Le 22 juillet dernier, par une soirée d’été où la température était idéale, Junes offrait une prestation intime à la Place De Castelnau. Cet arrêt s’inscrivait dans une tournée estivale bien remplie, marquée par une série de festivals, la sortie prochaine de Je ne t’aime plus — une chanson de rupture dansante — et l’arrivée d’un nouvel EP électropop prévu pour le printemps. Voici une entrevue avec une artiste en pleine évolution, ainsi que les photos d’une séance photo et de son soundcheck.
Est-ce que tu voudrais me parler de ta nouvelle chanson ?
Je vais sortir une chanson qui s’appelle Je ne t’aime plus au début ou à la mi-septembre. C’est une chanson de rupture qui annonce un EP entièrement centré sur les séparations, avec une vibe musicale très summer : un peu break-up, mais avec une émotion plus fâchée et drôle que triste. L’EP, aux sonorités pop et électro, sortira justement au printemps ! La chanson a été inspirée par plusieurs de mes ami·e·s qui ont vécu des séparations en même temps que moi. On a tous traversé une rupture avec quelqu’un d’un peu évitant, incapable de dire simplement : « je ne t’aime plus », et qui trouvait mille autres raisons au lieu d’avouer : « je ne suis plus en amour ». C’est de là que la chanson est née.
Est-ce que c’est plus facile d’écrire des chansons de rupture ou des chansons d’amour ?
Je trouve que c’est plus facile d’écrire sur des ruptures, personnellement. C’est plus difficile d’écrire une chanson positive. C’est rare que j’écris des chansons positives. Même quand il y a un bon beat, ce que je dis n’est jamais très, très joyeux. Je trouve ça plus simple d’écrire sur les ruptures, de faire des blagues, des jeux de mots, de jouer un peu avec la colère, plutôt que d’aller dans le « tout va bien ». C’est pour ça que, selon moi, les plus belles chansons sont les chansons d’amour — parce que c’est tellement difficile à écrire.
Est-ce que tu peux me présenter tes nouvelles compositions au niveau des sonorités ?
C’est vraiment un EP très électropop. Avec Arthur, mon réalisateur, on a travaillé sur une idée : quand tu viens de te séparer, tu vas danser, tu sors dans les clubs, mais tu es encore un peu dans le déni. Les chansons sont donc super upbeat, très rythmées, entrecoupées d’interludes plus nostalgiques. C’est un peu comme à 3 h du matin, quand tu sors du club et que tu réalises : « Ah, finalement, ça va pas si bien que ça… » Puis tu retournes danser pour oublier. C’est une montagne russe émotionnelle. Les chansons se répondent, il y a des leitmotivs musicaux qui reviennent d’une pièce à l’autre. C’est un tout très électro. L’EP s’appelle aussi Je ne t’aime plus, comme le premier extrait.
Quand tu es en spectacle et que tu interprètes tes chansons, ressens-tu le besoin d’expliquer un peu le texte ?
Souvent, j’aime faire des petites intros avant mes chansons, juste une phrase ou deux. Par exemple, j’ai une chanson dans l’EP qui parle de ma crise de mi-vingtaine et de questions existentielles. Avant de la jouer, je dis que j’ai eu 26 ans récemment et que je me posais plein de questions; puis on part la toune. J’aime donner un petit contexte pour que les gens comprennent un peu de quoi il est question. Mais ensuite, je leur laisse la liberté de l’interpréter à leur façon. Ils n’ont pas vécu exactement la même chose que moi, donc j’essaie de leur donner un sens de base, tout en laissant une ouverture pour qu’ils puissent se reconnaître dans ce que j’ai écrit.


Parle-moi un peu du spectacle d’aujourd’hui.
C’est un spectacle d’une heure. C’est la première année que je fais des shows aussi longs. C’est intense, surtout physiquement, parce que ça danse beaucoup. Je dois me tempérer, parce que les deux ou trois premières chansons, je suis souvent en mode « Wouhou ! », puis après je suis fatiguée. On présente une partie de l’album sorti l’année dernière (Jamais assez, jamais trop) et, dans la deuxième moitié, le nouveau matériel du EP à venir. Le spectacle suit une progression.
Mon dernier album parle beaucoup d’acceptation de soi. J’ai toujours été plus réservée, donc il aborde le fait que même les forces tranquilles peuvent prendre leur place. Au milieu du spectacle, je rends hommage à ma grand-maman, qui souffre d’Alzheimer et qui est encore parmi nous, bien que très malade, avec la chanson Montgolfière que je chante a cappella. Puis, on glisse vers des chansons plus existentielles, un peu plus chargées, plus fâchées. C’est une pente émotionnelle. Je suis en duo avec mon drummer. Les chansons s’enchaînent, il y a du mouvement, de la danse, un rythme immersif.
Comment te sens-tu de donner des spectacles en entrée libre, comme aujourd’hui, en pleine rue ?
J’adore ça. C’est une belle façon de rencontrer les gens. Sur les réseaux, c’est plus froid, il y a l’écran entre toi et les autres. Mais là, tu es dans la rue et tu peux dire : « Allô, c’est moi ! » Et si les gens veulent écouter, tant mieux. Sinon, bonne journée ! (rires) J’ai même fait des autocollants que ma mère distribue aux passants. C’est mignon. Et ça aide à ce que les gens me retrouvent en ligne. Aujourd’hui, il fait super beau, et tous mes spectacles extérieurs cet été ont été sous la pluie — alors je savoure !



Qu’est-ce qui a changé chez Junes depuis mes premières entrevues avec elle, alors qu’elle avait 21-22 ans, jusqu’à aujourd’hui ?
Je pense que je sais mieux où je veux aller musicalement. Au début, j’explorais, parce que je ne savais pas trop. Aujourd’hui, j’assume vraiment que j’aime la pop et que c’est ce que je veux faire. De manière générale, je me sens plus solide dans ma vie. J’ai essayé plein d’affaires, j’ai rencontré des gens qui sont devenus importants pour moi. J’ai une base plus stable. J’ai aussi trouvé une équipe avec qui je travaille bien. Quand on commence, on est 100 % seul. C’est beaucoup à gérer. Maintenant, j’ai des gens de confiance autour de moi. Je peux déléguer, brainstormer. Ça enlève le côté solitaire de ce métier. Et ça, je l’ai compris dans les quatre dernières années.
As-tu l’impression d’être aujourd’hui un peu plus une artiste “aboutie” ?
Je pense que je suis plus sur mon X maintenant. Mais j’avais probablement ce même sentiment à 22 ans ! Le plus important, c’est d’être dans le moment présent, de présenter ce que tu veux là, maintenant. J’ai essayé plein d’affaires, et c’est plus facile de savoir ce que tu ne veux pas que ce que tu veux. En essayant, tu débroussailles ton chemin. Mon style est passé du folk-alternatif à la pop. Peut-être que je ferai autre chose plus tard, mais je prépare déjà mon public à cette ouverture-là. On essaie, avec Arthur, de varier les styles. Comme ça, si un jour je fais du rock, les gens ne seront pas surpris. Peut-être que je vais finir par faire du heavy metal, qui sait ? (rires)
En ce moment, c’est sûr que je n’ai pas encore un gros public, mais j’ai l’impression que ceux qui me découvrent comprennent bien ce que Junes propose. C’est pour ça que c’est important de bien s’entourer : le branding, le visuel, tout ça représente l’univers qu’on veut montrer.



Quelles sont tes aspirations pour les mois ou années à venir ?
Je suis encore au début, donc j’ai plein d’aspirations. Déjà, pouvoir vivre de ma musique et faire des spectacles, c’est une chance. Cet été, j’ai plein de shows — l’an dernier, j’en avais moins. J’aimerais faire encore plus de festivals, découvrir de nouvelles scènes. Je pars en France en février, je suis allé à Edmonton l’année dernière. Mon plus grand souhait, c’est de trouver mon public. Des gens qui aiment danser, qui aiment les textes en français, mais avec un beat entraînant. C’est un peu un pont entre la pop américaine et la chanson québécoise.
Tu étais en spectacle au FestiVoix le 29 juin dernier. Peux-tu me parler de ton expérience, ainsi que de ce qui s’en vient pour toi au niveau des spectacles ?
J’ai joué deux spectacles le même jour. L’après-midi, en plein air, un peu comme ici, à l’entrée du site. Les gens passaient devant en allant voir Ariane Moffatt. Le soir, c’était dans un bar, avec une ambiance différente, plus électro et dansante. C’était ma première fois à Trois-Rivières. Plusieurs personnes m’ont dit qu’elles aimeraient me revoir au Café-Bar Zénob, ce que j’adorerais ! J’ai plein d’autres dates cet été : je serai à l’International des Montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu le 8 août, puis à Osisko en lumière à Rouyn-Noranda le 9 août. Le 31 août, je jouerai au festival Le Grand Apéro SAQ au Grand Quai du Port de Montréal. En septembre, je jouerai aussi au Saint-Roch XP à Québec. C’est ma première vraie année de festivals d’été, alors je suis vraiment excitée !
** 8 août – International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu : 17 h 00 : Junes / 18 h 15 : Chiara Savasta / 19 h 30 : Alicia Moffet / 21 h 00 : TALK



Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
