation du 20 février sera d’ailleurs suivie d’un échange avec les artistes, belle occasion d’approfondir les multiples lectures de cette œuvre délicate et résolument optimiste.






Équipe de création
Direction artistique : Vincent Dubé
Mise en scène : Olivier Lépine
Interprètes :
Maude Arseneault
Ariel Cronin
Damien Descloux
Raphaël Dubé
Anne-Marie Godin
Évelyne Paquin-Lanthier
Naomie Vogt Roby
Jack McGarr
Direction technique de création : Patrick Paquet
Conception des costumes : Sébastien Dionne
Conception des décors : Julie Lévesque
Conception musicale : Josué Beaucage
Conception lumière : Olivier Lépine

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Z. Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.

Je n’assiste que rarement à des spectacles de cirque. Pourtant, l’occasion se présentait, car Kintsugi nous était offert localement au théâtre Hector-Charland à L’Assomption, 5 jours avant sa présentation à la Tohu. C’est donc à pied que je me suis rendu à ce théâtre le 14 février 2026. Ces 8 acrobates nous en ont mis plein la vue pendant environ 75 minutes dans cette salle qui était bien remplie.
Toutes ces variantes d’acrobaties se succédaient assez aisément, pour les acrobates très habiles de cette Machine de Cirque, au point de devenir étourdissantes pour mon plus grand bonheur. Elles sont énumérées en grand nombre dans votre texte qui est accompagné de nombreuses photos. La suspension capillaire est restée pour moi un mystère. Tout ça constituait vraiment le point fort de cette présentation assez technique à mon humble avis.
Le point faible du spectacle est au niveau de l’histoire que je saisissais bien au début alors qu’à la fin je me sentais perdu. J’aurais aimé que ces acrobates puissent échanger verbalement jusqu’à la fin pour nous guider plus aisément dans cette histoire. Tout comme à Montréal, les spectateurs ont chaleureusement applaudi ces artistes qui ont performé d’une façon formidable. Je n’ai pas regretté mon déplacement.